‹ Histoire de l'expédition des Français à Saint-DomingueChapitre 21 sur 29 · LE · texte numérisé non relu

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ayant ce plumet sur la tête. Isaac-Louverture, plein d’une juste indignation, le lui arracha, en lui disant : C’est trop insulter au malheur. Le chef de bataillon Pesquidon, témoin de cette scène , ne réprimanda fortement cet aide-de- camp » que pour montrer qu'il est plus facile de prècher la modération, que d'être modéré soi-même.

Il apercut dans un cabinet, sur une toilette, un vase de coco artistement travaillé, doublé en or et entouré de bas-reliefs représentant quelques-unes des victoires et des belles actions de Toussaint-Lou-

verture. Ce vase avait été donné par la ville du

Port-au-Prince à ce grand homme, qui en fit présent à sa nièce, aujourd’hui sa belle-fille. Cette jeune demoiselle y était fort attachée. Le chef debataillon Pesquidon fut tellement ébloui de la beauté et de la magnificence de ce vase, qu'il ne put s'empêcher de le demander à l'épouse de Toussaint-Louverture, et il le demanda avec tant de grâce et tant d’instance, que cette dame décida sa nièce, à qui il appartenait, à le lui donner.

Elle passa ensuite dans son appartement pour

s'habiller; et, lorsqu'elle ‘eut fini, elle envoya dire au chef de bataillon Pesquidon, qu'elle, son fils et sa nièce étaient prêts à partir, Il fallait avoir un cœur de rocher pour n'être pas attendri par les pleurs et les gémissemens des hommes, des femmes et des enfans qui étaient présens et qui déploraient son sort, lorsqu'elle allait quitter pour toujours son pays, une partie de sa famille et sa demeure, qui était celle de la bienfaisance et de l'hospitalité. Ces hommes, ces femmes et ces enfans, dans l'excès de leur douleur , exprimèrent leur crainte et leurs regrets, avec l'accent de la sensibilité : Madame, s’écrièrent-ils d'abord en s'adressant à elle, vous partez ? nous ne vous reverrons jamais ! Puis au commandant du détachement, ah! du moins, Monsieur, ne la tuez point, ne tuez point ses enfans, Ils croyaient tous que Toussaint-Louverture était mort.

Cette femme, qui était digne de ces marques d’attachement et d'amour, sortit de chez elle sans rien emporter. Elle laissa tous ses effets, dont le chef de

bataillon Pesquidon lui avait promis de faciliter le

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transport aux Gonaives. Elle, son fils, sa nièce et le chef d’escadron Monpoint y arrivèrent la nuit sous l'escorte d’un détachement commandé par le capitaine Flamand, et furent embarqués à bord de Ja frégate la Guerrière, où étaient déjà Placide-Louverture, le chef d’escadron Morisset et l'aide-decamp César. Cette frégate ayant attendu vainement pendant quatre à cinq jours les effets de madame Toussaint-Louverture, leva l'ancre et joignit aevant le Cap le vaisseau le Héros, à bord duquel passèrent l'épouse de Toussaint-Louverture, ses fils et sa nièce. La famille étant réunie à son chef, le Heros se dirigea vers la France. Laissons-le voguer sur

les abîmes de l'océan avec cette famille infortunée

| Voyons ce qui se passa à Saint-Domingue après le

départ” de celui qui l'avait élevée au comble de la gloire et de la prospérité.

Dès que l'enlèvement de Toussaint-Louverture fut connu, le général Charles Belair, dans les montagnes de Saint-Marc; le colonel Sans-Souci, à Valière ; le chef de bataillon Noël, au Dondon, prirent

les armes comme d’un commun accord, et donnè-

D'ISAAC TOUSSAINT. 31e

rent le branle à la population de ces contrées. Ce

dernier alla même jusqu’à d'Ennery, renversant tout Le |

ce qui s'opposait à son passage, et grossissant sa | |

troupe à chaque pas.

Une multitude d'hommes et de femmes qui le À

suivait, faisait retentir toutes les collines de d'En- l, | |

nery, à la vue de la garnison française, de ses

| cris de désespoir, de vengeance et d’indignation, \: en redemandant Toussaint-Louverture. Le colonel Sans-Souci n'eut pas plus tôt tiré l'épée, qu'il fut | 11 arrêté ainsi que l’adjudant-général Baradat, par le général Christophe, à la Grande rivière, envoyé au qe Cap et embarqué pour France; le général Charles | Belair était à la tête d’un parti considérable de mi- | lices et d'un bataillon de troupes de ligne commandé | | par La Rose, lorsque le général Dessalines, qui sor- | tait du Cap et qui était envoyé contre lui par le 0 général Leclerc , vint dans les montagnes de Saint- à | Marc, où il était campé, et demanda à entrer en | pour-parler avec lui. Charles Belair alla le trouver, : 1 1 croyant, malgré la haine et les inimitiés qui exis- (|

