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25a MÉMOIRES
après son départ pour l'Ester , fut obligé de coucher à Lacroix, bien qu'il fût à deux lieues des Gonaives : Toussaint - Louverture posa son camp sur les bords de l'Ester. Là, entouré de ses soldats et de sa famille, et couvert d’un manteau, il n'avait qu'un morceau de planche pour s'asseoir et se coucher. Il passa la plus grande partie de Ja nuit à expédier des ordres écrits de sa main, ou à parcourir ses postes. Le lendemain, il fit partir sa femme et sa famille pour le Grand-Cahos, montagne de l'Artibonite. Il chargea le général Vernet de faire évacuer les postes de l'Ester et de conduire au bourg de la petite rivière de l'Artibonite, trois bataillons d'infanterie, y compris celui des grenadiers de sa garde et un escadron ; lui-même, à la tête d'un escadron de dragons, poussa une reconnaissance jusqu'aux environs de Lacroix; ensuite il passa l'Ester à gué, à un demi-quart de lieue au-dessus du général Vernet, et établit son quartier-général à l'habitation Couriote, située dans la plaine de l'Artibonite. Là, Toussaint-Louverture,
étant attaqué d'une forte fièvre, et ayant à son côté
le général Dessalines, qui venait d'évacuer Saint- Marc, l’aide-de-camp de service annonça le général Christophe, l'adjudant-général Baradat et le colonel Jasmin. Le général Christophe, malgré un feu épouvantable, n'avait pu empêcher que la division Hardy ne oravit, l'arme au bras , le haut des rochers de Bayonnet. Toussaint - Louverture ordonna à ce général de se rendre au bourg de la Petite-Rivière de l'Artibonite, en attendant quil eût une nouvelle destination. Pour lui, tout malade qu'il était, ilalla visiter une partie de ses lignes qui, à partir du Mirebalais, embrassaient les montagnes de l’Artibonite, nommées le Grand et Petit Cahos, ainsi que le fort de la Crête-à-Pierrot, situé sur la rive droite de l’Artibonite, et qui dominait le bourg de la Petite-Rivière. Déjà l'on avait abandonné ce fort, qu'on était sur le point de raser par l'ordre du général Dessalines , quand Toussaint vint à la Petite-Rivière et empècha qu'il ne le fût.
Après avoir pourvu à sa défense du côté de l'Artibonite et ordonné au général Charles Bélair
d'occuper les montagnes des Verettes, il forma un
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projet plein de hardiesse : il s'agissait de tomber sur les derrières du général Leclerc, pour opérer une diversion en faveur des lignes de l’Artibonite, ranimer le courage des peuples du nord, et communiquer avec le général Maurepas, dont il ignorait le sort. Avant d'exécuter ce projet, il dit aux généraux Dessalines et Vernet, au colonel Magny, aux chefs de bataillon La Martinière et La Rose, et aux chefs d'escadron Morisset et Monpoint, assemblés autour de lui, qu'il confiait à leur valeur la défense de la Crète-à-Pierrot et des lignes dont ce fort n'était qu'un ouvrage avancé. « Général, répondirent-ils, vous pouvez partir sans inquiétude ; morts où vivans, nous serons dignes de votre confiance et de votre estime; le seul regret qu'éprouve votre ancien compagnon d'armes, ajouta Je chefd'escadron Morisset, est que vous alliez vous exposer à tant de périls sans lui.» Toussaint-Louverture laissa à la Petite-Rivière le bataillon des grenadiers et les deux escadrens de sa garde; et, à la tête d'une compagnie de dragons et de sept compagnies
d'infanterie, commandées par le colonel Gabarre,
D er EEE ii à +2
et parmi lesquelles il y en avait cinq de grenadiers ; il franchit les défilés et la chaîne de montagnes qui séparent l'Artibonite du canton de Saint-Michel. : Vainement le général Hardy fut détaché à sa poursuite, par le général Leclerc, dont l'armée était en mouvement pour attaquer la Crête-à-Pierrot et les lignes de l’Artibonite, il ne put l'atteindre. Toussaint-Louverture parut à d'Ennery, et la garnison française, que le général Leclerc y avait laissée, s'enfuit, à son approche, aux Gonaiïves. Il 2 se présenta devant les Gonaïves, qu'il aurait pu prendre s'il en avait eu l'intention. Il se contenta seulement d’en effrayer la garnison , qui était sur le point de sembarquer sur une frégate qui se trouvait en rade. Ayant atteint le but qu'il s'était proposé, il retourna à d'Ennery, où il organisa des bataillons de milices qui furent employés à la garde et à la défense de ce pays. Cette opération terminée, il se rendit à la Marmelade. Là, il envoya l'ordre au général Christophe, qui était à la Petite-Rivière de l'Artibonite, de retourner promptement dans le
