‹ Histoire de l'expédition des Français à Saint-DomingueChapitre 20 sur 29 · CR · texte numérisé non relu

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qu'il fallait répondre: qu'il était hors de bon sens de supposer qu'il voulùt continuer la guerre avec le seul bataillon des Gonaïyes à la tête duquel il n'était pas. |

Ce fut Isaac-Louverture qui apporta sa lettre au général Leclerc. Celui-ci dans un entretien qu'il eut avec ce jeune homme, se disculpa aux dépens du général Dessalines, qui n’était après tout, que l'instrument de sa politique. Il dit que c'était ce général qui avait accusé Toussaint-Louverture de la résistance de Sylla et de la résolution qu'avait prise le bataillon des Gonaïves à Plaisance; et pour preuve, le général Leclerc fit voir à Isaac-Louverture des lettres signées Dessalines, qui contenaient toutes ces imputations, lesquelles étaient évidemment fausses. Dessalines qui avait été mandé par le général Leclerc au Cap, ne tarda point de s’y rendre. Le général Leclerc lui fit présent d’urie pare de pistolets, d’un sabre et d’une centaine de portugaises. C'est ainsi qu'il récompensa la bassesse de Dessalines à qui Toussaint-Louverture l'avait obligé au-

paravant de donner du service.

er ;

C'était la moindre des choses que Toussaint- Louverture eût faites pour Dessalines : à la recommandation du colonel Bonnaventure, il l'avait mis dans ses guides, en 1794, et l'avait élevé successivement à tous les grades militaires; et le général Dessalines, qui lui devait tout, fut, sans pudeur et sans remords, son accusateur et son calomniateur.

Le général Leclerc, de son côté, ne se fit point scrupule de prévenir Toussaint-Louverture contre Dessalines ; le lendemain de son entrevue avec ce général qui avait été gagné, flatté et caressé par lui, à qui il avait fait des présens pour le mettre entièrement dans ses intérêts, il recommanda à Isaac-Louverture de raconter à son père la conduite de Dessalines, et de lui dire que Christophe avait des sentimens bien différens. Ensuite il lui remit une lettre pour Toussaint-Louverture. Le général Leclerc le priait dans cette lettre, à cause de la parfaite connaissance qu'il avait des localités , de donner des con-

seils au général Brunet, commandant des Gonaïves,

quant il le verrait, relativement au cantonnement

des troupes de sa division, afin que, dans l'intérêt

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de tous les habitans, elles ne commissent point de dégâts. Toussaint-Louverture, quelques heures avant que cette lettre ne lui parvint, avait été averti par plusieurs personnes des Gonaïives, que deux frégates francaises y étaient arrivées portant des troupes de débarquement; et que le’‘bruit courait que ces troupes devaient coopérer à son arrestation. Quelques-uns des officiers français de la garnison de d'Ennery lui avaient positivement assuré qu'ils tevaient d’un aide-de-camp du général Leclerc, envoyé en mission près du général Brunet, que ce dernier avait ordre de l'arrêter. |

Les généraux Paul - Louverture et Vernet, qu'on avait sans doute prévenus du dessein ‘du général Leclerc, lui avaient envoyé dire avec mystère, que le général Vernet avait un secret important à lui confier, et qu'il suivrait de près la personne qui lui donnerait cet avis.

Ces avertissemens venus de tous côtés , étaient, dans ces conjonctures, plus que suffisans pour déterminer loussaint-Louverture qui était doué d’un

esprit si fin et si pénétrant, et qui, d'ailleurs, avait

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un si grand courage, à pourvoir à son salut. Quelqu'un le lui ayant conseillé, il répondit que s'exposer

pour sa patrie lorsqu'elle était en péril, était un

devoir sacré; mais que là troubler pour épargner sa vie, était une action peu glorieuse.

