‹ Histoire de l'expédition des Français à Saint-DomingueChapitre 19 sur 29 · ARE · texte numérisé non relu

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quelle anecdote que le général Christophe lui racontait dans le moment, et qui le faisait rire aux éclats. Enfin le général Christophe partit.

Le surlendemain au soir, cette lettre à laquelle l'oussaint -Louverture n'avait point apparemment songé, tomba par hasard sous sa main. I] la lut, et passa de l'étonnement à lindignation. Il appela l'adjudant-général Fontaine, son chef d'état-major, à qui seul il communiqua cette lettre, et le chargea d’aller ordonner de sa part au général Christophe de se rendre au quartier-générai de la Marmelade, pour lui donner l'explication de sa conduite et de la lettre du général Leclerc. Quand l'adjudant-général Fontaine lui eût intimé cet ordre, le général Christophe répondit qu’il y déférerait, s'il n'était pas maîtrisé par les évènemens. En effet, depuis son retour de la Marmelade, la plupart des habitans du Cap, à qui il avait annoncé la conclusion de la paix, s'étaient empressés de rentrer dans la ville, et la partie du Limbé qui tenait encore, avait été, par ses ordres, donnés au nom de Toussaint-Louverture, livrée aux troupes du général Leclerc, ainsi

que le Port-Francçais.

* Un grand nombre d'officiers supérieurs du camp

de la Grande-Rivière ayant eu connaissance de la mission du chef de l’état-major-général, déclarèrent hautement en sa présence qu'ils avaient été trompés et qu'ils étaient prêts à exécuter les ordres de Toussaint-Louverture.

L'adjudant - général Fontaine rapporta à Toussaint-Louverture la réponse du général Christophe et les paroles qu'avaient prononcées les officiers supérieurs du camp de la Grande-Rivière, et lui raconta de quelle manière le Port-Français et la partie du Limbé qui avait pris les armes étaient tombés au pouvoir du général Leclerc.

Toussaint-Louverture fit assembler ses principaux officiers, et leur annonça cet évènement extraordinaire:

La conduite du général Christophe parut incompréhensible à ces officiers, surtout lorsqu'ils considéraient que le général Christophe, attaqué sans nécessité par le général Leclerc, avait pris le parti désespéré d’incendier la capitale de Saint-Domingue,

qu'on venait de réédifier à grands frais ; qu'il s'était

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signalé sur la route du Dondon à la Grande-Rivière, en harcelant le flanc gauche de la division Hardy ; et enfin, qu'il avait mis sous les yeux de Toussaint, long-temps avant les ouvertures faites à celuici par le général Leclerc, les lettres de Wilton, qui l'avait encouragé à une défection, et celles du général Leclerc, qui lui avait proposé non-seulement de passer dans ses rangs, mais d’attenter à la vie de Toussaint-Louverture.

L'affaire du général Christophe s'étant répandue parmi le peuple et les soldats, ils éclatèrent en reproches contre lui, et s’assemblèrent par un mouvement spontané devant la maison qu'habitait Toussaint-Louverture, pour l’assurer de leur deévoüment, de leur courage et de leur fidélité. Dans ce moment arriva le commandant du Mornay, à qui le général Christophe avait ordonné de recevoir les troupes du général Leclerc. Cet officier se doutant de quelque trahison, avait évacué son poste et était venu au quartier- général pour rendre compte de sa conduite. Le commandant du Dondon écrivit

à Toussaint - Louverture, qu'il avait pris sur lui

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de ne pas mettre à exécution les ordres du général Christophe, jusqu'à ce qu'il eût la certitude que ce général n’agissait que conformément à ceux de l'autorité supérieure, à laquelle ils étaient tous les deux subordonnés. ;

Toussaint-Louverture lui répondit qu'il ne saurait trop le louer touchant sa prudence et son discernement; et qu'ilavait la conviction qu’unofficier tel que lui persévérerait dans son devoir.

Dans ces conjonctures , l'espoir d’une paix prochaine s'évanouit. Tout le monde ne respirait que la guerre. Toussaint-Louverture était prêt à se diriger vers la Grande- Rivière, où était le dépôt d'armes et de munitions. Mais le général Leclerc, Qui n'était point tranquille sur l'issue des évènemens, mit en œuvre tous les moyens de persuasion propres à toucher le cœur d'un homme qui s'était montré grand et courageux dans l’adversité, et qui | chérissait encore plus sa patrie que la gloire : il réussit, et la négociation qui avait été rompue, fut

renouée.

