‹ Histoire de l'expédition des Français à Saint-DomingueChapitre 17 sur 29 · NET EE RENE FT EMONE TT · texte numérisé non relu

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« trat du peuple français, je lu promets protec- « tion, gloire et honneur. Ne croyez pas que la « France ait l'intention de porter la guerre à Saint- « Domingue : l'armée qu'elle y envoie est destinée, , non à combattre les troupes du pays, mais à « augmenter leurs forces. Voici le général Leclerc, « mon beau-frère, que j'ai nommé capitaine-gé- « néral, et qui commandera cette armée. Des or- « dres sont donnés afin que vous soyez quinze « jours d'avance à Saint-Domingue, pour annoncer « à votre père la venue de l'expédition. » Il se mit ensuite à faire des questions sur les mathématiques à celui à qui il adressait la parole, et fut satisfait de ses réponses. Après qu'ils eurent pris congé du consul, le ministre de la marine alla les accompagner jusqu'à la portière d'une de ses voitures dans laquelle ils retournèrent au collège de la Marche.

Le lendemain de cette réception, le même ministre leur donna un magnifique repasauquel étaient conviés le général Leclerc, le vice-amiral Bougain- ‘ville, M. Bénézech conseiller d'état, avec l'adju-

dant-commandant Davoust son gendre, M. de Vin-

cent, colonel du génie, et plusieurs autres officiers généraux et supérieurs. Avant le départ d'Isaac et de Placide Louverture de Paris, le ministre de la marine leur fit présent, au nom du gouvernement français, d'une superbe armure, de la manufacture de Versailles et d’un riche et brillant costume militaire. Lorsqu'ils furent à Brest, on ne * ünt pas ce qu'on leur avait promis à Paris. La frégate la Strène, à bord de laquelle ils étaient, ne mit à la voile qu'avec toute l'armée navale, commandée par l'amiral Villaret-Joyeuse. Au bout de trente jours de navigation, l'amiral invita les enfans de Toussaint-Louverture, et M. Coasnon, leur précepteur, dans une lettre qu'il leur écrivit , à passer avec leurs effets à bord du vaisseau /e Jean- Jacques ; la frégate la Sirene devant porter à la Guadeloupe les ordres du gouvernement français , conformément à ses instructions. La flotte de Brest, parvenue à la baie de Samana, qui était le lieu du rendez-vous, se réunit aux divisions parties de Lorient et de Rochefort; la première, sous les

ordres du contre-amiral Delmothe ; la deuxième

sous ceux du contre-amiral Latouche-Tréville , et à la division espagnole, commandée par l'amiral Gravina qui, sorti de Brest le même jour que l'amiral Villaret, avait eu le temps, quoiqu'il fût contraint de relâcher dans un port d'Espagne pour réparer ses vaisseaux, d'arriver avant lui.

Un bâtiment léger s’étant approché de la côte orientale de Saint-Domingue, par l'ordre de l’amiral Villaret, pour avoir des nouvelles, amena à bord du vaisseau l'Océan des pilotes qui apprirent au général Leclerc que Toussaint-Louverture était à Santo-Domingo. On tint aussitôt à bord du vaisseau-amiral un conseil auquel assistèrent les offciers-généraux de l'armée. Immédiatement après, on fit les dispositions suivantes : le contre-amiral Latouche avec la division Boudet, le chef de division Magon avec la division Rochambeau, le capitaine de vaisseau de... avec la brigade Kerverssau , eurent ordre de se diriger, le premier sur le Portau-Prince, le deuxième sur le Fort-Dauphin , et le troisième sur Santo-Domingo. Ces dispositions

n'annonçaient rien que d'hostile. Isaac et Placide

Louverture et leur précepteur firent par écrit des représentations au général Leclerc; il ne s'y arrêta point. La majeure partie de la flotte y compris le vaisseau le Jean-Jacques, se présenta devant le Cap. Le général Leclerc envoya sommer le général Christophe de lui livrer cette ville, Celui-ci répondit qu'il lui fallait avant tout un ordre de son chef auquel il allait dépêcher plusieurs courriers, ne sachant pas où il se trouvait dans ce moment. Le lendemain, même sommation de la part du général Leclerc , même réponse de la part du général Christophe. Trois jours se passèrent à parlementer ; le quatrième , tout était préparé pour un débarquement, qui s’effectua dans les environs du Limbé. Pendant que Leclerc agissait de ce côté, on avait connaissance de la prise du Fort-Dauphin, qui était défendu par un bataillon du 1°“ régiment de Saint-Domingue. L'amiral Villaret faisait canonner le fort Belly, par le vaisseau Ze Patriote, et forcer la passe du Cap par le contre-amiral Delmothe. Cette ville fut incendiée..., Les flammes de l'in-

