‹ Histoire de l'expédition de RussieChapitre 51 sur 184 · LIVRE III. i · texte numérisé non relu

LIVRE III. i

trouvait pour se garantir du froid ; aussi voyaiton des soldats de toutes les armes surchargés des vêtemens les plus bizarres. *

Les forces humaines ne pouvant lutter contre de semblables vicissitudes , les désastres de l'armée augmentèrent dans une proportion effrayante ; elle éprouva toutes les horreurs de la famine. Le nombre des traîneurs s'accrut (a) de manière à faire craindre que Tarmée ne présentât bientôt plus qu'une masse confuse ; l'indiscipline et l'insubordination gagnèrent ce qui était resté sous les drapeaux. Bientôt l'aspect de la route devint affreux ; elle était jonchée de cadavres d'hommes et de chevaux , et couverte d'une foule de malheureux se traînant à peine , tandis que d'autres expiraient de faim , de fatigue , de maladie et de leurs blessures. Quand ils réfléchissaient sur la rigueur d'un sort si peu mérité , sur cette mort obscure qui allait les atteindre sans qu'un ami leur fermât les yeux , sans qu'un seul laurier fût jeté sur leur tombe ,

(a) L'infanterie de la garde faisait exception, ce qY|Wnt à ce qu'elle éprouva moins de fatigues que les autres corps, n'ayant point fait Tarrière-garde , et moins de privations , ayant reçu quelques distributions de farines. Il restait encore plus de deux mille hommes de cavalerie de la garde , mais eu mau^ vais état.

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sans que leurs proches sussent même en quels lieux s'étaient exhalés leurs derniers soupirs , et qu'ils repartaient les yeux sur le passé , le ressouvenir de leur gloire les accablait. Tous ces maux et le sentiment si puissant de sa propre conservation produisirent un égoïsme et une dureté incroyables ; alors les liens si doux de l'amitié furent rompus ; les mourans , la rage dans le cœur, expirèrent dans une affreuse solitude. La mort ne fit plus couler de larmes. Tout moyen semblait bon pour se conserver la vie : on vit des soldats dépouiller leurs camarades accablés par la maladie , et abréger ainsi leurs derniers momens. Chaque soir , un grand pombre de malheureux qui n'avaient pu suivre leurs corps imploraient une place aimrès des bivouacs déjà établis ; mais on les repoussait durement , et ils allaient expirer à iq[uelques pas de là ; aussi l'armée , lorsqu'elle quittait ses bivouacs , les laissait-elle couverts de morts , ce qui leur donnait l'aspect d'un champ de bataille. Au point du jour , tout ce qui avait bivouaqué sur le bord de la route se remettait en marcQig: , et l'on voyait ^irriver de l'intériei^' des terres un grand nombre de militaires isolés , ou réunis par bandes plus ou moins nombreuses ; ils se dirigeaient sur la grande route y

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