Le général Leclerc propasa, pour principales

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conditions de la paix, que Toussaint - Louverture continuerait à gouverner Saint-Domingue comme auparavant; que tous les officiers du pays seraient employés en conservant leurs grades, et que luimême ne serait dans l’île que le représentant de la France; puis, prenant Dieu à témoin de l'inviolabilité et de la sainteté de ses promesses : «Je jure, ajouta-t-1l, à la face de l'Ëtre suprême, de respecter la liberté du peuple de Saint-Domingue. »

Toussaint-Louverture répondit qu'il acceptait tout ce qui était favorable au peuple et à l'armée, et que pour lui il voulait vivre dans la retraite. Tout étant ainsi réglé entreux , ils convinrent d'avoir une conférence sur une habitation située au pied des montagnes du Mornay, à huit ou neûf lieues du Cap.

Il y eut plusieurs personnes de cette ville. qui prétendirent que Toussaint-Louverture n'y viendrait point, si le Cap était le lieu du rendez-vous, parce que, disait-on, il ne se fiait point au général Leclerc. D’autres soutinrent le contraire.

Informé que la conférence indiquée au Mornay,

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avait donné matière aux suppositions précédentes, Toussaint-Louverture montra qu'il était sans crainte. Il prit la résolution de se rendre, avant le jour fixé, non pas au Mornay , comme cela était convenu, mais au Cap même. Il partit pour cette ville, menant avec lui son fils Isaac-Louverture, le colonel Gabarre, le chef-d’escadron Morisset, ses aides-decamp , ses officiers d'état-major et une compagnie de dragons. Au moment où il sortait du bourg de la Marmelade, il rencontra un officier de chasseurs que lui avait dépèché le général Leclerc, pour lui apporter une lettre dans laquelle il luiannoncçait que la paix était définitivement conclue entre la France et l'Angleterre. Parvenu aux avant-postes que commandait le général Fressinet, et qui étaient préeisément à l'habitation où lui et le général Leclerc devaient avoir une conférence, il fut recu avec tous les honneurs militaires. Le général Fressinet alla audevant de lui, et lui témoigna, en l'embrassant,

toute la joie qu'il avait de le revoir. H Jui offrit à

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déjeûner; Toussaint-Louverture accepta. Les offi-

ciers et soldats de deux bataillons du 10° régiment

28/4 MÉMOIRES de Saint-Domingue, qui étaient présens , lui donnèrent hautement des témoignages d'amour et de vénération, Les officiers de ce corps furent l’entretenir en particulier, et lui dirent que c'était en vertu d’un ordre émané de lui que le général Paul-Louverture, qui commandait à Santo-Domingo, avait livré cette place au général Kerverseau, ce qui était vrai; et voici comment les choses se passèrent,

Toussaint-Louverture, placé dans la nécessité de se défendre, avait, ainsi qu'il a été dit plus haut, écrit à son frère d'évacuer Santo-Domingo et de se joindre aùû général Clairveaux dans les environs de Saint-Raphaël. Il lui en avait en même temps envoyé l'ordre, et lui avait recommandé de lui donner de la publicité, afin que, sous prétexte des préparatifs pour recevoir le général Kerverseau, le général Paul-Louverture püt tirer toutes ses troupes de leurs garnisons et effectuer sa retraite sur Saint- Raphaël.

L'officier qui portait la lettre adressée au général Paul-Louverture, et dans laquelle était l'ordre dont

il s'agit, ayant été arrêté et mis à mort par les

troupes que le général Kerverseau avait fait débarquer à quelque distance de la place de Santo- Domingo, cette lettre fut remise au général Kerverseau, à bord d'une des frégates de la division française en station devant Santo-Domingo. Ce général vint à terre et présenta lui-même cet ordre au général Paul-Louverture, qui trouva fort extraordinaire que le général Kerverseau fût choisi pour le lui transmettre, « Vos observations seraient très « justes, répondit le général Kerverseau, si nous

« étions ennemis. D'ailleurs vous êtes le maitre,

« général, d'interpréter cet ordre comme vous

voudrez; Je vais retourner à bord de la frégate ; « mais souvenez-vous du général Moyse. »

Après son départ, le général Paul-Louverture crut devoir convoquer les officiers supérieurs de la garnison, pour confronter la signature de cet ordre avec d'autres signatures de Toussaint-Louverture, et les consulter sur le parti qu'il avait à prendre. Ces officiers reconnurent à l'unanimité qué NET: gnature était réellement celle de Toussaint-Lou-

verture, et furent d'avis qu'il fallait déférer à cet

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ordre. C’est ainsi que. le général Kerverseau débarqua sur les bords de l’Ozama, et entra sans coup-férir dans les murs de Santo-Domingo. Reprenons le fil de notre narration.

