LIVRE IV
mée de Moskou dans uae position aussi désespérée que celle de laquelle elle venait de se tirer. Nous avons vu que Kutusof , au lieu de faire ce que je viens d^indiquer , s'arrêta deux jours à Krasnoi, ajoutant ainsi une nouvelle faute à toutes celles qu'il avait déjà conunises depuis le commencement de la retraite.
Cependant la prise de Minsk par Tchitchagof , et la nécessité de gagner quelques niarches sur Kutusofy forçaient Napoléon à continuer sa retraite sans s'arrêter, ce qui portait le dernier coup à l'armée de Moskou, pour laquelle le repos était devenu le premier besoin. La situation de cette armée s'était améliorée sous quelques rapports ; le dégel (a) , ay;mt succédé aux froids rigoureux, rendait les bivouacs plus supportables, et l'on parvenait plus facilement h les alimenter , en démolissant les maisons lorsqu'elles n'étaient point occupées par des états majors (2). L'armée , ayant touvé des magasins à Smolensk, à Dubrowna et à Orssa (6), et le pays commençant à offrir quelques ressources, la famine faisait mioins de ravages ; les com-
{a) A cetlie latitude et à cette ëpocpie le dëgel ne pouvait être que momentané.
[b) Je ne parle pas des magasins de Krasnoi , puisqu'ils avaient été pillés par les Russes avant l'arrivée des Français.
2&i EXPÉDITION DE RUSSIE.
battans se nourrissaient pourtant encore habituellement de bouillie (a) et de chair de cheval, tandis que les militaires isoles étaient réduits, pour la plupart , à cette dernière nourriture , parce qu'ils n'avaient point été compris dans les distributions. La nécessité les avait réunis en petites corporations, composées d'individus d'une même nation , qui bivouaquaient ensemble , et chez lesquels tout était en commun. L'armée, ayant perdu une grande partie de ses bagages , et presque toute son artillerie , était moins embarrassée par les voitures , mais elle était suivie par un grand nonJ)re de petits chevaux du pays (b) qui étaient chargés de bagages , de vivres et d'ustensiles de cuisine.
(a) La bouillie se faisait avec de la farine de seigle ou de sarrazin et de la neige que Ton faisait fondre.
Çù) On donnait dans Tarmëe le nom de cogna à ces petits chevaux du pays. Le mot cogna est polonais , et signifie cheval. Les cognas se passaient facilement d'avoine, ne portaient point de fers , ce qui les empêchait de glisser , et leur chair était meilleure que celle des chevaux français et alJ««nands. Par ces raisons ils rendaient de grands sorrices dans les circonstances oii l'on se trouvait. Lorsqu'on quitta Moskou, une partie des bagages étaient attelés avec des cognas que Ton conserva quand on fut obligé d'abandonner les biagages. Depuis Mojaïsk jusqu'à Smolensk on ne put se recruter de cognas , puisque l'habitant avait fui ; mais depuis Smolensk on recommençait à en trouver dans les villages.