‹ Histoire de l'expédition des Français à Saint-DomingueChapitre 25 sur 29 · D'ISAAC · texte numérisé non relu

D'ISAAC

L’or1c1NE de Toussaint-Louverture mérite d’étre connue (x).

IL était descendant de Gaou-Guinou, roi puissant en Afrique de la nation guerrière des Arradas. Le père de Toussaint-Louverture second fils de ce roi, fut fait prisonnier dans une guerre, et vendu selon la coutume barbare des Africains. On le conduisit dans la colonie de Saint-Domingue ; là, un prince du sang royal qui aurait pu prétendre dans son pays à régner un jour sur sa nation, et qui sans sa captivité, n’aurait dépendu que du roi son père , se vit sujet ; c'était du comte de Noé, sur une de ses terres située au haut du Cap. Eloigné de sa patrie, le fils de Gaou- Guinou , n’entendit plus, placé à une distance respectueuse de son père, en face de la cabane royale, Rs chants mâles et terribles des guerriers de sa nation, dans lesquels ils célébraient la valeur de

leur roi et de ses aïeux ; mais il en avait conservé le souvenir. Il

(2) En l'an x, quand la perte de Toussaint-Louverture fut jurée, on lui reprocha, dans les journaux , d’être le descendant d’un roi d'Afrique. ( Voyez les journaux de vendémiaire

et de brumaire de ce temps.)

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re [24 re : ; 326 NOTES SUR LA VIE

rencontra dans sa captivité quelques-uns des siens qui, sujets comme lui dans un autre hémisphère, le reconnurent pour leur prince, et lui rendirent des hommages, en le saluant à la manière de leur pays. L’humanité’ et la bienfaisance adoucirent ses malheurs chez le comte de Noé. IL jouit d’une entière liberté sur les terres de son protecteur. IL eut cinq noirs pour cultiver une portion de terre qui lui fut assignée. La religion catholique devint la sienne; il épousa un femme de son pays qui était belle et vertueuse. Ils moururent l’un et l’autre presqu’en même temps, laissant cinq enfans mâles, dont le plus jeune, qui ressemblait à son aïeul, recut le nom de Gaou, et trois filles. L/aïîné de ces cinq enfans mâles était Toussaint-Louverture, moins illustre par le rang qu'ont occupé ses ancêtres en Afrique, que par lui-même. Nous dirons un mot touchant son éducation.

Il'yavait au haut du Cap un noir estimé pour la pureté de ses mœurs et sa probité, et qui n’était point dépourvu de connaissances ; il se nommait Pierre Baptiste, il savait le francais et Le latin sans étre néanmoins très versé dans cette dernière langue , et avait même quelques notions de géométrie. IL devait son éducation à la bonté d’un de ces missionnaires qui, en préchant la morale d'une religion divine, éclairaient et agrandissaient l'esprit humain dans les diverses contrées qu’ils ont parcourues.

- Pierre Baptiste, parrain de Toussaint-Louverture, enseigna à celui-ci ce qu'il avait appris à l’école du bon missionnaire , en s’appliquant d’abord à lui faire perdre le goût qu'il avait pour l’histoire aussi bien que pour la langue de ses pères, qu’il parlait avec facilité. Toussaint-Louverture ayant donc recu quelques rayons de lumière, se conduisit d’une mavière admirable dans la révolution qui, terrible comme les volcans des Andes, bouleversa l’île de Saint-Domingue.

À la fin de1703, Toussaint-Louverture ayant été mis eu prison à Vallière par le général Jean Francois qui était jaloux de l’ascendant qu’il avait sur les esprits, de sa défense du Morne-Perly, contre