Toussaint- Louverture s'étant arrêté pendant quatre heures aux postes du général Fressinet, se mit en marche accompagné de ce général. Il n'eut pas plus tôt fait quelques pas, qu'il vit venir à sa droite un cavalier remarquable par sa jeunesse, ses grâces et sa beauté. C'était le colonel Robillard. Celui-ci s’approcha de lui respectueusement, et lui dit tout bas qu'il était envoyé de la part du géné- Christophe pour lui demander des ordres. «Colonel, répondit Toussaint-Louverture, je vous vois avec plaisir; mais je n'ai pas de réponse à vous faire au

sujet de votre mission. »

Ce jeune colonel ne continua pas moins de s'entretenir avec lui sur diverses choses, en marchant à son côté, jusqu'à une certaine distance qu'il prit congé de lui.

Toussaint-Louverture, en passant au Haut-du-

Cap, fut salué par le général Clairveaux, à la tête

du 6° régiment de Saint-Domingue, et accueilli par de continuelles acclamations du peuple.

Au grand étonnement de tout le monde et du général Leclerc, qui ne l'attendait pas et qui dinait ce jour-là à bord du contre-amiral Magon, il arriva au Cap ,oùles généraux Hardy et Debelle vinrent le recevoir à l'entrée de la maison du général Leclerc, qui était située au bord dela mer, et le conduisirent dans une salle ornée de son portrait. Ensuite 1l fut salué par l'artillerie des forts et par celle des vaisseaux de la rade. Aussitôt toutela population se miten mouvemenñt et se porta en foule devant la maison du général Leclerc, dont les salles étaient remplies d'officiers de tous grades. Le général Leclerc, débarqué du vaisseau amiral, vêtu du petit uniforme, portant un damas en bandoulière et un fichu de ma- ‘ dras autour de la tête, passa’au travers de la foule, et monta à l'appartement où Toussaint-Louverture, qui ayant eu le temps de prendre un léger repas, ainsi que sa suite, était placé au milieu des généraux Hardy et Debelle. Il l'embrassa avec des dé-

monstrations de joie. Il le prit par la main, le con-

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duisit dans son cabinet où s'asseyant à ses côtés sur un canapé, il lui adressa ces paroles : « Général, on ne peut que vous louer et vous admirer quand on a comme vous supporté le fardeau du gouvernement de Saint-Domingue. Votre présence, dans cette ville, est une preuve de votre magnanimité et de votre bonne-foi. Notre réconciliation fera refleurir cette île dont vous avez été le restaurateur, et consolidera ses nouvelles institutions qui sont les bases fondamentales de la liberté et du bonheur de tous.» «Lorsque le peuple de Saint - Domingue, répondit Toussaint-Louverture, venait de triompher dans une guerre étrangère, et pour la France et pour lui, il ne pensait pas qu'il dût jamais résister à sa protectrice naturelle. Si un aviso vous avait précédé dans cette île, le canon n'aurait tiré que pour recevoir l'envoyé d’une grande puissance, et vous n'auriez été éclairé, à votre arrivée, que par des feux de joie. Vous me saviez certainement à Santo-Domingo; il était encore temps de me prévenir. Le général Christophe, quand vous étiez devant le Cap, vous

avait demandé de lui accorder un délai suffisant

pour me donner connaissance de l'apparition d'une escadre française sur nos côtes ; vous pouviez raisonnablement accéder à sa demande, au lieu de réduire le peuple au désespoir par vos menaces, et d'exposer votre arméé au cratère d’un volcan.» Le général Leclerc avoua que les pilotes qu’on avait pris aux environs de la baie de Samana, l'avaient assuré que Toussaint -Louverture ‘était à Santo- Domingo. Mais moi, objecta-t-il, beau-frère du premier Consul, revêtu du commandement en chef d'une armée francaise , et par conséquent au-dessus du général Christophe £at mon rang et mon grade, je n'ai pas cru qu'il ft de ma dignité de m'arrêter devant un général de brigade et' d'écouter toutes ses allégations. « Vous ‘avez pourtant, général, atténdu pendant quatre jours, répartit Toussaint- Louverture, et vous conviendrez que quelques jours de plus n'auraient porté aucune atteinte à votre honneur, puisque d'après les paroles et la lettre de votre beau-frère, vous n'étiez chargé que d’üne mission pacifique. Il me semble que vous auriez

également servi et la France et Saint-Domingue. »