cendie furent aperçues presqu'en même temps . et 5 k 2

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par la flotte française et par Toussaint -Louverture qui arrivait de Santo-Domingo sur les hauteurs du Grand-Boucan, et qui regrettait alors de n'avoir point péri dans les plaines de l'Artibonite, lorsqu'il combattait pour la France et son pays, tant sa douleur était grande ! Il avait compassion d’une multitude de vieillards, de femmes et d'enfans répandus sur toutes les routes, et qui fuyaient à travers les montagnes. Sa position était embarrassante : le Cap et le Fort-Dauphin avaient été traités comme villes ennemies. Il ordonna au général Christophe qu’il rencontra près du haut du Cap, de prendre position à la Grande-Rivière. Luimême, suivi de Mar-Coupé son aide, du chef d’escadron Morisset et de six cavaliers, se dirigea du côté de la plaine du Nord, et se trouva face à face avec l'avant-garde du général Leclerc, qui marchait vers le C:sp. Il passa au travers d'un feu épouvantable. Son habit fut criblé de balles et son cheval légèrement blessé. Arrivé au Mornay, il y resta deux jours. Dans ce court délai, 1l reçut une

lettre du général Rochambeau, qui n’eut l'air de s’a-

pitoyer sur les évènemens du Fort-Dauphin, que pour mieux s’en faire gloire : « Je ne croyais point, ditil, «que mes soldats, en arrivant ici, dussent « tremper leurs bayonnettes dans le sang de leurs « frères et de leurs amis. »

Toussaint-Louverture partit de Mornay pour les Gonaives, en passant par d'Ennery où étaient sa femme et une partie de sa famille. Leclerc alla droit au Cap; dont la brigade Humbert, débarquée des vaisseaux , avait déjà pris possession. Toute la flotte était en rade, à l'exception d’une frégate qui louvoyait à la vue du Cap, ayant à bord les généraux Villatte, Rigaud, Léveillé; les adjudans-généraux Pétion, Belley; le colonel Dupont, les chefs de bataillon Ledué et Quayer, Larivière, etc., etc., tous natifs de Saint-Domingue. Leur sort dépendait des évènemens : on attendait l’ordre de les débarquer ou de les déporter à Madagascar.

Le gros de l'armée que commandait Leclere avait pris position dans les environs du Cap. Ses avantpostes s’étendaient jusqu'au Mornay, pays limitro-

phe de la plaine du Nord. Tout le pays, situé entre

le Cap et le Limbé, était en son pouvoir. Mais il n'avait pas encore de nouvelles des troupes qui devaient opérer dans l'ouest, le sud et la partie orientale de l'île. Il ignorait ce qui sy passait; et de plus il avait affaire à un homme que le péril n’effrayait point , et qui pouvait lui tenir tête par son activité et son courage. Le général Leclerc sembla donc, pour un moment, voulon remettre dans le foureau, l'épée qu'il avait tirée sans nécessité. Il envoya deux officiers d'état-major chercher I. et P. Louverture et leur précepteur à bord du Jean-Jacques. Dès qu'il les vit, il leur parlæ du malheur présent, d'accommodement et de la lettre de Bonaparte. «J'ai le plus grand espoir, ajouta-tA, de m'entendre avec votre père; il était absent, il n'a pu rien ordonner. Il est nécessaire que vous lui apportiez la lettre du premier consul, quil connaisse mes intentions et la haute opinion que Jai de lui. »

Pleins du desir de revoir leurs parens et de remplir une mission dont on aurait dû les charger au-

paravant, L. et P. Louverture partirent à onze

D'ISAAC TOUSSAINT. 237 heures du soir, accompagnés de M. Coasnon, malgré la pluie qui tombait par torrens. Arrivés aux avant-postes du général Desfourneaux, il leur offrit à souper. L’adjudant commandant, Dampière, qui était son chef d'état-major et qui les avait connus, leur donna des marques de la plus vive amitié. Les enfans de T. Louverture et leur précepteur, couchèrent à leur bivouac, au milieu de la boue.