le chevalier d’Assas, et de ses autres beaux faits d'armes, fut délivré

par le général Biassou. Au sortir de prison, il entra avec 600 hommes d’élite au service du roi d'Espagne, en qualité de maréchalde-camp sous le marquis d’Almonas, gouverneur de Saint-Raphaël et fit preuve detalens et de génie. Dans ce temps M. Brondicourt était campé au bourg du Dondon , et avait sous ses ordres 1500 hommes detroupes blanches et autant d’auxiliaires noirs et decouleur. M. Pacaud commandait les troupes blanches, M. Raymond les auxiliaires. Les Espagnols craignaient beaucoup pour Saint-Raphaël placé dans le voisinage du Dondon. Toussaint- Louverture entreprit de faire décamper M. Brondicourt. Le marquis d’Almonas qui avait entendu parler de l’habileté et du courage de Toussaint-Louverture , lorsqu'il était major-général de l’armée noire de la partie du nord , fut ravi qu’il se chargeât d’une telle entreprise. Il fournit des armes et des munitions à Toussaint- Louverture qui n'avait que 600 hommes de troupes noires disciplinées, et un assez grand nombre de gens mal armés du Dondon et de la grande-Rivière. Toussaint-Louverture à leur téte s’approche du bourg du Dondon, et intercepte la route qui conduit au Cap. Le lendemain, ayant apercu du mouvement dans les reiranchemens de M. Brondicourt , il jugea que l'intention de son adversaire était d’en venir aux mains ou d’évacuer le bourg du Dondon pour se porter sur le camp de Perly , afin de se rapprocher de la Marmelade. Toussaint-Louverture fait ses dispositions en cas d’une attaque ; ensuite il part à la tête de 500 hommes d’é-

lite

>, et, en passant à travers des sentiers détournés et des précipices affreux , il va Les placer très avantageusement en embuscade entre le Camp du Dondon et celui de Perly, sous les ordres de son aide-de-camp Charles Belair, officier intrépide et intelligent , ensuite ilretourne joindre ses troupes qui faisaient face au Dondon, dans la ferme résolution de combattre dans la position qu’il occupait, ou de poursuivre M. Brondicourt s’il évacuait la sienne. Depuis cinq heures da soir on ne fit que s’observer jusqu’à la nuit close qu'attendait M. Brondicourt comme devant favoriser sa re-

traite. [1 chargea en conséquence M. Pacaud , son lieutenant , du

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soin de l'effectuer , et précéda vers minuit ce mouvement rétro

grade dans la direction du camp de Perly, escorté seulement de

quelques ofliciers, croyant la route libre et militairement inac- À cessible à son ennemi, à cause de la disposition des lieux, Ce | ne fut qu'en tombant entre les mains du vigilant Charles Belair qu'il s’'apercut de son erreur, de la grandeur du péril et de la hardiesse de Toussaint-Louverture. M. Brondicourt surpris et enveloppé fut fait prisonnier avec toute sa suite, et conduit au quartier général de Toussaint-Louverture. Celui-ci était absent ; on envoya aux avant-postes lui annoncer cette nouvelle. Toussaint-Louverture de retour à son quartier général traita fort honorablement M. Brondicourt, et exhorta le chef de tant de braves gens à ne point exposer inconsidérément ses soldats , attendu que la défense serait inutile. A quoi M. Brondicouwrt répondit , que s’il était prisonnier , ses soldats ne l’étaient pas ; que, quoique entourés d’ennemis auxquels il faudrait faire face de tous côtés, l’'honneur leur prescrivait avant tout, de brûler au moins une amorce et de croiser la bayonnette, et que c'était dans cette intention qu'il demandait la faculté d'expédier un courrier à M. Pacaud. J’admire trop votre courage , reprit Toussaint-Louverture, pour ne pas consentir à ce que vous desirez; mais, J'admirerais encore plus votre humanité, si toute retraite étant coupée à vos troupes , vous

donniez Fordre d'éviter leffusion du sang. Sur ces entrefaites , ar-

riva un officier envoyé par M. Pacaud à M. Brondicourt peur lui demander ses derniers ordres ; Charles Belair qui paraissait en lorce , ayant arrété son avant-garde et l'ayant assuré que M. Brondicourt était prisonnier. Celui-ci touché de la magnanumité de Toussaint-Louverture et de la position pénible de ses soldats, ordonna à M. Pacaud de ne point tirer l’épée et de céder à la force -en réclamant les honneurs de la guerre. M. Pacaud capitula conformément à ect ordre ; ilentra au grand Bassin, quartier général de Toussaint-Louverture, tambour battant, drapeaux déployés et mèches allumées. On vit alors dans le camp de Tous-

saint-Louverture ce qui ne s’est pas vu souvent: les vainqueurs

voyant entrer les vaincus dans cet appareil imposant , tremblèrent devant eux, et il ne #en fallait pas beaucoup qu'ils n’eussent pris tous La fuite, si la contenance de leur géntral ne les avait rassurés. Cela n’était pas étonnant. C'était pour la première fois qu'un tel bouheur feur était arrivé dans la guerre. M. Pacaud et sa troupe défilèrent sous l’escorte d’un faible détachement , avec leurs bagages , (tous les officiers conservant leurs épées ) vers Saint-Raphël, où était déjà arrivé M. Brondicowrt. Le marquis d’Almonas écrivit à Toussaint-Louverture une lettre de remerciment et de satisfaction au sujet d’un évènement si extraordinaire. Toussaint-Louverture encouragé par le succès d’une entreprise où la fortune s'était plue à couronner son habileté, forma le projet de conquérir la Marmelade , d'Ennery , Plaisance et les Gonaives.