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Il est vrai, reprit le général Leclerc, mais je n'ai pas été maître de moi-même. Ne conservons aucun souvenir du passé, tout sera réparé ; réJOUISSONSnous, général, de notre union. Il faut que votre fils, les officiers qui vous ont accompagné, aussi bien que les généraux et officiers, de mon armée, qui sont ici, en soient témoins.» La porte du cabinet s’ouvrit à l'instant; et, sur son invitation, toutes les personnes qui étaient dans la salle voisine entrèrent et prirent place dans le cabinet. Le général Leclere renouvela ses sermens en leur présence ; il promit d'employer les genéraux Charles Belair et Vernet, mais non le général Dessalines, au sujet duquel il s'éleva une difficulté qui fut bientôt aplanie par les observations que lui fit Toussaint-Louverture, en disant que cette exception serait une véritable infraction au traité. Dans ce moment, un joli enfant de douze ans, doué d’une rare intelligence parut, accompagné d'un vieillard vénérable, au milieu de cette nombreuse assemblée, C'était le plus jeune des enfans de Toussaint - Louverture

avec monsieur Grenville son précepteur. Cet enfant

D'ISAAG TOUSSAINT. 201 se précipita d’un air joyeux dans les bras de son père, qui le pressa avec tendresse contre sa poi trine; ensuite il alla embrasser Isaac-Louverture son frère , et le général Leclerc qui l'avait envoyé chercher par «un de ses aides-de-camp pour voir son père, sur les genoux duquel il revint se placer, Cet enfant, pendant que le général Vernet se battait en avant des Gonaïves contre le général Leclerc, était à une habitation éloignée du champ de bataille avec madame Grenville; mais après que le général Vernet, son allié, qui l'avait fait inutilement chercher, se fut retiré sur l’'Ester , les troupes françaises qui passèrent à l'endroit où il était, le menèrent au général Leclerc qui l’envoya par mer au Cap, ainsi que madame Grenville, rejoindre son précepteur.

Il n'était pasle seul dela famille qui fût, dans cette guerre, au pouvoir du général Leclerc. Le général Paul-Louverture, son oncle ,qui commandait à Santo- Domingo ; le colonel de dragons Jean - Pierre Louverture, son frère, qui servait sous le général Maurepas; le chef de bataillon Chancy, son cousin,

l'étaient également; et sa mère, femme vrai-

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ment bienfaisante et vénérée dans son pays , avait manqué d'être prise par le général Rochambeau, comme elle arrivait à Lacroix. À la vue d’un père et d’un fils qui se faisaient tant de caresses, le général Hardy se mit à raconter, qu'étant en marche pour aller attaquer la position de Bayonnet, située à la grande colline de d’Ennery, il avait su que madame Toussaint-Louverture (1) était à une habitation voisine; et que loin de lui causer la moindre frayeur, il avait cru devoir respecter l'asile d’une femme si respectable. Général, dit alors Toussaint-Louverture, ce trait seul me porterait à la confier à votre loyauté si nous étions encore en état de guérre et

si, par des circonstances imprévues, elle ne pouvait

trouver une place dans mon camp. Le général

Leclerc lui ayant demandé, en supposant que la guerre eût duré plus longtemps, qui lui aurait fourni des armes et des munitions? « Vous, répon-

dit-il, parce que j'en aurais pris à*vos avant-postes. »

(1) On avait fait accroire au général Hardy qu’elle était encore à d'Ennery, pour qu’il ne sût pas quelle route elle avait prise.

Elle était déjà partie pour fa Lacroix.

Toussaint-Louverture , Consentit sur la proposition du général Leclerc, à ce que M. Pérou, ordonnateur en chef de l’armée francaise, continuât d'occuper un hôtel qu'il avait à la rue Vaudreuil, et qui n'était pas brülé; en attendant que cet administrateur eût un autre logement; mais il refusa de recevoir l'équivalent du revenu que pouvait rapporter cet hôtel, donnant par là une preuve de son désintéressement et de Ja noblesse de son caractère. Il semblait que tout eût concouru dans cette conférence pour faire voir dans un seul homme, le cœur d'un père, d’un époux et d’un guerrier défenseur des intérêts de sa patrie et de ses compagnons d'armes.

Au sortir de cette conférence, Toussaint-Louverture alla coucher le même soir aux avant-postes du général Fressinet. Le lendemain matin, ce général, les commandans du port français et de la plaine du nord, l'accompagnèrent jusqu'à l’habitation Noguës, qui était Je dernier poste du général

Leclerc.

