LIVRE IV
ayant laissé une arrière-garde èti présence de Tennemi , passa le pont , suivi de son artillerie (a); cette opération fîit terminée à une heure du matin, et les ponts se trouvèrent alors libres, sans que personne en profitât pour passer.
Il restait encore sur la rive gauche un grand nombre de militaires isoles, d^employés, de domestiques , de vivandiers , et quelques-unes de ces familles fugitives qui nous raivaient de^ puis Moskou. La plupart auraient pu passer les ponts pendant la nuit, en abandonnant chevaux et voitures , mais un grand nombre d'entre eux étaient blessés ou malades , et Texcèft de leurs maux les avait plongés dans Tapathie. Victor et Eblé firent de vains efforts pour les tirer des bivouacs qu'ils avaient formés aussitôt que le feu de Tennemi eut cessé. A cinq heures du matin, on fit, pour les décider à partir , mettre le feu à plusieurs voitures ; cette mesure produisit quelque effet. A six heures ^ et demie, Victor retira ses avant-postes et fit passer son arrière-garde ; cette multitude , qui était restée sur la rive gauche , se précipita alors .
(a) L'artillerie éprouva beaucoup de difficultés à franchir les cadavres des chevaux.
sar les ponts , convaincae enfin qu^on allait les détruire , et y produisit un nouvel et der* nier encombrement. £blé, qui avait reçu Tordre de brûler les ponts à huit heures du matin, ne voyant pas paraître l'ennemi , ne conmiença cette opération qu^à huit heures et demie. La rive gauche de la Bérézina offrit alors le q>ectacle le plus douloureux; hommes , femmes, enfans , y poussaient des cris de désespoir; plusieurs tentèrent de passer, en se précipitant à travers les flammes , d^autres se hasardèrent sur la glace qui s^était fixée entre les deux ponts, mais trop faible encore, elle céda sous leurs pieds et les engloutit; d'autres enfin essayèrent de passer à la nage au dessous des ponts. A neuf heures seulement parurent les Kosaqucs, qui firent prisonniers* environ cinq mille personnes de tout sexe et de tout âge , restées sur. la rive gauche ; ils n'y trouvèrent que trois canons et quelques caissons , mais le ♦ butin était immense et très-précieux. Eblé se retira à neuf heures et demie du matin, après ayoir achevé la destruction des polits ; ce fut alors seulement que parurent les premières troupes de Wittgenstein.
» Napoléon , accompagné de sa garde , avait quitté son quartier général de Zaniwki à six