LIVRE II. 2GÎ
auquel on ne contestera pas de grandi talens militaires. Cela s'explique pourtant : il se faisait illusion , et comptait sur sa fortune ; il courait après une bataille , se persuadant qu'elle aurait pour résultat de forcer Alexandre de subir «a loi : il était égaré par le souvenir d' Austerlitz , où il s'était tiré glorieusement d'june position très-critique, moins par un succès éclatant que par la pusillanimité dé son adversaire , qui lui demanda la paix.
Pour se mettre en mesure contre les événemens inattendus qui pouvaient arriver par suite de la grande distance à laquelle il allait se troH^ ver de sa base d'opérations, Napoléon envoya , le 27 août, des instructions à Victor (a), qui alors était encore en observation derrière le Niémen. Après lui avoir appris qu'i^ marche sur Moskou , il lui ordonne de se diriger sur Smolensk , en passant par Wilna, Minsk et Orsza , et d'y arriver le plus tôt possible , afin de lui servir de réserve , de,inaintenir ses communications , et même de ;venir au secours
(fl) Ces iustructions sont datées rie Slawkowo , petit village sitaë une journée dunlclà de Dorogobuj. Elles diffèrent peu et sont en partie la /répëtition da iO^Uos qui ^VfM^nt d^j^ été adressées à Victor de Dorogobuj le 26, mais elles ont plus d'étendue. Celles du 56 se trouvent dans les nottss qui sonV?'»^ la fin du livre.
de Tannée, si cela était nécessaire. Il lui donne le commandement de toutes les troupes qui sont dans les gouvememens de Mohilow , de Witepsk et de Smolensk. Il lui présente sous un aspect favorable la position des corps d^ armée détachés ; il dit que Ton va faire le siège de Riga (o), ce qui va fixer Tattention de Fennemi sur la basse Dvnna ; que Saint- Cyr paraît avoir plus de forces qu'il n'en faut pour tenir Wittgenstein en échec ; que la division Dombrowski peut facilement maintenir la communication de Minsk à Orsza et à Smolensk , puisqu'elle ne peut être troublée que par la division du général Hertel , composée de recrues, et contre laquelle Schwartzenberg peut opérer aussi : il ne parle pas autrement du général autrichien. Il prévoit le cas où Saint-Cyr^ contre l'apparence , serait battu par Wittgenstein , et obligé de repasser la Dwina ; Victor devrait alors marcher à son secours.
On ne saurait supposer que Napoléon ait voulu induire Victor eu erreur ; on doit donc croire qu'il se faisait illusion , et voyait les choses telles qu'il désirait qu'elles fussent , c'està-dire bien différentes de ce qu'elles étaient ,
. la) Il devait savoir qu'il ne pouvait songer à le faire dans Tannée courante.