nord, où l’on avait conservé dans les bois de la
256 MÉMOIRES Grande-Rivière, à l'insu des Francais, un dépôt . considérable d'armes, de munitions et d'artillerie, pour rejoindre les trois bataillons du 2° et du 5° régiment, et un bataillon du 1% régiment commandé par son chef Roanais, et se mettre en rapport avec les milices du Grand-Boucan, de Vallière, Sainte-Suzanne, de Sans-Soucy et du Port-Français. Durant le court séjour qu'il fit à la Marmelade, Toussaint-Louverture apprit que la division Ro: chambeau avait forcé le principal débouché du Grand-Cahos, où s'était trouve le général Dessalines, qui se retira dans les environs du Caloaire et de Plat-Sac, tout près de la Crête-à-Pierrot : et que plusieurs divisions de l’armée de Leclerc, ayant attaqué ce fort, avaient été repoussées et poursuivies dans leur déroute. Il sut aussi que le colonel Réné et le chef de bataillon Sylla, secondés tous les deux par des volontaires armés, s'étaient maintenus, le premier dans les montagnes du Limbé, et le deuxième dans celles de Plaisance. Il lui tardait d'être instruit du sort du général Maurepas. Dans
cette intention, 11 partit pour Plaisance; dès qu'il
; Lt mad St PP PRET LIN. SENS PS AN RENE
y fut, il alla reconnaître un fort qui était situé sur une hauteur à l'habitation Bidourite. Peu d'heures après, deux compagnies de grenadiers , l'ayant à leur tête avec le colonel Gabarre, s'en emparèrent larme au bras. L'adjudant - général Fontaine appuyait cette attaque avec deux autres compagnies. Des renforts accourus de Plaisance, au secours de la garnison des forts, furent repoussés vers ce bourg. Le jour suivant, Toussaint-Louverture divisa ses troupes en deux peüts corps; il prit le commandement de la droite, et marcha à la rencontre du général Desfourneaux, qui venait pour l’attaquer. Il soutint l'impétuosité des troupes qui lui étaient opposées et qui étaient beaucoup plus nombreuses que les siennes, et il parvint à les mettre en pleine
retraite. Îl envoya,au momentde l’action,un aide-de-
camp pour savoir ce qui se passait à la gauche; cet
aide-de-camp lui rapporta qu'il n'avait pas vu les troupes qui avaient été dirigées de ce côté, et qui probablement s'étaient égarées; mais qu'il avait aperçu celles du général Desfourneaux, qui sem-
blaient manœuvrer pour le tourner par la gauche;
ce qui était vrai. Toussaint-Louverture laissa le colonel Gabarre à la droite ; prit avec lui la compagnie de dragons et une compagnie de fusiliers, la seule dont il pût disposer alors, et se porta où le danger paraissait imminent. Il reconnut parmi les troupes européennes, l'uniforme du 9° régiment de Saint-Domingue. Il ne lui restait pas le moindre doute, en voyant ce régiment, que le général Maurepas, comme il l'apprit par la suite, n'eût été obligé, après une vigoureuse résistance, de consentir à une reddition. Il s’'avança tout seul, à environ cinq ou six pas de ce régiment, qui le recon-
oénéral ét au
nut facilement à son uniforme de g
plumet de grenadier qu'il portait ordinairement, depuis qu'en considération de sa bravoure, il en avait recu un semblable du général en chef Lavaux, à la suite d’une campagne où il avait pris, aux Espagnols, Saint-Raphaël, Saint-Michel, Hinche, Banique, etc., et où il avait chargé leur arrièregarde à la tête d’un escadron commandé par le père du colonel Gabarre. Toussaint -Louverture
s’adressa en ces termes au 9° régiment: Soldats du 9”,
leur dit je oserez-vous tirer sur votre général et sur VOS Fire Ces mots firent sur ces soldats l'effet d'un coup de tonnerre; ils tombèrent à genoux, et si les soldats européens n'avaient pas tiré sur lui et ne s'étaient pas portés en avant, tout le 9° régiment aurait passé à Toussaint-Louverture. La compagnie de fusiliers qui le suivait de près. , et quelques dragons à pied, protégèrent sa retraite contre les troupes du général Desfourneaux, qui, dans les pentes ét les coudes de la route escarpée qu'il traversait, le fusillaient de front et par un de ses flancs, l’autre étant bordé de précipices. Le capitaine de la compagnie de dragons , fut grièvement blessé à côté de Toussaint- Louverture, qui le soutint sur son cheval jusqu’à ce que l’adjudant-général Fontaine le prit d’entre ses mains.
