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où il se formait bientôt une colonne épaisse de traîneurs. La nuit couvrait de son ombre les maux qui accablaient Tannée , et le jour suivant reproduisait les mêmes scènes. Les familles fugitives qui la suivaient partageaient son sort , ainsi que quelques prisonniers faits aux combats de Malojarosla wetz et de Wiazma ; on fusillait ceux qui ne pouvaient suivre ; jwresque tous périrent ainsi. Au milieu de cette détresse , les maréchaux , les généraux , les administrateurs , tous ceux enfin qui, ayant eu la précaution d'emporter de Moskou des provisions , avaient été assez heureux pour conserver leurs bagages , vivaient dans Fabondance (a).
Une foule de plaintes amères s'élevèrent contre Napoléon ; l'pn maudissait son ambition ,
{n) Il semblerait que des soldats réduits à de si cruelles extrémités auraient dû piller les voitures de bagages sur lesquelles se trouTaient ordinairement des provisions. C'est ce qui serait indubitablement arrivé s'ils avaient été livrés subitement aux horreurs de la famine ; mais les privations avaient été progressives , et les maux qui vinrent les accabler n'arrivèrent que successivement. Lorsqu'ils approchaient de leurs derniers momens ils ne portaient plus d'armes , et le décroisse- Ddânt des facultés morales avaitâuivi celui des forces pdbysiques. Ceux au contraire qui conduisaient et qui escortaient des bagages étaient armés , avaient conservé plus de force et d'éner* gie, et défendaient ces bagages comme leur dernière ressource. Cependant si l'on était obligé d'abandonner une voiture par
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que rien ne pouvait assouvir ; son orgueil , cpii l'avait fait pénétrer en Mosko^ie contre toutes les règles de l'art , et l'avait aveuglé au point de le retenir trente-quatre jours au milieu des cendres de M oskou. Le soldat se plaignait des maux présens , mais les généraux jetaient encore des regards inquiets sur l'avenir : tous tenaient de Napoléon (6) des grades , des décorations , quelques-uns de la fortune , et leur sort semblait lié au sien ; aussi en entendit -on plusieurs s'écrier : « Il se perd , et nous avec lui. »
Le 8 novembre , Napoléon transporta son quartier général à Brédichino ; on rencontra ce jour-là des convois de vivres destinés pour l'arrière-garde , et qui étaient partis la veille de Smolensk ; on en conçut l'espoir de retrouver sinon l'abondance , du moins le nécessaire aussitôt qu'on aurait atteint cette ville. L'on comptait aussi sur l'appui de Victor ; on ignorait généralement sa marche rétrograde , aussi bien que les revers essuyés en Wolhinie et en Lithuanie : Napoléon avait apporté tous ses soins à cacher ces événemens. Ce même jour,
suite de rëpuisement des chevaux , les traîneurs s'attroupaient autour , et elle courait risque d'être pillée au moment où Tob voulait en extraire ce qu'elle contenait de plus précieux.