LIVRE IV
leurs, qu^il pénétrât en Allemagne à la tête d^une armée nouvelle, pouij conserver des alliés que lui avait acquis la force, mais qui étaient ses ennemis secrets. A quels dangers d'ailleurs son absence ne Texposait^-elle pas , lorsqu'on apprendrait ses désastres, puisque Mallet, avant qu'ils fussent connus, et avec si peu de moyens , avait mis en péril son gouvernement (a).
Cependant le froid, qui s'était adouci depuis le passage de la Bérézina , prit tout à coup , à dater du 3 décembre, une intensité inconnue dans nos climats. Le 5 , le thermomètre marqua vingt degrés au dessous de «éro ; le 6 , vingt-quatre; le 7 , vingt- six. Les habitans du nord , pendant des froids si rigoureux , ne 5'exposent jamais à l'air, qu'enveloppés de fourrures ; les effets de ce froid excessif sur des malbeureux qui en manquaient pour la plupart, et qui étaient obligés dé bivouaquer, furent terribles. Ce n'était plus cette mort lente qui se présentait sous tant de formes ; le froid immolait ses victimes avec la rapidité de la foudre ; il frappait indistinctement les forts et les faibles, les valides et les mori*
(a) Un conseil de régence était investi de l'autorité pendant Tahscnce de Napoléon.
36o EXPÉDITION DE RUSSIE.
bonds , mais surtout ceux qui quittaient les habitations pour le bivouac (a) ; aussi ne rencontrait-on plus de mourans gissans de chaque cÀté de la route. Mais quelle quantité de cadavres dispersés sur cette route et autour des bivouacs! Jamais armée n'éprouva un pareil désastre (lo). Wilna était le but qu'on s'efforçait d'atteindre ; on sayait qu'on y trouverait des secours , et l'on espérait que Napoléon y avait réuni assez de forces pour arrêter les Russes ^ et procurer enfin quelque repos aux débris de son armée. Au milieu de tant de maux , l'abondance des vivres aurait dû procurer quelque soulagement , mais on voulait remplir toutes les formalités; on semblait croire que les corps dissous se reformeraient tout à coup pour envoyer aux distributions. U ne fut donc point donné de vivres aux miK* taires isolés ; c'est-à-dire que les dix-neuf vingtièmes de l'aimée en furent privés ; les Russes en profitèrent ^ car on ne détruisit même pas le^ magasins de Smorgoni, avant que d'abandonner cette villcc Chaque jour voyait tomber entre les mains de. l'ennemi des bagages de
{a) La division Loison , qui prit l'arrière-garde à Oszœiana, et qui ëtait alors forte de dix mille hommes , perdit sept mill^ bommes en trois jours par la congellation.