Un jeune officier, chargé d'une lettre du général Dessalines pour Toussaint-Louverture, reçut un coup mortel au moment où il la lui présentait, et expira dans ses bras. Toussaint-Louverture ne vou-
lut jamais que ce malheureux jeune homme fût
abandonné : il lui fit donner la sépulture après que le général Desfourneaux eût cessé de le poursuivre. Le général Dessalines lui apprenait, dans sa lettre, que les forts de la Crête-à-Pierrot, car depuis les deux attaques précédentes, on en avait construit un autre sur le même plateau, au niveau du premier, étaient étroitement bloqués par des forces considérables, et qu'il avait vainement tenté de délivrer les garnisons de ces forts.
A cette nouvelle, Toussaint-Louverture conduisit en toute diligence, à la Crête-à-Pierrot, le détachement du colonel Gabarre, joint à celui qui, s'étant égaré, n'avait pas donné dans le dernier combat livré à Plaisance. Tandis que, le soir même de son arrivée , il faisait ses dispositions pour fondre le lendemain sur les assiégeans, et que ceux-ci lancaient des projectiles sur les forts, il entendit une vive fusillade du côté de la rivière qui coule au pied de la Crêteà-Pierrot. Il dit alors au général Dessalines et aux autres officiers qui l’entouraient, que les garnisons de ces forts les avaient évacués ;
et qu'il ne fallait plus songer qu'à les rallier,
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Ces forts étaient commandés, le grand, par le colonel Laurent, et le petit, par le chef de bataillon Lamartinière. Ces deux officiers avaient concerté ensemble les manœuvres pleines d’audace et d’habileté, à l’aide desquelles ils évacuèrent la Crête-à- Pierrot. Lors des deux attaques qui n’eurent point de succès, il n'existait sur cette crête que le grand fort, il était défendu , la première fois, par le général Vernet, ayant sous lui le colonel Magny avec ses grenadiers; la seconde, par le général Dessalines. Eur]
Après l'évacuation de la Crète-à-Pierrot, Toussaint-Louverture conduisit toutes ses troupes dans les montagnes du Petit-Cahos, pour que ses soldats fatigués par tant de marches et de combats, pussent se refaire.
| y avait aux Cahos , un aide-de-camp du général Boudet; l’adjudant-commandant Sabbès, qui, envoyé par son général pour sommer la ville de Portau- Prince de se rendre, avait été arrêté par l'ordre du général Agé, ainsi que le lieutenant de vaisseau
Gimontyet quatre dragons dont il était accompagné.
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On les avait conduits à la petite rivière de l'Artibonite , puis au Grand -Cahos, par l’ordre du général Dessalines. Un jour Isaac-Louverture sauva la vie à l’'adjudant-commandant Sabbès et à ses compagnons, lorsqu'ils étaient au Grand-Cahos, en se jetant entre eux et quelques furieux qui, réduits au désespoir par la perte de tout ce qu'ils avaient de plus précieux ,-et pleins d’indignation contre le général Leclerc, les voulaient charger le sabre à la main.
