‹ Histoire de l'expédition des Français à Saint-DomingueChapitre 24 sur 29 · TS IPS I EN NE SES · texte numérisé non relu

TS IPS I EN NE SES

Ce

putation. On les appelait la Garde Béarnaise, parce qu'ils faisaient le service au quartier-général.

L'adjudant-général Dubuisson avait été blessé à côté de Toussaint-Louverture lorsque celui-ci, accompagné de quelques officiers de son état-major, se fit jour, le sabre à la main, à travers quinze cents mutins qui l'avaient enveloppé et avaient tiré sur luiàboutportant, au camp de Barade. [ls avaient à leur tête le brigadier Thomas de Limbé, homme turbulent et factieux, et le principal auteur de ce soulèvement, dans lequel le plus jeune frère de Toussaint-Louverture, le colonel Pierre-Louverture, généralement estimé pour sa rare bravoure, ses talens militaires et ses vertus, perdit la vie à la fleur de son âge.

Pour revenir à l'adjudant-général Dubuisson qu nous a entraîné dans ces digressions, il n'était Jamais si content que lorsqu'il avait l'occasion de voir Isaac-Louverture et ses parens. Tout décélait en lui l'homme reconnaissant et sensible.

On peut en dire autant d'un autre compagnon

d'armes de Toussaint-Louverture, d'un vieux guer-

NEA

rier, du général Bédos, qui, dans sa tournée à Bayonne, en qualité d’inspecteur des vétérans, dit en pleurant à madame Toussaint-Louverture et à ses enfans : « Si mes vœux étaient exaucés, personne ne serait plus heureux que vous.»

Une dame très respectable de Saint - Domingue, madame Egé, arrivée de cette île avant qu'elle fût évacuée par les Français, se conduisit, en passant à Bayonne, de manière à ne jamais laisser oublier son nom à la famille de Toussaint-Louverture.

Ces consolations, qui lui avaient été prodiguées par des âmes élevées, étaient précieuses, surtout dans une position où l’on acquiert difficilement de nouveaux amis, et où il est rare que le zèle des anciens ne se refroidisse. Il fallait que ceux qui allaient voir la famille de Toussaint-Louverture eussent une permission du général commandant la place de Bayonne.

Toussaint-Louverture, prisonnier au château de Joux, contre la foi des traités, n'avait pas le même avantage. [ n'avait aucune communication au-de-

hors ; au-dedans, personne ne pouvait le voir et

tas. te

D'ISAAC TOUSSAINT. 32.1 lui parler, excepté le commandant du château et 0H Care (1)

Les généraux Martial-Besse et Rigaud qui étaient aussi prisonniers au même château, avaient recours au commandant de Joux, pour avoir des nouvelles de la santé de Toussaint-Louverture et lui faire part des sentimens que leur inspirait Je malheur commun (2). Il agit de même à leur égard. Toussaint - Louverture, à l’époque de la conclusion du traité qui eut pour lui et son pays de si funestes

résultats , fit la réponse suivante à un officier

supérieur qui lui avait annoncé, de la part de Le-

/ ’ 0 . Fr , } 4 clerc, que le général Rigaud avait été embarqué: 1 « C'était contre moi qu'on avait amené ici ce vé- À , 7 her : ; | néral, ce n'est pas pour moi qu'on l’a embarqué; 14 L 1 . . . . 4 11 Î je plains son sort.» Il ne pensait pas alors que lui Î et le général Rigaud dussent se trouver dans une l : : * à même prison, sur les frontières de la Suisse. ' ; : = À: |4 l'oussaint-Louverture, accoutumé à braver la 14 pa | mort dans les combats, supporta courageusement | il À RE (1) Lettre de M. Jeanin, secrétaire du commandant de Joux. NA (2) Fait raconté par le général Rigaud , à Agen , en 1804. 14 2 1 nn LS ( 1 1 4 | W ; Li 1 4 | |

les vicissitudes humaines et les rigueurs de la captivité. Séparé de sa famille, il n'avait que Mars- Plaisir pour lui donner des soins,et pour être pendant quatre mois le témoin de sa grandeur d'âme. On lui arracha ce fidèle domestique, et il resta seul avec son courage. El lui fut annoncé par l'ordre du gouvernement français, qu'il fallait qu'on éloignât Mars-Plaisir de lui. « Porte, dit-il en l'em- « brassant, mes derniers adieux à ma femme, mes «enfans et ma nièce. Console-toi de cette cruelle « séparation , et pars avec l’assurance de mon amitié «et du souvenir que je conserverai de tes services «et de ton dévoûment.» Plaisir fut chargé de chaînes et conduit de brigade en brigade jusqu'à Nantes, où il fut mis en prison et au secret (1). Fatigué de souffrir, il fit une pétition adressée au gouvernement francais, et dans laquelle il demanda à être jugé, en disant que si c'était un crime d’être attaché à un si bon maître, on pouvait le condamner à mort. Au bout de trois mois on le

tira de prison ; il fut mis à Nantes pendant long-

(1) Lettres de Plaisir.

temps sous la surveillance de la haute police; ensuite 1l obtint d'aller gagner sa vie à Paris. Il est maintenant au sein de sa famille au Port-au-Prince, jouissant de l'estime dueau malheur et à la fidélité.

Toussaint Louverture mourut au château de Joux, environ trois mois après le départ de Mars- Plaisir, Sa famille, en deuil et dans la plus grande désolation, fut transférée de Bayonne à Agen, sous prétexte qu'elle avait l'intention de s'évader. Dès les premiers jours de l’arrivée de cette famille à Agen, et pendant tout le temps qu'elle y a demeuré, elle trouva en mesdames de Clairefontaine et Dupérier, tout ce qui peut consoler dans l'adversité, une amitié vive et constante. Modèles des belles âmes, lune continue à être sur la terre l'image de la vertu; l'autre repose au séjour de l'immortalité qui en est la récompense.

Saint-Jean-Louverture qui avait dit, en apprenant la mort de son père, qu'il n'y survivrait pas, mourut à Agen d'une maladie de langueur. Ce jeune enfant expira dans les bras de sa cousine qui n'était pas encore l'épouse de son frère, et qui était seule

en état de lui donner des soins, sa mère et son frère étant tombés malades. Sa cousine, qui a un tempérament délicat et qui joint les vertus les plus sublimes à la sensibilité de son sexe, ne le quittait pas un seul instant pendant sa maladie. Elle était jour et nuit au chevet du lit de cet enfant, pour lequel elle eut l'amour et la tendresse d’une mère. La mort de son cousin faillit causer la sienne.

Peu de temps après, toute la famille obtint que Placide-Louverture, qui était à Belle-Ile-en-Mer, vint résider à Agen avec elle.

Madame Toussaint-Louverture, la meilleure des épouses et des mères, survécut à son époux et à son fils, sans pouvoir vaincre dans son cœur le chagrin qui la rongeait et qui affaiblissait de “Jour en jour ses facultés morales. Elle mourut

en mai 1816, dans les bras de ses fils, Placide et

Isaac - Louverture.

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