LIVRE III.. i5i
isolés et beaucoup de bagages étaient réunis sur la rive gauche , attendant , pour passer , que le pont fut rétabli. Cependant, Platof ayant été instruit du retard qu* éprouvait Eugène , canonnait vivement son arrière-garde , et les Kosaques , animés par Tespérance d*un riche butin , se répandaient comme un torrent autour du quatrième corps; il y eut même plusieurs de leurs détachemens qui franchirent le Wop et se firent voir sur l'autre rive. Eugène ne pouvait différer sa retraite , autant à cause de la présence de Fennemî que parce qu'il était déjà fort en arrière du reste de l'armée. Après avoir fait contenir les Kosaques par des détachemens et de l'artillerie , il ordonna à la garde royale de passer la rivière ; cet ordre fut exécuté à l'instant ; la garde royale, écartant les glaces, ayantdel'eaù jusqu'à la poitrine, franchit lé^ Wop et prit position sur la rive droite : Eugène , avec son état msijor, la suivit immédiatement. L'on essaya alors dé faire passer les voitures ; mais les rampes qu'on avait pratiquées se recouvrirent de verglas , surtout celle qui se ttoiivaît à la sortie de la rivière ; lé gué fut bientôt obstrué par uîi grand nombre de voitures qui s'y étaient embourbées. L'on avait perdu l'espérance de pouvoir rétablir le pont ;
i52 EXPÉDITION DE RUSSIE,
on se vit contraint d^abandonner rartillerie et les bagages qui n'avaient point encore passé. Aussitôt que la nécessité de ce sacrifice fut connue , les rives du Wop présentèrent un spectacle affreux , et dont les fastes militaires n'avaient point encore offert d'exemples. Les personnes qui avaient conservé des voitures , obligées de les abandonner , chargeaient précipitamment sur leurs chevaux leurs vivres et leurs effets les plus •précieux ; beaucoup de ces voitures furent pillées par les traîneurs au moment où l'on se préparait à les abandonner , et leurs possesseurs perdirent ainsi leur dernière ressource. Untf grande quantité d'hommes et de chevaux , trop faibles ou dont le froid saisit les membres au moment ou ils traversaient la rivière , se noyèrent , et elle fut bientôt remplie de cadavres. Le» soldats qui atteignaient la rive droite se hâtaient d'établir des feux pour sécher leurs bardes et s§ réchauffer ; mais privés de liqueurs et de bons alimens, il y en eut beaucoup qui périrent. Eugène , pendant toute la journée du 9 , laissa la division Broussier sur la rive gauche pour contenir lés Kosaques , et donner le tems à tous ceux qui le pourraient de passer la rivière. Le 10 au matin , cette division passa le Wop, abandonnant aux Kosaques