Toussaint-Louverture, qui avait été entièrement occüpé, au commencement d'une gugrre si active, à repousser ou à attaquer l'armée du général Leclerc, qui était une masse imposante en Ccomparaison de ses propres forces , n'avait eu le temps ni de les voir, ni de penser à eux. nn À commandant Sabbès, l'officier de marine et les quatre dragons , lui furent présentés par l'adjudant-général Fontaine ; il les recut avec beaucoup d'affabilité et les renvoya sur-le-champ au général Boudet. «Le droit des gens, »écrivital à ce général,
en parlant de Sabbès et de ses compagnons, « le
« droit des gens, qui les met à l'abri de toute ar- € restation , ne me donne pas celui de les consi- « dérer comme prisonniers. Je desire que vous « agissiez de même à l'égard de mon neveu et aide- « de-camp, le chef de bataillon Chancy, qui est < au Portau-Prince. » Puis il ajouta qu'il profitait de cette occasion pour lui envoyer un exposé des causes de la guerre dans laquelle il était engagé, idressé au gouvernement français ; et qu'il souhaiait que le général Boudet fit passer en France cet icrit, en obtenant toutefois la permission de son chef, ainsi que l'exigent l'honneur et la discipline nilitaire.
L'adjudant-commandant Sabbès et ses compaynons partaient pour le Port-au-Prince, quand on
rint annoncer à Toussaint-Louverture que la divi-
ion Hardy, une de celles qui formaient le siège
le la Crête-à-Pierrot, avait traversé le Petit-Fond, says limitrophe du Petit-Cahos où il était, et se diigeait vers le Cap par la route de Saint-Michel. A à tête d’un détachement de trois compagnies de
lragons commandées par le chef-d’escadron Mo:
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risset, et dont une était à pied , il se mit à Ja poursuite de cette division. Dans les environs de Saint- Michel, ilapprit, par quelques hommes de la milice de ce canton qu'il rencontra, que la division Hardy avait, au milieu de ses rangs, uné grande quantité de bagages, et beaucoup d'hommes et de femmes qui étaient tombés en son pouvoir. « Moi-même, sur- «pris dans les bois, ajouta le chef de cette milice , « Jai été pendant quelques heures prisonnier du « général Hardy. Ses soldats ne ressemblent point “ aux autres Européens; ils sont tout-à-fait extraor- « dinaires. Aucun de nous ne courrait à travers lés « bois, ne gravirait le haut des montagnes et des
« rochers avec plus de promptitude qu’eux. Je les
« ai vu saisir des chevaux indomptés; deux, tenir « chaque cheval par les oreilles, le troisième, mon: « ter dessus et le dompter sans frein.» Les officiers
et les soldats,en entendant raconter de telles choses!
ne purent s'empêcher de rire aux éclats et de mar
quer leur étonnement. Ce récit ne doit pas vous pa
raitre étonnant, dit Toussaint-Louverture, qui riai
comme eux, ils ont fait bien plus de prodiges dan:
sos
D'ISAAC TOUSSAINT. 265 les guerres qu'ils ont soutenues en Europe. Leur intenition est de vous donner une haute idée de leur force et de leur agilité; mais sous ce climat brûlant, vous aurez Sur eux cet avantage que vous supporiez plus long-temps la fatigue. »
D'après le rapport précédent, il jugea que la marche de la division qu’il poursuivait, dévait être nécessairement lente, Il envoya, par une route Opposée à celle qu'avait prise le général Hardy, l'ordre au général Christophe, qui était à la Grande-Rivière, de marcher à là rencontre de cette division. Le lendemain matin; Toussaint -Louverture accéléra sa marche, afin qu'il pût atteindre et Here l’arrièregarde du général Hardy, à l'aide des milices du Dondon. |
Arrivé à Saint - Raphaël, il sut que la division Hardy avait fait halte et était en position autour de la petite ville du Dondon. Il alla reconnaître ceite position, des hauteurs d’une habitation voisine; ensuite il établit ses postes, attendant le m6ment où elle se mettrait en route, pour en venir aux
mains. Vers les deux heures, à l'instant où cette
: re PR, Sie 27.” LT. T 0 > L ‘ Te at Le "> D 0 4 4 " ë Es +” RE 3 2606 MÉMOIRES
division commençait à défiler, elle se vit attaquer tout-à-coup à son arrière-garde, par Toussaimt- Louverture, et à son avant-garde, par le général Christophe qui, sur les rapports des gens du pays, n'ayant pas encore reçu l’ordre qui lui avait été donné, avait marché contre le général Hardy, avec les milices de la Grande-Rivière, du Mornay, etc.
La division Hardy, pressée de part et d'autre, s’élança à la bayonnette sur les milices du général Christophe, qui furent forcées de la laisser passer. Elles se joignirent à Toussaint-Louverture, sous les yeux duquel elles se battirent comme des troupes disciplinées. Il partagea leur péril avec intrépidité, malgré les instances du chef d'escadron Morisset, qui le conjurait de ne pas s'exposer, en le retenant et en se mettant devant lu.
