‹ Histoire de l'expédition française en ÉgypteChapitre 12 sur 18 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Hostilités. — Oocopation d^-Arych par BJcuar, Pacha d'Acre. — Négociatioiis antéritiaras. — Vues de Bonaparte. — Misnons do Beaucbanp, de MaiUy, de Beauvobins, — DéiqppoîntenMBt. — - Coodoite de la Porte. — Firmao adressé à Ibrahim-Bej. — Préparatifs de guerre. — Expédition de Syrie, — Coap-d*œil sur cette contrée.

Bonaparte était encore à Suez lorsque des messagers lui annoncèrent que Djezzar, pacha de Syrie , Tenait de faire occuper par ses troupes la forteresse d'El--Arjcli. Ce mouvement ofienàf était le résultat d'un vaste complot d'attaque^ ourdi depuis quelques mois entre la Porte et l'Angleterre. Four l'embrasser dans tous ses développemens , il nous &ut remonter aux premiers jours de la campagne égyptienne.

Quand Bonaparte organisa son expédition de concert avec lé Directoire, une des clauses i

déterminantes de son départ fut la nomination i

de M. Talleyrand à l'ambassade de Gonstantinople. Le chargé d'affaires RufiBn , sur qui rou- i

lai^aitfi dette époque tous les tracas de la iéga^ tion, n'était pas un.dîploiiiate assez habile pour faire prendre le change au Sultan ottoman sut la conquête de l'une de ses prorînces. A voir la chose nettement,, il était même' difficile , an cerveau le plus in^rentif , de colorer de prétexjftes suffîsans ce paradoxe politique. M. Tal-^ leyrand lé comprit : il ne voulut pas mettre à une loterie. do|it sa personne était l'enjeu ; il vit, dans cette mission hasardeuse, les Sept- Toius en perspective , et se renfei^mant dans un prudent é^oïsme, il conserva tranquillement à Paris son portefeuille des affaires étrarîgèreid> tandis que Bonaparte le croyait depuis long-temps reiidu dans le Bosphore.

Ce manque dé parole fiit an vrai désappointement pour le Gnénéral en che£ Sans trop se rendre compte de ses convictions à cet égai^d j il avait cru que le Divan se paierait de protestations pacifiques , et son plan de conduite , ses messages , sa correspondance avaient eu pour base cette pensée intime.

Attentif aménager la>Porte ottbmane, et sans reconnaître sa suzeraineté d'une façon expli-. cite , il avait installé , comblé d'honneurs un tmtom» de délégué du Suhaii. Partout .ses

agens étaient respecté» ^ entourés d'égard»; partout le paTiUon turc flottait âyec le pavitton françtts.*

Dès les premiàres heures du débarquement sur la côte d'Alexandrie ^ l'occasion s'était offerte de déclarer que l'armée républicaine Tenait Y^iger la Porte des usurpations des beys mandouks. Se substituant aux droits de ces derniers 9 Bonaparte ajoutait qu'il n'empiète^ rait pas sur ceux de Sa Hautesse» Ce iiit dans ce sens qu'il écriyit au commandant de lah^ararelle turque amarrée dans le Port^Yienx , en le diargeant d'en rendre compte à sont souTe-> rain. A l'appui de cette première démarc^ ^ il adressa une dépécike au Grand-^Vizir soos la date du 5 fructidor a» YI (f^a août 1796)9 pouir lui renouveler cm protestations amicales^

Plus tard y ne receyant point do nouTelles de l'ambassade* de Constantinople , îi perdit par degrés la ccmfiance qu'il avait eue dans cette combinaison. De toutes parts ^ d'aiUemrs, lui parvenaîent des nout elles peu rassurantes sur les intentWos de la Perte : id c'étaient des voyagein français airrfttés^ des négociant frappés d'avanies; là des consuls, des aigena de

la Républîqtie dont ou arrait méconnil Pinviolâbilité.

