LIVRE III. loi
retraite de quatre-vingts lieues par une route entièrement dévastée » sur laquelle on la ramenait aux approches de Fhiver et au moment où les provisions qu^elle avait apportées de Moakou étaient épuisées. Tant qu'on avait marché à Tennemi, confiant dans son courage, résolu à vaincre ou à périr , le soldat avait conservé une attitude martiale. Un avenir aussi cruel , auquel il devait si peu s'attendre , Im causad'abordun abattementquise manifesta par un morne silence ; maisil se résigna bientôt.
J'ai raconté les opérations militaires depuis le départ de Moskou avec plus de détail que ne semblelecomporterleplan que jeme suis tracé, parce qu'elles ont un grand intérêt sous le rapport de l'art , et parce que c'est à leur mauvais succès qu'est due la chute d'un pouvoir qui menaçait l'Europe d'une entière servitude.
Des trois projets qu'avait d'abord formés Napoléon pour revenir en Lithuanie , celui de &e retirer dans la direction de Witepsk était le seul qui offrît une réussite assurée ; ce fut aussi celui qu il adopta d'abord , et il n'y renonça sans doute que parce que son orgueil fut alarmé d'une retraite qui aurait ressemblé à ^ une fuite. D'autre part , il ne pouvait aller ^t-^^:^ taquer Kutusof dans son camp retranché ^< ^
io4 EXPÉDITION DE RUSSIE.
Tanilino , sans courir à une perte certaine : il se décida donc à exécuter l'opération que nous venons de décrire , espérant qu'il atteindrait Kaluga avant le général russe , et qu'il pourrait se retirer de cette ville sur Smolensk , par une route qui lui offrait des ressources. Son amour propre se serait alors trouvé entièrement à couvert , puisqu'il aurait pu dire : J'ai marché à l'ennemi pour lui livrer bataille , il n'a osé se présenter {à) ; et , la saison s' avançant, je suis revenu prendre mes quartiers d'hiver sur les bords du Dnieper, où j'ai mes magasins. Pour que Napoléon réussît à effectuer sa retraite sur Smolensk , en passant par Kaluga , il fallait qu'il marchât avec une grande rapidité , et que Kutusof fît les fautes de ne point avoir de corps d'armée sur la nouvelle route de Kaluga, et de ne point faire éclairer les piouvemens de l'armée française par sa ca-
(a) C'était aussi le langage que Napoléon tenait à ses gënë« raux. Dans la lettre que Berthier écrit à Junot de Fominskoé, le 23 octobre , il lui dit : « La ville de Moskou étant toute » brûlée, l'empereur a jugé convenable de Tévacuer, après 3) avoir fait sauter le Kremlin, afin d'être maître de ses mou- » vemens , ce cadavre de ville exigeant quinze à vingt mille » hommes pour maintenir la police dans ses décombres. Si » Farmée ennemie prétend couvrir Kaluga, l'empereur veut » lui livrer bataille. »