‘ Sans avoir de cartes topographiques de ces contrées, à l'exemple des capitaines de l'antiquité, des Lucullus, des Pompée et des César, il s'en fit une; il figura sur du papier, d'après Les renseignemens divers des gens qui connaissaient ces pays, leur étendue, leurs distances respectives, la direction des montagnes et des rivières , et tout ce qu'il y avait de remarquable comme défilés etc. , etc. — IL marche à la conquête de la Marmelade, contrée adjacente au Dondon. Il prend d’assaut sous le feu plongeant de leurs défenseurs, le Camp de-Perly situé en avant du Dondon ct celui de la Crète à Pin barrière formidable de la Marmelade. Il entre dans ce pays, ayant divisé ses troupes en deux corps; il donne'le commandement de la droite au colonel Desrouleaux qui avait passé dans ses rangs, prend celui de la gauche et attaque la position du colonel Vernet dont le bourg de la Marmelade , qui était retranché et garni d'artillerie , formait le centre , une partie de l'habitation Guilbeau l’extrème droite, et une partie de l’habitation Poparel l'extrême gauche. Au commencement de l’attaque, Jean Baptiste Poparel, commandant de plusieurs compagnies noires de la Marmelade, compromit, en passant à Toussaint

Louverture, la gauche de la position de Vernet, qui évacua la

Marmelade à l'entrée de la nuit, en abandonnant son artillerie qui consistait en une douzaine de pièces de position et de campagne, Toussaint-Louverture rendit compte de la prise de la Marmelade à Don Almonas. Tous les propriétaires blancs de ce pays et de Plaisance, qui s'étaient réfugiés à Saint-Raphaël et dans les autres possessions espagnoles retournèrent à la Marmelade. Toussaint-Louverture nomma au gouvernement de ce pays, pour le civil, les propriétaires blancs, Gilbin et Copet, et pour le militaire, Jean Baptiste Poparel. I prit pour aides-de-camp, Dubuisson natif de Bayonne , et Birete (1) jeune propriétaire blanc de la Marmelade, Il promut au grade de sous-licutenant Jaques Maurepas qui était sergent-major dans une compagnie de gendarmerie à pied et l’attacha à son état-major. Trois cents hommes du régiment de Béarn prirent du service sous lui. Toussaint-Louverture avait pour secrétaire Meline, propriétaire blanc de Plaisance , et un blanc nommé Birote et Méharon. Tout le monde était content de lui, on ne parlait que de l'élévation de son génie, de son courage et de sa magnanimité, Ce fut à l’époque de la prise de la Marmelade que le général Desfourneaux éprouva un échec devant Saint-Michel , ville de la frontière espagnole, après avoir été blessé à la main.

Le colonel Vernet ayant évacué la Marmelade, s'était retiré avec ses troupes à d'Ennery et était campé sur l'habitation Pilboro. Le commissaire Polverel qui se rendait dans la partie de Ouest, se trouvant alors à la grande rivière de d’'Ennery , le colonel Vernet alla lui rendre compte de sa conduite. Polverel mécontent de la prise de Ia Marmelade , le recut fort mal. Combien étiez-vous , lui demanda-t-il brusquement , à la défense de la Marmelade ? douze cents hommes , répondit le colonel ; dites-

donc douze cents lâches répliqua Polverel. Vernet (2) furieux, se

(1) Birete remplaca Dessalines au commandement du 4° régiment dans la guerre contre les Anglais et fut tué au Boucassin à la tête de son régiment.

{2) Vernet fut nommé général par Toussaint-Louvertwe et épousa une nièce de celui

