LIVRE IV
son invraisemblance seule aurait du lui faire repousser. Il renchérit encore sur les fautes qu'il venait de commettre , en ne tenant point compte des rapports qui lui furent faits relativement à rétablissement des ponts à Studianka (a). L'on conçoit que les premiers rapports , s'ils lui annonçaient seulement les préparatifs que faisaient les Français, aient pu le laisser dans le doute; mais comment put -il douter encore , lorsqu'on lui rendit compte que le village de Studianka et les environs étaient couverts de troupes et de bagages y qu'une nombreuse artillerie couronnait la colline qui domine la Bérézina, que la construction des ponts se poussait avec la plus grande activité, et que plusieurs généraux surveillaient les tra-
(n) Lorsque deux généraux sont en présence , sëparës seulement par une rivière , et que Tun d'eux se dëcide à la passer pour prendre l'offensive, il y réussira indubitablement s'il prend bien ses dispositions ; mais un tel passage n'offre aucune ressemblance avec celui qu'était obligé d'effectuer Napoléon. En effet, il était suivi par Kutusof, menacé sur sa droite par Wittgenstein , ce qui l'empêchait de s'y étendre, et il ne pouvait cependant passer que sur la droite de Borisovr par les raisons que j'ai données précédemment. Enfin l'établissement des ponts présentait de grandes difficultés , parcequ'on n'avait point conservé d'équipage de pont de bateaux.
33o EXPÉDITION DE RUSSIE,
vaux (a). Tchitchagof aurait dû au moins ar^ réter le mouvement des troupes qui descendaient la Bérézina, et se transporter de sa personne , et en toute hâte , sur les lieux , pour y juger les faits par ses yeux ; il se serait alors convaincu que le passage s^effectuait à Stu* dianka , et aurait probablement encore eu le tems de prendre les mesures nécessaires pour s'y opposer. On serait tente de croire que Terreur de ce général se prolongea pendant toute la journée du 26 , car on n'opposa à Oudinot pendant cette journée que peu de monde. Son inaction pendant la nuit du 26 au 27 , et pendant la journée du 27, furent de nouvelles fautes. Enfin, (>our couronner cette suite de fautes y Tchitchagof ne fit pas même occuper les ponts qui se trouvent entre Studianka et Zembin par un détachement chargé de les brûler, si Uarmée française suivait dans sa retraite la route sur laquelle ils se trouvent. Toutefois , il est juste d'ajouter que les généraux Wittgenstein et Tchitchagof, ne pouvant croire
(d) Peut-être même rendit-on compte à Tchitchagof que Napoléon, en personne, assistait aux travaux; il était facile de le distinguer si Ton connaissait le costume qu'il avait adopté.