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les Russes renversèrent les Polonais et entrèrent pêle-mêle avec eux dans la tête de pont et dans Borisow. Tout ce qui avait défendu cette ville fut pris ou tué, à l'exception de quinze cents hommes, avec lesquels Dombrowski se retira par la route d'Orsza , pour se réunir à Oudinot, qui devait arriver ce jour même à Bobr (a). Tchitchagof se contenta d'envoyer la division Pahlen (6) à la poursuite de Dombrowski, et prit position sur la rivç droite de la Bérézina, vis-à-vis de Borisow, avec le reste de son corps.
Ce fut ainsi que Tchitchagof remplit en grande partie les instructions qu'il avait reçues ; il ne pouvait pas, pour opérer sa jonction avec Wittgenstein , abandonner la route de Minsk, par laquelle arrivait Napoléon;
(a) Ce fut dans Taprès midi du ai novembre que Borisow tomba au pouvoir de Tchitchagof. Le régiment de la division Dombrowski , qui était encore en arrière , parvint à repasser la Bërézina près d'Dsza, et à rejoindre Dombrowski. C'était en comprenant ce régiment qu'il restait quinze cents hommes à ce général. Des vingt canons qui composaient son artillerie , il en avait perdu cinq.
{b) Le général major Pahlen avait remplacé Lambert, qui avait été blessé au combat de Borisow. Il y avait à Farmée de Kutusof un général du même nom qui commandait un corps de cavalerie , et avec lequel il ne faut pas le confondre.
mais Wittgenstein pouvait 8C réunir i lui, €n faisant par sa droite un mouvement auquel Victor était hors d'état de s'opposer. Du reste, les instr«icti<ms que les généraux Tchitchagof et Wittgenstein avaient reçues à la fin de septembre ^ ne devaient plus les guider ; trop de changemens étaient survenus depuis qu'elles leur avaient été adressées , etïe général en chef se trouvait actuellement asseK près d'eux pour leur faire pars'enir ses ordres en peu de tems ; la rapidité avec tequeîle se succédaient les événemens, obligeait d'ailleurs ces généraux à exécuter saos délai les opérations qu'ils jugeraient nécessaires pour fermer toute retraite à l'armée française ; en attendant les ordres de Kutusof , dans de pareilles circonstances, ils auraient faissé échapper l'ôccasioii.
Tandis que Tchitchagof s'emparait des magasins et occupait la ligne de retraite de l'armée française , Kutusof ^continuait à poursuivre cette armée , mais avec une extrême lenteur. Après avoir envoyé quelques bataillons d'infanterie (a) à Platof , il avait quitté Dobroé le 20 novembre , pour suivre des chemins
{a) Celte infanterie passa le Dnieper à Rasasna , et ne re^i- 8;«it Platof qu'à Oisza.
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de traverse sur la gauche de la route par laquelle se retirait Napoléon ; il passa à Roma-^ nowo, à Lanniki, où il s^arréta deux jours, atteignit Kopys le 2 5 novembre , et y traversa le Dnieper.
Nous avions laissé Victor à Krasnogura , et Oudinot à Czéréia ; ce dentier général , ayant reçu, dans la journée du 20 novembre, l'ordre de Napoléon de se rendre k marches forcées sur Borisow, commença son mouvement le jour miéme. Le 21 , il arriva à Bobr; le 22 , peu avant le jour, lorsqu'il se disposait à se mettre en marche , il y reçut la nouvelle du désastrie de la division Dombrowski , envoya aussitôt an aide de camp vers Napoléon pour l'instruire de cet événement , et continua k marcher dans la direction de Minsk. Il se proposait d'attaquer les Russes , de les rejeter sur la rive droite de ia Bérézina , et de tenter de reprendre le pont de Borisow.
Victor avait remplacé Oudinot à Czéréia ; il quitta cette ville le 22 , et arriva le 23 à Kolopéniczi ; Wittgenstein s'était contenté de le suivre et de harceler son arrière-garde , composée seulement d'une faible brigade de cavalerie et de quelques bataillons ; ainsi il souffrait qu'un corps , de plus de moitié inférieur au
sien, le tînt en échec , et couvrît les débris de Tarmée française , qui occupaient plus de dix lieues sur la route d'Orsza à Borisow.