Il poursuivit le général Hardy jusqu'à l'embranchement des routes du Cap et de la Grande-Rivière, où le général Christophe faillit être pris en passant au travers d'un bouquet de goyaviers, pour tomber sur le flanc gauche de la division Hardy. Toussant-
Louverture se sépara du général Christophe à l’en-
déshotietss RS ,
trée de la nuit, et retourna à son quartier-général de Saint-Raphaël.
Le jour suivant, le colonel Sans-Soucy conduisit à Saint-Raphaël une centaine de prisonniers français, et rendit compte à Toussaint-Louverture de la victoire remportée par les milices du canton et du fort de Sainte-Suzanne, où il commandait, sur le général de brigade Boyer, qui était venu les attaquer. Ces prisonniers, interrogés par Toussaint- Louverture, lui dirent qu'ils faisaient partie d’une division francaise embarquée à Flessingue, dans la Hollande , et que cinq jours après leur arrivée au Cap, on les avait envoyés sous les ordres du général Boyer, pour s'emparer de Sainte-Suzanne; qu'ils avaient d'abord avec eux deux bataillons du 10° régiment de Saint-Domingue, qui devaient éclairer leur marche ; mais qu'aussitôt que le feu avait commencé, ils s'étaient trouvés seuls en avant, les soldats du 10° de Saint-Domingue les ayant abandonnés en tournant le dos et courant comme des lièvres, selon leurs propres expressions; et enfin,
qu'étant tombés dans des pièges et des embuscades,
A sit A ha M e ESS PE à 4 PILE de rad - » — à COST PERTE EN KES TRS a EE EE CES SES EEE lé AD a is T5 ve DÉSRMRLE À , e vs.
sans aucune connaissance du pays et dés lieux, et sans chef pour les commander, puisque le leur avait le premier pris la fuité; ils avaient perdu beaucoup de monde et avaient été faits prisonniers. Ils se répandirent ensuite en imprécations contre le Premier Consul, qu'ils accusaient d’être la cause de leur défaite et de la perte de leurs camarades. «Il en sera de même ici qu'en Égypte , ajoutèrent-ils , Saint-Domingue est destiné à être le tombeau de notre armée », Ce que ces prisonniers racontaient au sujet du 10° régiment était une preuve certaine de la reddition du général Paul-Louverture, sous les ordres duquel il servait, et par conséquent du général Clairveaux , qui n'avait pas de munitions, et dont les forces S’élevaient à 600 hommes au plus. La position des soldats des deux bataillons du 10° régiment à Sainte-Suzanne, était très embarrassante: tourner leurs armes contre Toussaint-Louverture leur général, était un crime à leurs yeux; passer dans ses rangs, c'eût été compromettre le général Paul-Louverture, leur ancien colonel, et Jean-
Philippe Dos qui l'avait remplacé en cette qualité,
et l'autre bataillon du même régiment : ils se décidèrent à fuir, ce qui leur valut les éloges de leurs camarades qui combattaient sous Toussaint-Louverture, et les reproches de ces prisonniers français. Ceux-ci furent pourtant enchantés de la manière dont Toussaint-Louverture les recut et leur parla. Les braves, leur ditsl, ne cessent jamais de l'être, quand ils ont le malheur d'être faits prisonniers. Toussaint-Louverture fit tuer un bœuf pour eux; leur fit distribuer des vivres et du {afia, et donner des souliers à ceux qui n'en n'avaient point. Ilse garda bien de les envoyer aux Cahos, où commandait le général Dessalines ; il les envoya à la Marmelade où il y avait un dépôt de prisonniers français et de blessés de cette nation.
Après leur départ, Toussaint Louverture recut la nouvelle qu'un fort détachement français parti de Plaisance, ayant tenté de traverser la Marmelade, avait été repoussé par les milices du pays, et quau nombre des prisonniers qu’on leur avait faits, était un officier d'état-major du général Des-
fourneaux, nommé Duchêne,
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Un aide-de-camp du général Charles Belair lui apporta une lettre dans laquelle ce général l'informait de son arrivée au Grand-Cahos, conformément aux ordres qu'il lui avait donnés. Toussaint-Louverture confia alors au général Belairle commandement des Cahos , et envoya l’ordre au général Dessalines , qui était au Petit-Cahos, de descendre dans la plaine de l’'Artibonite, pour occuper, à l'habitation Marchand, une position qui avait été auparavant, dans la guerre contre les Anglais, le pivot de ses opérations dans cette plaine. Par l'occupation de Marchand, il complettait sa ligne de défense et se rendait maître des débouchés de l’Artibonite de ce côté.