À la pointe du jour ils étaient à cheval sur la route de Mornay. Le temps était devenu plus beau; ils ne cessaient d’admirer, eux et M. Coasnon, les productions variées des plaines et des montagnes qu'ils parcouraient : tout annonçait richesse et prospérité ; et cette vue contrastait singulièrement avec le spectacle qu'ils avaient laissé derrière eux. Il y avait beaucoup d’habitans sur la route, mais pas un soldat. Dès qu'on sut qui ils étaient, on courut au-devant d'eux avec acclamations ; ils étaient entourés, pressés, embrassés et questionnés. I. et P. Louverture firent connaître l'objet de leur mission ; tous étaient ravis de voir les enfans de Tous-

saint-Louverture , et indignés de ce que le général

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Leclerc venait leur annoncer la paix à coups de canon. Sur toute la route même empressement et même réception jusqu'à d'Ennery, où ils avaient eu soin de faire prévenir de leur arrivée, une mère et des parens qui les attendaient avec impatience. Enfin, vers les neuf heures du soir, deux jours après leur départ du Cap, leur mère et les deux nièces de son mari, M"° Vernet et sa sœur vinrent, à la lueur des flambeaux, les recevoir à l'entrée de la maison paternelle, au milieu d'une foule mmense. Ils étaient accompagnés d'un de leurs oncles qui avait volé à leur rencontre.

Il est plus facile de concevoir que de raconter ce que cette soirée eut d’attendrissant pour toute une famille, une mère, ses enfans ét leur précepteur qui, comblé de remercimens et de soins, était témoin de tant de tendresse et d'amour. Toute cette famille, oubliant pour un moment, à cause de cette réunion inattendue, le malheur de la patrie, se livrait à la joie et aux plus doux sentimens.

Le lendemain, à onze heures du soir, le son de

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la trompette, le bruit des chevaux et d'une voiture, annoncèrent l’arrivée de Toussaint-Louverture, qui était attendu avec tant d'impatience ettant d’ardeur.. L. et P. Louverture se jetèrent tous les deux à son cou ; il les tint pendant long-temps serrés dans ses bras, et la sensibilité paternelle se manifesta par des pleurs qui coulèrent de ses yeux. On courut chercher M. Coasnon, qui était dans son appartement ; il l'embrassa et lui dit des choses obligeantes sur les soins qu'il avait donnés à l'éducation de ses enfans, et ajouta qu'il lui savait gré d’être venu les accompagner au sein de leur famille; mais qu'il était fâché que ce fût au milieu d'une guerre dont la cause lui était inconnue, et à laquelle il ne s’attendait pas. Alors M. Coasnon, qui était assis, se leva, et lui présenta la lettre du consul, à laquelle était suspendu, au moyen d’un cordon de soie , le sceau de l’état, enfermé dans une boîte de vermeil.

Toussaint Louverture prit cette lettre et la parcou-

(1) Cette lettre, écrite sur du parchemin , n’était pas close ;

elle était dans une boîte.

rut rapidement, après quoi ses enfans et M. Coasnon, lui parlèrent de l'accueil et des magnifiques promesses que leur avait faits le consul ; de l'assurance » Le LA , # L qu'il leur avait donnée que l'armée commandée par le général Leclerc n'était pas envoyée à Saint- Domingue dans des vues hostiles; et du desir que

général d'entrer en accom-

leur avait témoigné ce modement avec lui. « Vous, M. Coasnon, répondit- « il, vous en qui je considère le précepteur de mes « enfans et l'envoyé de la France,avouez que les pa- « roles et la lettre du premier consul, sont tout-à-fait « enopposition avec la conduite du général Leclerc: « lesunesm'annoncentlapaix,l'autreme fait la guerre.

« Le général Leclerc, en tombant sur Saint-Do- « mingue comme un coup de foudre, ne m'a appris « sa mission que par l'incendie de la capitale, qu'il « pouvait éviter; par la prise d'assaut du Fort-Dau- « phin et les débarquemens opérés à main armée

« sur les côtes du Limbé.