Toussaint-Louverture, qui avait auparavant l’intention d'aller aux Gonaïves, partit pour cette ville aussitôt qu'il reçut la lettre du général Leclerc; en passant au bourg de d'Ennery, il lui fut facile de s'apercevoir de l'orage quise formait contre lui : la garnison francaise, contre sa coutume, garda un morne silence, et né lui rendit point les honneurs militaires. À une lieue de distance du bourg de d'Ennery, 1l rencontra, à l'endroit appelé la Coupe à Pintade, un courrier du général Brunet qui lui remit une lettre dans laquelle le général le priait, lui et toute sa famille, de venir à une fête qu'il leur avait préparée aux Gonaïives. Cette lettre, jointe aux confidences des officiers français de la garnison de d'Ennery, et à ce qu'avaient mandé du Cap, des pärens, et des Gonaïives, des amis dévoués, était, pour ainsi

dire, un corollaire de la vérité qui jaillissait de toutes

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parts : Toussaint-Louverture vit le danger sans le craindre. Il lut cette lettre et continua sa route. Etant à l'habitation Bérenger, il fit distribuer aux cultivateurs qui avaient sauvé une partie de ses effets, lors de l'invasion du général Leclerc aux Gonaïves, tout l’argent qu'il avait dans le moment à sa disposition; ensuite il alla à l'habitation Georges où était le général Brunet. Ils s’entretenaient ensemble, lorsque ce général le pria de l’excuser et sortit. Un instant après, entrèrent dans la salle où était Toussaint-Louverture, dix-huit à vingt officiers le sabre et le pistolet à la main. Toussaint-Louverture les prit pour des assassins et se leva. Il tira son sabre, décidé à leur vendre chèrement sa vie. Alors le colonel qui était à la tête de cette troupe d'officiers, voyant qu'il les attendait avec intrépidité, toujours debout à la même place, s'avança vers lui l'arme baissée, et lui dit : Général, nous ne sommes point venus ici pour attenter à vos jours. Nous avons seulement l’ordre de nous assurer de votre personne. À ces mots Toussaint-Louverture remit son sabre

dans le fourreau. Depuis l'habitation Georges où 1l

fut arrêté, jusqu'aux Gonaïves, il y avait des troupes placées de distance en: distance, tout le long de la route. À minuit, on le mena aux Gonaives, où il fut embarqué à bord de la frégate la Créole. Le digne officier qui la commandait fut touché jusqu'aux larmes du sort de cette victime de la trahison et de la perfidie. Il fit voile.vers le Cap; il eut pour Toussaint -Louverture toutes sortes d’attentions, ainsi que pour le chef de bataillon Néron et d’autres officiers qui furent arrêtés le même soir aux Gonaives. Il offrit du linge et de l'argent à ces ofliciers. Ils acceptèrent le linge et refusèrent l'argent. Etant près du Cap, il gouverna sur le vaisseau le Héros, qui louvoyait à la hauteur de cette ville. Ayant annoncé à Toussaint-Louverture qu'il avait ordre de le déposer à bord de ce vaisseau : Adieu, capitaine , lui dit-il en l'embrassant, je me souviendrai de vous jusqu'à mon dernier soupir. Ensuite il descendit dans un canot qui le porta à bord du Héros, où son fils, Saint-Jean Louverture, élève de M. Grenville, et embarqué au Cap par l'ordre du général Leclerc,

vint se jeter à son cou en fondant en larmes. Le

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vaisseau le Héros continua de louvoyer devant le Cap, attendant le reste de la famille.

Placide-Louverture et l’aide-de-camp César qui avaient accompagné ToussaintkLouverture aux Gonaives, et qui, n'ayant pu le suivre, étaient restés en arrière , furent, en retournant à d'Ennery, arrêtés le lendemain à la Coupe à Pintade. La femme du colonel qui commandait ce poste et d’autres dames françaises qui étaient présentes à leur arrestation, versérent des larmes d’attendrissement, en voyant conduire ces jeunes gens aux Gonaïves, où ils furent embarqués à bord de la frégate la Guerriere, dont Gimont, le mème qui était au Grand Cahos avec l’'adjudant-commandant Sabbès, était un des heutenans.