De Saint-Raphaël, Toussaint-Louverture se rendit à la Marmelade. A son arrivée, il s’entretint longtemps avec les nouveaux prisonniers qui y avaient été faits, et surtout avec l'officier d'état - major Duchêne, jeune homme qui lui plut singulièrement par son ton de franchise et par sa bravoure; car il s'était défendu contre quatre hommes, et avait
été blessé au bras. Ensuite il fut visiter à l'habi-
D'ISAAC TOUSSAINT. ar
tation Paparel, les autres blessés et prisonniers français. Létsôt qu'il en prenait ne lui fit point perdre de vue la guerre qu'il soutenait, malgré lui, contre le général Leclerc. Il concut le dessein de l'empêcher de communiquer par terre avec ses troupes disséminées dans l'ouest et le sud, en le forcant d'abandonner la rive droite de lArtibonite, les Gonaïves et la majeure partie-de Plaisance et du Limbé qu'il occupait. Toussaint-Louverture décida en conséquence que le général Dessalines enleverait, dans la plaine de l'Artibonite, le camp Castera et reprendrait la Crête-à-Pierrot, qui avait coûté tant de sang au général Leclerc, et qui, à cause de la position de Marchand et de celle qu'occupait le général Belair, en avant du Grand-Cahos, dans les environs de Calvaire et de Plat-Sac, ne pouvait résister À une attaque vigoureuse ; que le général Vernet s'emparerait des Gonaïves; et que lui-même marcherait à la conquête de Plaisance et du Limbé.
Toussaint-Louverture comptait, pour le succès de son entreprise, sur les intelligences secrètes qu'il
avait dans ces contrées, sur l’ardeur et le courag
072 MÉMOIRES de ses soldats et de ses milices, aussi bien que sur l'affaiblissement de l’armée européenne qui com: mençait déjà à être accablée par les maladies et le climat de la Zône-Torride,
Ce fut dans ce temps que le général Rochambeau,
: qui était à Saint-Marc, écrivit au général Charles
Belair, en termes très flatteurs, pour l'engager à une défection ; mais le général Belair, dévoué à Toussaint-Louverture , dont il était l’aide-de-camp dès l’âge de dix-huit ans, répondit au général Ro: chambeau qu'il savait quel devoir l'attachait à son général, et qu'il üendrait à l'honneur, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune , d'être tous jours l'ami et le compagnon d'armes de celui qui l'avait élevé dans les camps. Il se hâta d'envoyer à Toussaint-Louverture la lettre du général Rochambeau, accompagnée d’une copie de sa réponse; et tint la même conduite par rapport aux autres lettres qu'il en reçut postérieurement à celle-ci, et qui restèrent sans réponse.
Le général Dessalines, sous le commandement
duquel était le général Charles Belair, fit, en cette
D'ISAAC TOUSSAINT. 273 occasion, tous les efforts imaginables pour le perdre dans l'esprit de Toussaint-Louverture. Il dénonça Charles Belair dans ses lettres, comme coupable de trahison et de désobéissance, de ce qu’au mépris de ses ordres, il avait continué à recevoir des lettres du général Rochambeau. Il prétendit qu'il était secrètement instruit des desseins du général Belair qui, gouverné par son épouse, n'attendait qu'un moment favorable pour passer au général Rochambeau, en entraînant dans sa défection les troupes qu'il commandait. |
Charles Belair, de son côté, se plaignit amèrement des tracasseries et des dégoûts que lui faisait éprouver Dessalines, et demanda son changement. Toussaint- Louverture qui connaissait Fâme et le caractère de Charles Belair, n'ajouta point foi à la dénonciation de Dessalines, attendu que le premier avait eu soin de lui envoyer les dernières lettres du général Rochambeau sans les ouvrir, et telles qu'il les avait reçues. Néanmoins, pour faire cesser ces dissensions et condescendre en
même temps au desir du général Charles Belair,
il le remplaca par le colonel Montauban. Il lui manda de se rendre à d'Ennery, avec le bataillon du septième régiment qui était sous ses ordres, en lui annonçant qu'il serait son premier lieutenant dans l'expédition contre Plaisance.