Cependant la situation de Napoléon était devenue encore plus critique qu'elle ne l'avait été à Krasnoi. Platof suivait son arrière-garde , plusieurs corps de partisans côtoyaient sa marche > sur la droite , et à peu de distance , était Wittgenstein , qui n'avait en présence que le corps de Victor, et devant lui Tchitchagof, qu'aucunes circonstances ne semblaient pouvoir empêcher d'opérer sa jonction avec Wittgenstein. Il était donc probable que ces deux généraux , qui réunissaient sous leur commandement à peu près cinquante-sept mille hommes de troupes régulières (a) , allaient se trouver placés sur la communication de l'armée française. Le nombre des combattans , dont pouvait disposer Napoléon , en y comjM:-enant les* neuvième et deuxième corps , ne s'élevaient pas alors à quarante mille hommes , et en supposant qu'il obtînt un succès, il ne pouvait le rendre décisif, n'ayant presque plus de cavalerie. Il est incontestable que la réunion des forces de Witt-
(fl) Dans cette évaluation, Wittgenstein est compris pour trente mille hommes et Tchitchagof pour vingt-sept mille.
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^genstein et de Tchitchagof, en supposant même qu'elles n'eussent pas été suffisalates pour achever la destruction de Farmée française, auraient retardé cette armée assez long-tems pour donner à Kutusof le tems d'arriver et de lui porter le dernier coup ; ainsi l'avenir se présentait sous les aspects les plus sinistrés. Pour que Napoléon pût échapper au sort qui le menaçait , il ne suffisait plus des fautes de Kutusof ; il fallait que Wittgenstein et Tchitchagof en commissent également.
Aussitôt que Napoléon fut arrivé à Toloczin (22 novembre), il écrivit à Oudinot qu'il approuvait sa résolution de marcher à l'ennemi pour l'attaquer , le culbuter dans la Bérézina, et tâcher de s'emparer du pont de Borisow, mais que si l'ennemi parvenait à détruire te pont, il devait s'emparer d'un passage à droite ou à gauche, et y faire construire sur-le-champ des redoutes et deux ponts , afin que l'armée pût déboucher rapidement. « Nous serons alors maîtres , lui » dit-il, de nous porter sur l'ennemi pour le » chasser de la tête de pont de Boriso w , ou de » marcher droit à Minsk , soit par Zembin, si » le pont est sur la droite, soit par Berézino, » si le pont est sur la gauche ; il est important, » monsieur le maréchal, que vous mettiez de
» l'activité dans cette opération : le général » Colbert a passé la Bérézina au gué , vis-à-vis » Zembin ; il dit qu'à ce gué le passage n'a que n cinq à six toises; la rivière n'a pas davantage, ?> vis--à-vis Bi'rezino (a); le général Dom- » browski puun a vous en informer : or , de ^ Bobr à Bt-Tczino, Ighumen, Minsk, il y a » quatorze verstes de moins que jpar Bobr, >i liorisow à Minsk (A).
^ 1 1 fa Li L que vous so yez maître d'un passage^ » demain 23, dans la journée, et qu'au plus j» tard , dans celle du 24 « nous sachions à ifaoi » nous en tenir ; si. l'on devait passer par Be- » rézino , il faudrait quitter la route à Bobr.
» L'empereur , dans cette circonstance im- » portante , compte sur votre zèle et votre »ttà- » chement à sa personne. »
Aussitôt que cette lettre fut expédiée, Na-
(«) Quoique la BétézhïSL , comme touêes les rivièi^es de Au6sie , éprouve u;ne trèd-grande diminution en été , épôijue k. laquelle Colbert Tavait traversée, elle a cependant toujours beaucoup plus de sept toises de large.
(b) Napoléon Se troirtpaJt ; ta f6ijte de Bobi- & Mlfisk, par Bérézino, est plus loilgue d'une grande joitrtrée qiie oeUe.paf Borisow. Cette erreur résulta sans doute de la précipitation avec laquelle il écrivit cette lettre. Nous allons voir que dans la nuit même il envoya de nouvelles instnlctîoiis à Oudiiïot , e| qu'il abandonna le projet de passage par Béiézillô.