tuent entre eux, qu'il pouvait alors exister aussi une

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conformité de pensées et de sentimens : il se trompa. IL tomba dans le piège que lui avait tendu Dessalines. On se saisit de sa personne. Il fut conduit au Cap avec sa femme, et ils y furent fusillés tous deux ensemble. C'est ainsi que périt Charles Belair, victime de son dévoûment pour Toussaint-Louverture, et dé sontrop de confiance en Dessalines. Modèle de l'amitié, il joignait, à un très haut degré, la bravoure et les talens militaires, à la bonté et à toutes les qualités qui constituent l’homme vraiment aimable et humain. Toussaint-Louverture qui l'aimait beaucoup et qui avait l'art de dire des choses agréables, satisfait de la manière dont Charles Belair s'était conduit dans une affaire, lorsqu'il était son aide-

de-camp, lui dit en riant, après l’action : Charles,

vous avez servi aujourd'hui comme un Labienus.

Général, lui répondit-il, j'espère que je vous serai plus fidèle qu'il ne l'a été à César. I l'a prouvé par sa mort. Ses anciens collègues, les généraux Dommage et Maurepas, qui avaient été employés auprès de Toussaint-Louverture, le premier, en qualité

d'aide-de-camp, le second, d'officier d'état-major,

D'ISAAC TOUSSAINT. 3) F5] périrent d'une manière différente : le brave , le malheureux général Dorxmage (x). fus; Il vécut avec honneur, il ne méritait pas. une mot infâme. Le général Maurepas, embarqué à bord d’un vaisseau, lors de l'évacuation de Saint-Domingue, se vit ar racher la vie au milieu de la mer, qui fut le tombeau de ce guerrier, de sa femme, de ses enfans, de ses parens, du colonel du 9°, et de presque tout ce régiment , ainsi que de Jean-Pierre-Louverture.

L'oncle de ce jeune colonel, le général Paul-

(1) Sa femme fut pendue à ses côtés. IL s'appelait auparavant Rousseleau. Ayant recu dans une affaire un coup de feu qui lui fracassa l’index de la main droite, Toussaint Louverture dont il était aide-de-camp et à côté duquel il avait été blessé, prit son mouchoir de poche et lui banda la main en exprimant ses regrets par ces mots : « C’est dommage!.., c’est dommage!» Depuis ce temps le nom de Dommage lui est resté. I n’était pas Le seul officier de Saint-Domingue qui eût recu un surnom àla guerre: et parmi un grand nombre , nous citerons le chef de bataillon Toussaint. Le 1 bataillon du 1°’ régiment qu’il commandait s'étant signalé dans la guerre contre les Anglais, au combat de l'riano, Toussaint-Louverture dit au chef de bataillon Toussaint, en passant sur le front du 1e bataillon du 1e régiment, votre bataillon

s’est fort bien conduit : vous êtes Toussaint le brave !…

Louverture , qui était plein de valeur, de modestie et d'humanité , enlevé secrètement chez lui au Cap, eut le même sort que le général Maurepas. Sa mort suivit de près celle de sa femme et de son fils; ils furent poignardés à bord d’un bâtiment, elle et son fils, qui croyait éviter la mort et le fer des assassins en se réfugiant dans Jes bras maternels: et ensuite précipités tous les deux dans les flots avec un aide-de-camp de Toussaint-Louverture, Marc- Coupé, qui fut égorgé le même jour à bord de ce bâtiment. j

Eloignons-nous de ces scènes d'horreur et de carnage, de ces rivages souillés du meurtre de ces innocentes victimes dont les cris plaintifs se faisaient entendre parmi les mugissemens d'une mer ensanglantée. Suivons le vaisseau le Heros dans sa course vers l'Europe.

Toussaint - Louverture, qui avait un excellent tempérament, ne fut point malade sur mer, Il imposa un jour silence au chef de division Savary, qui commandait le Héros, et qui, oubliant qu'il en

avait un à son bord, s'était fait un plaisir de diva-

guer sur les affaires militaires et politiques de Saint- Domingue.

La traversée se fit très rapidement; car au bout de vingt-cinq jours, les côtes de la Bretagne furent apercues ; etle vaisseau le Héros mouilla à la rade de Brest. Comme il y avait parmi l'équipage quelques hommes de monts en route, le Aéros fut obligé de faire quarantaine. Pendant ce temps-là le vaisseau l’Aigle arriva de Saint - Domingue, ayant à son bord le chef de bataillon Chancy, neveu et aide-decamp de Toussaint-Louverture. Son oncle, sa tante, ses cousins et sa sœur qui l'a tant aimé et tant pleuré, ignoraïent qu'il fût à bord de ce vaisseau, quoique l’A4igle eùt mouillé tout près du Héros. Chancy, emmené par mer à Toulon, dut à l'anural Gantheaume de n'avoir pas été envoyé à l'île d'Elbe. La quarantaine achevée, le brick la Vayade eut l'ordre de mener Placide-Louverture à Belle-Ile en Mer, où était détenu l’adjudant-général Belley, avec lequel il se consola. Cet infortuné vieillard, qui était plein d'énergie et de probité, finit sa carrière

à Belle-Ile-en-Mer.

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