Isaac-Louverture était à d'Ennery sur une habitation où Toussaint-Louverture, à cause des réparations qu'on y faisait, se tenait ordinairement, II lisait, vers les sept heures du matin, ignorant que son père eûtété arrêté la veille aux Gonaïves.Tout-àcoup il entendit une vive fusillade, suivie de cris

épouvantables. Il sortit de la maison pour voir cé

que c'était, et se AT devant la porte. Il vit des cultivateurs, des domestiques , des femmes et des enfans effrayés, qui couraient çà et là, et trois à quatre cents soldats français qui les poursuivaient en faisant feu sur eux. Les balles sifflaient autour de lui, Un jeune homme entra précipitamment dans la maison, prit les armes et le chapeau d'Isaac-Louverture, et les lui présenta, en le pressant de fuir. Mais Isaac-Louverture qui croyait qu'il n'avait plus de père , voulut aussi mourir.

Il resta et attendit la mort avec courage. Un lieutenant etune douzaine de grenadiers s'approchèrent de lui et lui dirent qu'il était leur prisonnier. Vint ensuite le chef de bataillon Pesquidon qui lui apprit que ‘Foussaint-Louverture avait été embarqué aux Gonaïves; qu'il avait l'ordre du général Brunet de l'y mener lui et toute sa famille, et que l’avantgarde de son détachement n'avait tiré sur les gens de l'habitation qu'au refus qu'ils avaient fait de lui ouvrir les barrières. Pendant ce temps-là, un aidede-camp du général Brunet, entré dans l'apparte-

ment de Toussaint-Louverture, enfonca des armoires

et un secrétaire; s'empara de l'argent, du portefeuille et de tous les papiers qui lui tombèrent sous la main. Après quoi Isaac-Louverture fut conduit au bourg de d'Ennery; il y trouva le chef d’escadron Monpoint qui, ayant été invité, à déjeüner par le chef de bataillon Pesquidon , avait été arrêté quelques heures auparavant. Un quart d'heure après, le chef de bataillon Pesquidon se dirigea sur l’habitation où était l'épouse de Toussaint-Louverture; Isaac étant placé à l'avant-garde au milieu des sapeurs. Cette dame à qui un cultivateur de l’autre habitation racontait ce qui s'était passé ne tarda point à en avoir la preuve devant les yeux. Elle aperçut, à l'entrée de l'habitation, son fils qui venait à elle entre deux haies de soldats. Les sentimens de l'amour conjugal et maternel étaient plus forts dans son cœur que la crainte.

Quand son fils fut dans l'intérieur de la maison; elle s’élança à son cou, l'embrassa tout émue en lui demandant qu'était devenu son père. Madame, lu: dit alors le chef de bataillon Pesquidon, ne crai-

gnez rien pour votre époux : je suis chargé de vous

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fournir une escorte afin quevous l’alliez rejoindre. L’aide-de-camp du général Brunet, sous prétexte de chercher des papiers , se mitaussitôt à parcourir tous les appartemens, remplissant ses poches de dentelles et de bijoux. Il entra dans un oratoire oùil yavaitune vierge richement vêtue et dont le collier et les pepdans-d’oreille étaient en perles. Elle avait une pierre précieuse au doigt : une couronne d'or brillait sur sa tête. Cette vierge était un présent que le général Clairveaux, brave et excellent officier et parfait hon-

nête homme, avait fait à l'épouse de Toussaint-Lou-

verture. L'aide-de-camp du général Brunet trouva.

qu'il était contre toute bienséance que cette vierge eût une couronne, et surtout une couronne d'or. Son premier mouvement fnt de l’en dépouiller et de lui donner des soufflets, en proférant des paroles grossières et dégoûtantes. Le chef de bataillon Pesquidon lui fit remettre à sa place cette couronne, laquelle disparut un moment après.

Le même aide-de-camp, en continuant de fouiller partout, prit le plumet et les éperons d'’Isaac-Lou -

verture, et osa paraitre devant ce jeune homme,

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