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DE TOUSSAINT-LOUVERTURE. mul

retira dans son camp et alla grossir les forces de Toussaint-Louverture. Le même commissaire ayant dit en parlant du vainqueur du Dondon st de la Marmelade: Comment, cet homme fait Ou verlure partout ! Dès ce moment , la voix publique lui confirma le nom de Louverture, qu’il recut de la victoire , comme Scipion celui de Africain ; Gui le Blond , de Montmorency ; Montemar, de Bitonto. Toussaint-Louverture marche sur d’Ennery; il rencontre sur habitation Larivière , Le général Desfourneaux qui revenait de son expédition contre Saint-Michel. IL attaque etrepousse ce général vers Plaisance et les Gonaïves , et s'empare successivement des camps d'Audigier et de Mérion , Le premier situé à la Grande-Colline , et le second à la grande rivière de d'Ennery. 11 poursuit sa marche victorieuse jusqu'aux Gonaïves. Il fait capituler les postes retranchés de La ‘Coupe-à-Pintade, en traitant avec Paul Lafrance et Case, qui commandaient aux Gonaïves. Toussaint-Louverture entouré des colonels Case et Paul-Lafrance et d’une députation du pays, entra aux Gonzïves , où les habitaus lui donnèrent des fêtes magnifiques, et alla loger chez le colonel Case qui fut maintenu dans son commandement , ainsi que le colonel Paul-Lafrance. Il nomma lieutenant-colonel , le capitaine Clairveaux (1) qui commandait auparavant un poste à la Coupe à Pintade. Il renvoya à La légion Égalité de l'Ouest, qui avait déjà passé l’'Ester , ses malades qui étaient restés aux Gonaïves. Toussaint-Louverture y recut une députation du commandant Blanc- Casenave de l'Artibonite, qui lereconnaissait pour son chef. La conquête des Gonaïves achevée, Toussaint-Louverture , secondé par le colonel Vernet , tourna ses armes contre Plaisance, dont il se rendit maître après avoir pris plusieurs camps retranchés , entre autres celui de Chatà ; de là il vole à Saint-Raphaël rejoindre son

épouse dont il était séparé depuis sept mois. Le marquis d'Al-

ci: fille d'une sœur aînée qui était propriétaire aux Cayes , avant la révolution, Cette sœur de Toussaint-Louverture avait un cœur excellent et était pleine de générosité.

(x) I devint ensuite colonel et général sous Toussaint-Louverture.

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monas le recut avec toute la magnificence possible. Il le nomma

lieutenant -général des armées et lui donna une épée et une décoration au non de sa Majesté (È

atholique > Cn récompense de ses victoires “d

qui furent célébrées, par des réjouissances et des combats de taureaux. Ensuite Toussaint-Louverture prit

> Pour aller à la Marmelade, la route de Saint-Michel ,

où il fut retenu pendant plusieurs jours par le général don Cabrero, qui lui donna des fétes aussi belles que celles de Saint-Raphaël et avec qui il visita la position que le général Desfourneaux avait occupée devant Saint-Michel, De-là il se rendit à la Marmelade , où il établit son quartier général. Pendant que Toussaint-Louverture était à la Marmelade > les Gonaïves qu’il avait conquises recurent la garnison espagnole ; le général Biassou alla visiter ce pays avec un faste vraiment asiatique. Le marquis d’Almonas cessa d’être à la tête des affaires à Saint-Raphaël et fut remplacé par le général don Léonard , homme d’un caractère pusillanime et qui n’était revêtu de Pautorité suprème que pour se laisser gouverner. Le généralJean-Francois dont la haine et la jalousie étaient augmentées par les victoires de Toussaint-Louverture , indisposa le nouveau gouverneur Espagnol contre lui. De concert avec ses partisans , il excita le brigadier Thomas qui commandait le camp de Barade, sous les ordres de Toussaint- Louverture, à attenter à la vie de son chef. Un jour que Toussaint-Louverture était allé am camp de Barade, pour faire mettre en liberté le colonel Baguyot injustement emprisonné par Thomas, quinze cents hommes firent feu sur lui. Il eut le bonheur de n’étre pas tué, mais son jeune frère fut hlessé à mort et expira sur l'heure. Toussaint-Louverture échappé comme par miracle au piège qui lui était tendu , retourna avec des forces au camp de Barade. La révolte fnt apaisée , et Thomas prit la fuite. Après la soumission du camp de Barade ; Toussaint-Louverture alla à Saint-Raphaël à la tête d’un nombreux état-major et de quatre cents cavaliers. Don Léonard eut tellement peux , qu’il crut que lui et Saint-Raphaël étaient tombés

au pouvoir de lPennemi. Toussaint-Louverture vit le gouverneur l £ )