« Je viens d’être informé que le général Maure-

pas a été attaqué par une division française qu'il

a repoussée; que le commandant de Saint-Marc

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D'ISAAC TOUSSAINT, 241 a forcé de prendre le large, deux vaisseaux Fran- Cais qui canonnaient cette ville. Au milieu de tant de désastres et de violences je ne dois pas oublier que je porte une épée. Mais pour quel motif me déclare-t-on une guerre aussi injuste, aussi impolitique ? Est-ce parce que j'ai délivré mon pays du fléau d'une guerre étrangère, que j'ai travaillé de toutes mes forces Pour sa prospérité et sa splendeur ; que Jy ai établi l'ordre et la justice ? Puisque ces actions sont regardées comme un crime, pourquoi m'envoit-on mes enfans, dans une telle circonstance, pour partager ce crime ?

« Au reste, si, comme vous me le dites, le général Leclerc desire franchement la paix, qu’il arrête la marche de ses troupes. Il préservera Saint-Do: mingue d’une subversion totale, et calmera les esprits déjà exaspérés par son système d'agression et d'envahissement. Je veux > M. Coasnon, lui écrire dans ce sens une lettre que vous, mes deux enfans, et M. Grenville, le précepteur de mon jeune fils,

serez chargés de lui remettre. »

C'est ainsi que s'exprima Toussaint-Louverture ;

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en présence de sa femme, de sés deux nièces, de son beau-frère et d’un grand nombre d'officiers supérieurs ; qui étaient témoins de l'accueil fait à M. Coasnon.

Le lendemain matin , après avoir eu un entretien d’une heure avec ses enfans et leur précepteur, il se rendit aux Gonaives. L’adjudant-général Fontaine, suivi de M. Grenville, leur apporta la lettre qu'il avait promis d'écrire au général Leclerc. (1)

Celui-ciinformé dela reddition du Port-au-Prince, et rempli de présomption à la vue des renforts qui venaient d'arriver de Toulon sur l’escadre du contreamiral Gantheaume, ne garda plus aucune mesure, lorsqu'il reçut cette lettre. Il donna deux jours à Toussaint-Louverture pour se livrer à lui à discrétion. Il lui manda, dans une lettre qu'il dicta à son

secrétaire, en présence de la députation, qui était

(a) Dans le récit de cette entrevue, il est évident qu'Isaac a respecté tous les liens sacrés de délicatesse entre un père et ses en— fans, et dû écarter toutes les circonstances qui auraient pu y

porter atteinte. ( Note de l'Editeur. )

composée comme nous l'avons dit de MM. I. et P. Louverture, Coasnon et Grenville, qu'en vertu de ses ordres ,le Môle serait bloqué par mer, le Portde-Paix attaqué ; et que le général Boudet ne devait s'arrêter qu'aux bords de l'Artibonite, L. et P. Louvérture partirent en toute diligence, la nuit même de leur arrivée, pour porter cette lettre aux Gonaives, MM. Coasnon et Grenvillé ne pouvant retourner avec eux à cause de leur âge et de la fatigue dont ils étaient accablés.

Toussaint-Louverture ne fut point abattu par cette étrange réponse : plus ses ressources étaient bornées, plus son génie etson courage se déployaient. Dans ce terrible moment, il voulut que les officiers et les soldats de sa garde, qui était composée d’un bataillon de grenadiers et de deux escadrons de dra- $Oons, Eussent connaissance de cette réponse. En passant la revue de ses grenadiers et de ses dragons, il leur dit que le général Leclere lui prescrivait impé-

rieusement de se défendre.

« Général, se mirentils à crier, nous mourrons

tous avec vous. »

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Cette revue n'était pas plus tôt finie qu'on vit arriver successivement aux Gonaïves deux courriers des généraux Clairveaux et Paul-Louverture , qui commandaient, le premier à Saint-Yago, le deuxième à Santo-Domingo. Ces généraux l'informaient dans leurs lettres de l'apparition d'une escadre française à l'est de Saint-Domingue, et de la menace qui leur avait été faite d'un débarquement sur les côtes de leurs commandemens respectifs, s ils ne livraientpromptement aux Français les villes de Saint-Yago et Santo-Domingo et leurs dépendances. L'ordre donné par Toussaint à ces généraux, était qu'ils évacueraient sur-le-champ , les pays qui leur avaient été confiés, en évitant, s'ilétait possible, pendant leur marche, d'en venir à uneaction, et qu'à leur jonction dans les environs de Saint-Raphaël , Clairveaux aurait le commandement des troupes réunies. Les dépèches qui leur avaient été adressées furent interceptées.