Pendant que Toussaint- Louverture faisait tous les préparatifs nécessaires pour exécuter le plan qu'il avait formé de séparer le général Leclerc de ses troupes de l’ouest et du sud, le chef de bataillon Chancy lui apporta, du Port-au-Prince, la réponse du général Boudet qui l'assurait, sur son honneur, que le général Leclerc avait fait passer au gouvernement français l'écrit dont nous avons parlé plus haut, et que ce général desirait sérieusement d'entrer en négociation avec lui pour terminer une guerre qui n'avait été que l'effet d'un mal-entendu. Toussaint - Louverture écrivit au général Boudet une lettre de remercimens , que le chef de bataillon Chancy fut chargé de lui remettre.
Il n’y avait tout au plus que cinq à six Jours que cet officier était parti, lorsque Toussaint-Louver-
ture reçut du Cap une lettre du général Leclerc qui
D'ISAAC TOUSSAINT. 270 le conjurait, au nom de l'amour qu'il avait pour sa patrie, de prendre son sort en pitié, ‘et de mettre fin à une guerre si désastreuse dont elle était le théâtre.
Le général Fressinet, qui avait été sous le général en chef Lavaux, officier d'état-major à l’armée de Saint - Domingue, et qui venait d'arriver de Flessingue, écrivit à-peu-près dans le même sens; il protesta que s’il avait le moindre doute sur les intentions du général Leclerc, il se bornerait à rémplir son devoir de militaire, et n’engagerait point son ancien compagnon d'armes, à conclure un traité qui tournerait à sa ruine,
Toussaint. Louverture répondit au général Leclerc, qu'il n'avait rien à se reprocher au sujet de cette guerre qu'il était facile d'éviter; que, quoique sa position, différente de ce qu'elle était auparavant, lui donnât l’espoir de vaincre ou de mou rir avec gloire, il ne balancerait point à accepter, pour le bien de son pays, les propositions qu'il lui ferait, pourvu qu'elles fussent honorables et basées
sur l'équité; et au général Fressinet, qu'il était tou-
ché de l'attachement que ce général lui témoignait, et qu'il le reverrait avec plaisir, si les choses venaient à s'arranger.
Dès le commencement de cette négociation, le général Christophe, par l'intermédiaire du chef de bataillon Wilton, son intime ami, et ancien commandant de la Petite- Anse, et qui, lors de l’arrivée de l'expédition, avait passé aux Français, eut avec le général Leclerc, au Haut-du-Cap, une entrevue dont le résultat fut son admission dans l’armée française.
Au sortir de cette entrevue, le général Christophe se rendit à son camp de la Grande-Rivière ; puis au quartier-général de la Marmelade. Toussaint-Louverture était absent ; il était à d'Ennery où il faisait une revue de la milice de ce canton.
Instruit que le général Christophe l'attendait à son quartier-général, il y retourna. Le général Christophe lui apprit à son arrivée, que, sur l'invitation du général Leclerc, il avait eu une entrevue avec celui-ci au Haut-du-Cap; et, sans faire mention
de la convention existante entre eux, il ajouta que le
général Leclerc, durant cette entrevue, paraissait se repentir d'avoir entrepris une guerre dans laquelle on lui avait persuadé qu'il triompherait infalliblement; mais que pleinement désabusé de cette erreur, il lui tardait de voir conclure la paix ; et qu'il luiavait recommandé d'en parler à Toussaint- Louverture.
Toussaint-Louverture , après l'avoir écouté attentivement , désapprouva cette démarche qui avait été faite à son insu, comme contraire à la discipline militaire, puisque le général Christophe n'avait pas eu son autorisation, et lui défendit expressément, sous peine de désobéissance, de se permettre rien
de semblable à l’avenir. Le général Christophe,
avant de prendre congé de lui pour se rendre à son
poste, lui présenta une lettre du général Leclerc. Cette lettre, écrite au général Christophe à la suite
de l'entrevue du Haut-du-Cap, aurait révélé à
Toussaint-Louverture ce qui s'était passé entre Le-
clerc et Christophe. Mais au lieu de la parcourir
selon sa coutume, il la posa sur une table où il y
avait beaucoup de papiers, pour écouter on ne sait