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se plaignit des machinations de Jean-Francois, de l'arrestation de Paul-Lafrance par les Espagnols, qui l’embarquèrent aux Gonäives , de ses mauvais traitemens envers Case et d’autres officiers du pays, ce qui, ajouta-t-il, était contraire aux conventions faites avec les chefs, lors de la prise des Gonaïves, et demanda la ré paration de ces injustices. Don Léonard le lui promit et Toussaint- Louverture partit pour la Marmelade. 11 y trouva sur l'habitation la Maronnière , Biassou qui était venu des Gonaïves par d'Ennery. Ce général gouverné par son secrétaire La Place , et à qui les liqueurs fortes qu’il aimait à l'excès, faisaient perdre souvent la raison , avait souillé la cause pour laquelle il combattait , en vendant des noirs aux Espagnols pendant son séjour à d'Ennery et à la Marmelade où ilétait. Toussaint-Louverture eut une entrevue avec lui , et lui fit sentir combien sa conduite était coupable. Biassou l’assura qu’il profiterait de ses avis et n’en continua pas moins cetrafic odieux. Les Espagnols de leur côté ne cessèrent de maltraiter aux Gonaïves les officiers qui avaient été au service de France et qui avaient été employés par Toussaint-Louverture. Plusieurs de ces officiers s'étaient soustraits à la persécution et étaient venus à la Marmelade se mettre sous sa protection. Toussaint-Louverture résolut dès-lors de changer la face des affaires.

En ce temps-là le général Lavaux à la tête des troupes Francaises de la province du Nord > occupait Le Port-de-Paix où était son quartier général , le Cap commandé par le colonel Villate A le Port-Francais par Le colonel Pierrot. Ces villes étaient en proie a la famine et étroitement bloquées par terre et par mer. Ce fut dans une telle position que le vertueux Lavaux parla à un officier Anglais qui lui avait fait une proposition , le langage de l’honneux et de la bravoure ; et que le colonel Villate sommé par les Espagnols de leur livrer le Cap , leur envoya pour toute réponse des paquets de cartouches avec des balles. Toussaint-Louverture en butte à la haine de Jean-Francois, mécontent de Biassou et de don Léonard , déclara à ce général Espagnol, qu'il quittait le

service de l'Espagne; demanda sa femme qui était à Saint-Ra-

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phaël et traita avec le général Lavaux dont il admirait la vertu ; les talens , le courage et l’énergie. Toussaint-Louverture envoya des provisions de toute espèce au Cap, et la famine qui désolait cette ville cessa. Sous les ordres du général Lavaux , Toussaint Louverture chassa de d'Ennery, Biassou , qui était sur l'habitation Larivière et à qui il renvoya ses chevaux , une montre et une tabatière d’or enrichies de diamans , qu’il avait laissés dans sa fuite des Gonaïves , où il fut blessé à la jambe d’un coup de mitraille, et les Espagnols qui allèrent s'établir au Pont de l’Ester. Il assista à la prise du camp de Bertin au Limbé, et mit en fuite au Dondon le sénéral Jean-Francois , qui s’en était emparé sur le colonel Moïse. Toussaint-Louverture courut Le plus grand danger lorsque Les Anglais attaquèrent par mer les Gonaïves. IL passait d’une batterie à l'autre, tantôt à pied , tantot à cheval , pour donner ses ordres et encourager les canonniers , au travers des boulets rouges qui in

cendièrent cette ville. Par ses soins et sous ses yeux , le 4° régiment ayant pour colonel Dessalines , le 5° Moïse, le 6° Clairvaux, le 7° Desrouleaux, le 8° Blanc-Casenave , furent organisés aux Gonaïves, au Dondon , à l'Artibonite. Il conquit sur les Espagnols , Saint-Raphaël, Saint-Michel, Saint-Ouen, Hinche, Bonique ; etc. etc. Il tailla en pièces devant le camp Marchand , dans la plaine de l’Artibonite , les Anglais et leurs légions auxi— liaires coloniales et Africaines, qui étaient venus pour s'emparer de ce camp. Par ses campemens dans la plaine de lArtibonite, et

par sesattaques vigoureuses,les Anglais évacuèrent le Pont del’ Fs-

ter , toutes les positions retranchées sur la rive droite de l’Artibo-

nite ét repassèrent cette rivière. Il surprit au bourg de la Petite-

Rivière de l’Artibonite, les Espagnols, commandés par le général Santacilia et qui formaient l'aile droite des Anglais , sous les ordres du général Brisbane ; il passa l'Artibonite avec eux et les poursuivit jusqu'aux Verettes, qui tombèrent entre ses mains.

Dans cette campagne il dégagea sur la rive gauche de lArtibo-

nite , le capitaine Lamérens, son aide-de-camp , qui était entouré

par six Espagnols, et blessa un soldat ennemi. Dans la campagne

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