T'oussaint-Louverture traversa tous ses postes

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au milieu des acclamations des soldats, des milices et du peuple qui était accouru à son passage; et, au bruit des salves d'artillerie, fit son entrée à la Marmelade, où le commandant du quartier-général le recut à la tête des troupes. Le jour suivant, les grenadiers et les dragons de sa garde étant rangés en bataille sur un plateau, 1l leur parla au sujet de la paix; il loua leur courage et les remercia de l'amour et du dévoûment qu'ils avaient montrés pour lui, en ajoutant que le souvenir de leurs actions serait à jamais gravé dans sa mémoire; et pour leur marquer sa satisfaction et leur faire en même temps ses adieux, il embrassa tous les officiers, qui pouvaient à peine retenir leurs larmes, et commanda quelques manœuvres aux soldats qui étaient tristes et inconsolables, et qui défilèrent ensuite devant lui. Dans l’espace de cinq à six jours, l'adjudant-commandant Fontaine, son chef d'état-major, remit à l’adjudant-commandant Périn l’état des troupes. Les généraux Dessalines et Charles Belair eurent l’ordre de se rendre à

Saint-Marc avec les débris des bataillons qu'ils

commandaient; le bataillon du troisième régiment, À commandé par Lamarinière au Port-au-Prince et le bataillon dit des Gonaïves, dans la ville de ce nom. Le bataillon des grenadiers de sa garde fut envoyé à Plaisance, où commandait alors le général Clausel qui venait d'être promu au grade de général de division. Les deux escadrons de dragons de la garde allèrent au Cap où ils préférèrent tous être licenciés, plutôt que de servir dans la gendarmerie.

Après le départ de ces troupes , Toussaint-Louverture prit la route de d'Ennery qu'il avait choisi pour résidence. Etant dans le haut d'Ennery, une foule de personnes, dont la plupart étaient de l'Arcaye, se mirent à crier en le voyant: « Général, nous avez-vous abandonnés ?...» Non, mes enfans, répondit-il, tous vos frères sont sous les armes, et

les officiers de tous grades conservés. »

Lorsqu'il fut fixé dans la délicieuse et fertile vallée de d'Ennery, il ne s’occupa qu'à y répandre ses bienfaits, et à réparer et embellir ses habita-

tions. Les Européens, les gens du pays, les géné-

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raux et officiers de l’armée française qui venaient le visiter, étaient accueillis avec cette affabilité qui le caractérisait. Exempt de crainte et d'inquiétude, il vivait au sein de sa famille, comme sl eût eu une garde de vingt-cinq mille hommes. Il faisait ses promenades à cheval, et passait souvent au bourg de d'Ennery, où la garnison française lui rendait chaque fois les honneurs militaires,

Tandis que Toussaint-Louverture, sur ses terres de d'Ennery, se livrait avec trop de sécurité aux charmes de la retraite et d’une vie paisible, des trames s’ourdissaient contre lui, sa perte était jurée; mais comme il n’y avait rien à dire sur son compte, il fallait lui supposer les intentions les plus absurdes et les plus invraisemblables. Le général Leclerc se plaignit à lui de ce que le chef de bataillon Sylla, qui était dans la Haute-Plaisance n'avait pas encore reconnu son autorité, ajoutant quil allait l'y contraindre par la force des armes. Toussaint-Louverture répondit que quoique le chef de bataillon Sylla eût recu comme tous les autres

l'ordre d’obéir, il valait mieux néanmoins employer

la douceur et la persuasion pour ramener cet officier, .que de recourir à la force. Il offrit d'intervenir dans cette affaire , et d'écrire en conséquence à Sylla. Sa réponse fut remise par Placide-Louverture au -général Dugua, en l'absence du général Leclerc qui était à l'ile de la Tortue. Loin de suivre ce conseil, le général Leclerc fit brusquement attaquer Sylla qui se défendit avec une rare intrépidité, et ce ne fut pas sans peine que le général Clausel parvint à s'emparer de son camp qui était retranché et palissadé. À cette imprudence, le général Leclerc avait ajouté celle d’ordonner au bataillon des Gonaïves qui était dans le pays de ce nom, d'aller Joindre le général Clausel à Plaisance, pour marcher contre Sylla. Ce bataillon refusa hautement de se battre contre ses anciens compagnons d'armes, et se dispersa dans les bois quand il fut près de Plaisance.

Le général Leclerc, comme s'il eût dû s’en prendre à d'autre qu’à lui-même, écrivit à Toussaint- Louverture au sujet de la dispersion du bataillon

des Gonaïves. Toussaint-Louverture répondit ce

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