Cependant les habitans des Gonaïves instruits de la résolution de Leclerc, essayèrent de leur propre mouvement , de faire entendre raison à ce général

ét d'arrêter son impétuosité. Ils obtinrent de Tous-

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saint-Louverture d'envoyer une députation au Cap, Cette démarche n’eut pas plus de succès que la précédente ; le général Leclerc répondit aux sollicitations des députés des Gonaïves que, beau-frère du premier consul, il avait pour lui les bayonnettes ; et qu'il ne tirerait point ses bottes qu'il n’eût pris Toussaint-Louverture, Plein de cetteidée, etimpatient de se signaler par des conquêtes,dansla persuasion qu’il allaitacquérir une victoire certaine,il adressa une proclamation aux habitans de Saint-Domingue pour leur annoncer qu'il entrait en campagne, comme si elle n'avait pas déjà commencé, et marcha sur les Gonaïves sur plusieurs colonnes.

. Voici quelles étaient les forces effectives que Toussunt-Louverture avait alors à sa disposition : aux Gonaïives qui étaient le quartier-général, un bataillon de grenadiers et deux escadrons de dragons de sa garde; un bataillon du septième régiment et le bataillon des Gonaïves ; le général Vernet les commandait sous lui, et l’'adjudant-général Fontaine remplissait les fonctions de chef de l'état-major général

en l'absence du général Agé qui était resté au Port-

4Ès

au-Prince; à Saint-Marc et dans les environs, deux bataillons du quatrième, un bataillon du troisième et un du huitième régiment, aux ordres du général Dessalines ; dans les montagnes del’Arcaye un bataillon du septième régiment, ayant à sa tête le général Charles Belair; à la grande rivière où commandait le général Christophe, un bataillon du premier régiment , le deuxième régiment, et deux bataillons du cinquième ; dans les montagnes du Limbé, un bataillon du premier régiment commandé par son colonel Réné.

Toussaint-Louverture, dont les communications étaient coupées avec les généraux Clairveaux , Paul-

Louverture et Maurepas qui lui avait rendu compte

de la défaite des généraux Debelle et Humbert ,

n'ayant pour toute ressource que son courage, résOlut, à la tête de trois bataillons et de deux escadrons, de disputer l'entrée des Gonaives au général Leclerc, qui venait pour l’attaquer avec une armée forte de vingt-cinq mille hommes. Instruit que le général Christophe , qui avait été forcé à la grande

rivière par la division Rochambeau, avait ralhié

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deux bataillons à d'Ennery; il ordonna à ce général d'occuper les rochers de Bayonnet à la grande colline de d'Ennery, pour couvrir la droite de la position qu'il avait prise en avant des Gonaïves, sur les routes de d'Ennery et de Plaisance, et au général Dessalines de faire observer la division Rochambeau qui manœuvrait du côté de Saint-Michel et qui pouvait, étant à une petite distance de l’'embranche-. ment des routes des Gonaïves et de l’Artibonite, se diriger sur l’une ou l’autre de ces contrées.

A l'entrée de la nuit, on apprit, à son quartiergénéral, pendant que Toussaint Louverture était à visiter les postes retranchés qu'il avait au bac de Jl'Ester, que le général Leclerc était arrivé à d'Ennery, et le général Rochambeau tout près de Lacroix, située entre l'Ester et les Gonaïves, et menaçant d'intercepter. la route des Gonaïves à l'Artibonite et à Saint-Marc. Le général Rochambeau, par son mouvement dans cette direction, allait décider de grandes choses. Il pouvait nonseulement se rendre maître de la personne de ma-

