LIVRE III
Nous avions laissé Victor à Senne , petite ville sur laquelle il s'était retiré après le combatde Czasniqui , tandis que Wittgenstein , s'étant contenté de le faire suivre par quelques régimens de Kbsaques , avait conservé sa position derrière la Lukomlia. Victor , après être resté deux jours à Senno , se dirigea sur Czéréia , où il arriva lé 6 novembre ; sa cavalerie légère fut placée à Lukoml , à Texception d'un régiment qui resta à Krasnogura. Wittgenstein , depuis le passage de la Dwina , nourrissait le dessein de reprendre Witepsk , où les Français n'avaient qu'une faible garnison , composée de recrues; dans ce Dut , il avait dirigé sur Beszencowiczi un détachement sous les ordres de Laharpe (à) y qui y arriva le i" novembre. Ce général y resta tranquille jusqu'au 5, comme s'il n'eût été destiné qu'à observer les mouvemens de Vicjor ; mais aussitôt qu'il eut appris l'éloignement du général français , il marcha rapidement sur Witepsk, parles deux rives de la Dwina, surprit et attaqua la garnison de cette ville le 7 , au point du jour , et, l'ayant mise en fuite à la suite d'un combat
(a) Labarpe ëtait gënëral major, ce qui correspondait au (prtde de général de brigade.
très-court , la poursuivit sur la route de liozna , par laquelle elle se retirait sur Smolensk, et la fit presqu'en entier prisonnière.
Victor , après quatre jours de repos dans la position de Czëréia (a) , reçut cette lettre si pressante que Napoléon lui avait fait écrire de Mikalewka par Berthier, pour l'instruire en partie des désastres de son armée , et pour lui ordonner de livrer bataille à Wittgenstein , et de le rejeter au delà de la Dwina. La terre était alors couverte de neige , car dans ces pays de plaine où les vents ne sont point arrêtés par des chaînes de montagnes, elle recouvre la terre partout à peu près à^a même époque. Le froid était très-rigoureux, ce qui rendait les mouvemens en masse, qui forcent à bivouaquer, aussi meurtriers qi|e des combats ; les ruisseaux étaient gelés ^' et n'offraient d'obstacles que lorsque leurs rives étaient escarpées. Oudinot, guéri de sa blessure , avait repris le commande-
(a) Ce repos ne fut pas complet; il y eut aux avant-postes deux petites affaires sans résultats. Le 6 , de la cavalerie russe attaqua Lukoml et fut repoussëe. Le 7, l'attaque fut renouvelée avec Fappui d*un bataillon et de deux pièces. Les Russes s'emparèrent d'abord de Lukoml j mais on reprit bientôt ce bourg avec le secours d'une brigade d'infanterie qui arriva au bruit du canon.