LIVRE IV
servir d'interprète. Il voyageait incognito , sous le nom du duc de Vicence , et croyant la route libre , n^était escorté que par un faible détachement de cavalerie napolitaine.
Loison venait d'arriver dans l'après midi à Oszmiana, et à cause de la rigueur du froid il avait réparti ses soldats dans les maisons- Le colonel russe Seslawin , qui se dirigeait aussi sur Oszmiana , mais par des chemins de traverse , situés sur la gauche de la route , arriva à la chute du jour devant cette ville avec un régiment de hussards , des Kosaques et du canon ; ignorant qu'elle était occupée par une division d'infanterie , il y pénétra brusquement , à la tête de sa cavalerie , mais il en fut chassé aussitôt, et après l'avoir canohnée pendant quelques instans il bivouaqua sur la gauche^ à peu de distance de la route. Napoléon atteignit heureusement Oszmiana ; l'on voit pourtant qu'il aurait pu tomber entre les mains de Seslawin ; c^est ce qui serait indubitablement arrivé si ce partisan eût été instruit de son passage.
A Miedniki , Napoléon trouva Mâret , qu'il avait instruit de son voyage, et auquel il avait ordonné <Je venir au devant de lui. Ce ministre remplaça , dans la voiture de Napoléon , Gau-
â56 EXPÉDITION DE RUSSIE.
lincourt , qui monta dans !a sienne. Uescorte ^ depuis Miedniki, était composée d'environ cinquante cavaliers napolitains^ commandés par le duc de Rocca Romana (a). Napoléon arriva à Wilna le 6 , à dix heures un quart du matin , tourna autour de la ville, et s'arrêta dans une maison isolée , située au bout du faubourg de Kovvno. L'entretien qu'il eut avec son ministre roula sur les motifs qui le déterminaient à retourner en France , sur la situation des affaires, et surtout sur celle de l'armée. « Quant à l'ar- » mée , dit Napoléon , il n'y en a plus ; on ne » peut appeler armée une troupe de débandés, » errant çà et là pour chercher leur subsistance » et des abris. On en ferait encore une armée » si , sur un point rapproché quelconque , on » pouvait donner du pain à des affamés, des » souliers et des vétemens à des hommes qui 3> nft peuvent continuer de marcher' sur la » glace avec de mauvaises chaussures , et qui » sont en proie à un froid de plus de vingt de- » grés ; mon administration militaire n'a rien » prévu , et mes ordres n'ont point été exéi> cutés. » Maret répondit à ce reproche, en
{a) Cette course fit perdre au duc de Rocca Romana une partie des doigts de la main gauche, qui furent gelés.