dame Toussaint-Louverture, de sa sœur et de ses

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deux nièces, qui étaient arrivées dans la’ journée à Lacroix; mais empêcher, du côté des Gonaïves, toute communication avec les généraux Dessalines et Charles Bélair, qui étaient, le premier à Saint- Marc, le deuxième. dans les montagnes de l'Arcaye, Toute l'importance des évènemens de la guerre était donc du côté de Lacroix. Il fallait que Toussaint-Louverture, de retour à son quartier-général, prévint le général Rochambeau, en marchant surle-champ à sa rencontre, s’il ne voulait pas être attaqué, le lendemain matin, par toute l’armée du général Leclerc, dans un demi-cercle, dont la côte, en vue de laquelle étaient des bâtimens de guerre, eût été le diamètre. Il laissa au général Vernet le commandement de ses troupes des Gonuïves, lesquelles consistaient en deux bataillons d'infanterie, un escadron et quelques centaines de miliciens ; et à la tête d'un escadron et du bataillon des grenadiers de sa garde, 1l parvint à son habitation de Lacroix. À son arrivée , n'ayant point trouvé sa femme et sa famille, il demanda aux gens de l'habitation où elles étaient

et à queile distance se trouvait à-peu-près le général

Rochambeau. Ils ne purent lui donner d’autres renseignemens , sinon que, sur la nouvelle de l'approche du général Rochambeau, sa femme, sa sœur et ses nièces , ainsi que le lieutenant et les cinq dragons qu'elles avaient auprès d'elles , s'étaient retirés dans les bois. Toussaint-Louverture s'étant avancé de quelques pas, jugea qu'il était prudent de s’arrêter aux bords d’une petite rivière, à l'entrée du défilé où le général Rochambeau devait déboucher, et d'y passer la nuit sans faire du feu. Accompagné d'un de ses aides-de-camp et de deux personnes de l'habitation , il poussa une reconnaissance au-delà de la rivière, pour tâcher de savoir, dans le silence de la nuit et à l’aide du bruit que pourrait faire l’ennemi, sil était posté dans le voisinage. Il n’entendit rien, Un de ses guides s'étant aventuré, tomba au milieu d'un poste du général Rochambeau. Il fut puis et égorgé sans qu'il pût pousser un seul cri et

sans que Toussaint-Louverture lui-même eût eu la moindre connaissance de ce qui s'était passé; Toussamt-Louverture rejoignit ses troupes. Dès que le

jour parut, son avant-garde rencontra, en traver-

sant cette riviere , celle du général Rochambeau qui était en marche, et l'action s'engagea. Quelques-uns des grenadiers de Toussaint-Louverture fléchissant un peu devant l'impétuosité française , un jeune officier les rassura par ces paroles : Quoi! vous abandonnez votre général! Cet officier conduisit à l'instant sur une hauteur qui dominait le flanc droit de la division Rochambeau, un peloton de grenadiers qui l'incommoda beaucoup par son feu.

Un officier de dragons, ayant annoncé dans ce moment à Toussaint-Louverture qui était au feu, que sa femme et sa famille étaient non loin de l’endroit où l’on se battait, derrière une montagne: Faites en sorte, répondit:il , qu'elles prennent le chemin de l’Ester, il faut que je remplisse ici mon devoir.

Pour empêcher les troupes du général Rochambeau, évaluées à 5,000 hommes, de forcer le passage du défilé et de se déployer dans la plaine où l’escadron de dragons était rangé en bataille, Toussaint - Louverture engagea deux compagnies

de grenadiers en tirailleurs dans un bois qui était

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sur leur flanc gauche. On se battit vaillamment de part et d'autre depuis quatre heures du matin jusqu'à onze heures , en perdant et en gagnant du.terrein sans un succès décisif; mais du moment que Toussaint-Louverture suivi du colonel Magny, se mit à la tête de ses grenadiers, le général Rochambeau fut repoussé au-delà de la rivière où l'affaire avait commencé le matin. Après ce dernier effort , Toussaint: Louverture cessa de le poursuivre et revint prendre position derrière cette même rivière , laissant au général Vernet qui avait soutenu le choc de l'armée du général Leclerc et que madame Toussaint-Louverture et sa famille avaient rencontré en prenant la route des Gonaïves , le temps d'effectuer sa retraite sur l'Ester où ils firent leur jonction. Toussaint-Louverture perdittrès peu d'hom mes à ce combat de Lacroix. La perte du général Rochambeau fut considérable.

Ayant fait échouer par son intrépidité et celle deses grenadiers, les manœuvres du général Leclere, lesquelles si elles eussent réussi auraient terminé Ja

guerre; vainqueur du général Rochambeau, qui,

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