‹ Histoire de l'expédition de Russie (volume 2)Chapitre 98 sur 174 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

ainsi qu'on en peut juger en comparant son tableau avec celui que j'ai tracé précédemment.

Il commit une grande faute en laissant sur ses derrières quatre généraux indépendans les uns des autres. Il aurait dû mettre toutes les troupes qui se trouvaient dans les provinces conquises , jusqu'à la Dwina et le Dnieper , sous les ordres d'un seul général pendant tout le tems qu'il passerait en Moskovie. Ce général^ réunissant les neuvième , deuxième et sixième corps , et la division Grandjean , aurait formé une armée plus que double de celle de Wittgenstein , avec laquelle il aurait poussé ce général dans la direction de Pétersbourg , et forcé les Russes à évacuer une partie des pays compris entre la Dwina et la mer. Il aurait été possible qu'Alexandre , effrayé de voir marcher en même tems sur ses deux capitales, eût demandé la paix ; dans le cas contraire on aurait détaché un corps sur Smolensk , s'il avait été nécessaire. Victor aurait probablement moins perdu pendant cette opération , au milieu de pays neufs , même en combattant , que pendant sa marche sur Smolensk , par des pays dévastés (a).

(a) On s'aperçoit que je raisonne dans rhjrpothèse de la marche sur Moskou. Je pense toujours queNapolëon devait ,

2fi6 EXPÉDITION DE RUSSIE.

Cependant Napoléon poursuivait les Russes avec une étonnante rapidité. Son armée continuait à marcher sur trois colonnes ; celle du centre , qui était la plus forte , suivait la grande route; elle était composée de la cavalerie de Murât , qui faisait l'avant-garde , et des corps de Davout, de Ney et de la garde. Poniatowski et Eugène marchaient dans l'intérieur des terres , le premier sur la droite , le second sur la gauche ; ils se tenaient autant que possible à hauteur de Pavant-garde.

Une marche pareille , unique dans l'histoire des guerres modernes, ne pouvait s'exécuter que dans un pays de plaine sufBsamment coupé de chemins de traverse , et assez peuplé pour qu'on pût y trouver des ressources pour subsister. Celui que l'on parcourait étant très -uni, et l'un des plus peuplés de la Russie , remplissait ces conditions. Barklay, en n'engageant que des affaires partielles sur l'une des trois routes suivies par Napoléon , se serait exposé k être tourné ; il était donc obligé d'en venir à une affaire générale , s'il voulait le retarder sérieusement ; aussi j tous les engagemens se réduisi-^

cette annëe , s'arrêter à la Dwina et au Dnieper , achever la conquête des 'anciennes provinces polonaises ; faire les siëges de Riga et de Bobruisk , et remettre à Tannée suivante à péndtrer en Russie.

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