‹ Histoire de l'expédition de RussieChapitre 80 sur 184 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

le centre en avant de Szidowa , où Kutusof fixa son quartier général. Dans cet état de choses , plusieurs généraux engagèrent vivement Kutusof à se diriger avec la totalité d^ ses forces sur la route de Krasnoi à liady pour y prendre positicMi:, en prolongeant sa gauche jusqu'au Dnieper, afin de fermer toute retraite à Napoléon v^t aux autr^es corps, qui étaient encore dispersés depuis Krasnoi )iisqu'à Smolensk. C'était assurément le seul parti raisonnable ; mais Kutusof^ qui aurait dû être parfaitement instruit de la situation .déplorable de Tarmée de Moskou, puisqu^il pouvait faeilement se procurer des reoa^^gfienf^çnspar lesp^mbreux prisonniers qu'iji. faisait chaque j[Oii|r, xie s'en formait point ui3^ id^/fixacte. Il la qrçyait plus nombreuse m combattons qu^eUe ne Tétait réellement : toutefois y quelle que fût son opinion à çèt égard , la réunion de son armée vis-à-vis de K^asiio^ ne:)ui|^çmi|ttaitpa44is douter de sa trèsrgrafide mpéiiorite sur les tipupfls qui occupaient cette ville ; il pouvait donc les accabler, et successivement toutes celles qui étaient échelonnées sur la route de Smolensk à Orsza. Ces raisons le décidèrent enfin à adopter le plan que lui proposaient ses généraux ; mais , au moment où il donnait des ordres pour son exécution , on

loo EXPÉDITION DE RUSSIE,

lui amena un paysan qui s*étaitéchap|>é deKra^ noi ; il le questionna , et ayant appris que Napoléon en personne était dans Krasnoi, et que cette ville et les environs étaient remplis de troupes qui portaient des bonnets à poil, coiffure de la garde impériale, « Vous voulez, s'écria-t-il en s'adrcssant à ses généraux , que je livre au hasard ee que je puis obtenir avec certitude en temporisant quelques jours (a)! » Et aussitôt il révoqua ks ordres qu'il venait de donner, citant à Fappui de sa résolution cette sotte maxime , qu'il faut faire un pont d'or à l'ennemi qui se retire (b). Napoléon , appréciant le danger de sa position , sentait qu'il devait se retirer â l'instant même ; mais alors, les corps de Davout , d'Eugène et de Ney ne pouvaient manquer de succomber. Comptant donc sur l'irrésolution et la pusillanimité de son adversaire , manifestées par le mauvais emploi de ses forces, la lenteur de sa n^arche et son inaction , rempli d'ailleurs de cette confiance qu'il avait totqours

(a) Kutusof, comptant sur Tarrivëe de Parmëe de Moldavie, espërdit sans doute que Napoléon ne parviendrait pas à fran-^ chii* la Bërëzîna, ou que le froid, les, privations et la famin« achèveraient de détruire son armée.

(b) C'est l'opinion contraire , qu'il faut poursuivre à outrance l'ennemi qui fuit, qu*on aurait dû ériger en maxime.

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