Toutelbîs, comme ces rap|iartd, Jilanreniis au travers des croisières anglaises, he portaient point de caractère officiel, Bonaparte voulut fidre constater , par une itiisision spéciale y l'état des relations de la Porte avec la R^ublicpie française.

Stuc* son ordre , le général Msirmoïit qui commandait à Alexandrie , fit disposer la caravelle turque mouillée dans le Port*-Tîetix , pour recevoir à son bord Beau(jiamp, ttHembre de FInstitut et ancien consul à Mascalé, que soù long séjouf dans div»:*ses prorrinces de Tempire ottCMBan et dans la capitale rendait plus propre à cette niissioBL délicate et difficile. Cet envoyé devùt se rendre à GoiïsCâii'tinople , s'aboucheif avec l'simbassadeur français et lé Grand-Tizir ; puis rendre compte du résultat de ses démarches, soit de loin par' correspondance, soit verbalement à scta retour. Les insti^uctions que !Qoi^P<^^ lui dottiia à son départ , étaient enfreintes de toute sa sollicitude pour les intérêts nationaux! que la Pointe avait méconnus.

tt A votre arrivée à Gonstantînople , y disàit-

» ît , TOUS ferez connaître à notre ministre » notre situation dans ce pays. De concert , y> vous demanderez que les Français qui ont » été arrêtés par divers gouverneurs soient mis y> en liberté , et vous ferez ressortir le con- » traste de cette conduite avec la nôtre.

y> Vous ferez connaître à la Porte que nous » voulons être ses amis; que notre expédition y> d'Egypte a eu pour but de punir les Mam- » louks , les Anglais , et d'empêcher le partage y> de l'empire Ottoman que les deux enHpereurs » d'Allemagne et de Russie ont arrêté ; que » nous lui prêterons secours contre eux, si elle » le croit nécessaire, et vous demanderez impé- » rativement et avec beaucoup de fierté, qu'on » relâche tous les Français qu'on a arrêtés; y> vous prostesterez qu'autrement cela serait y> regardé comme ime déclaration de guerre; » vous ajouterez que j'ai écrit plusieurs fois » au Grand-Vizir sans avoir eu de réponse, et y> qu'enfin la Porte peut choisir et voir en moi ^ ou lui ami capable de la faille triompher de » tous ses ennemis , ou une ennemi aussi re- » doutable que tous ses ennemis.

» Enfin le but de votre mission est d'arriver à

id Gansiantinople y â!j demeurer et de voir nos » ministres sept ou huit jours, et de retourner )» ayec des notions exactes sur la position ac- » tuelle de la politique et de la guerre de Fem- » pire Ottoman.

» Si la Porte ne nous a point déclaré la guerre, y> vous paraîtrez à Gonstantînople comme pour y> demander qu'on relâche le consul français » et qu'on laisse le conmierce libre entre l'É- ^ gypte et le reste de l'empire Ottoman.

» Si la Porte nous avait déclaré la guerre, et » avait fait arrêter nos ministres , vous lui di« » rez que je lui renvoie la caravelle , avec un y> riche présent , connne une preuve du désir » qu'a le gouvernement français de voir se )» renouveler la bonne intelligence entre les » deux États , et en même temps vous demany> derez notre ministre et les autres Français 9 qui sont à G)nstantmople. Vous lui ferez » plusieurs notes pour détruire tout ce que » l'Angleterre et la Russie pourrsdent avoir » imaginé contre nous , et vous reviendrez. »

A ces instructions étaient jointes deux let-< très, l'une pour le Grand-Vizir, et l'autre pour l'ambassadeur Talleyrand. Quelques retards survenus dans cette mission empêchèrent la

parayeUe ^'ftpp^rpîU^r d'Alexandrie avant la

Mais dans le même mmnait d'autres agens de Bonaparte accomplissaient sur d'autres points des missions corrélatives.

Celle de MaiUy, envoyé à liattakiéh et Alep y n'ayant qu'un but secondaire , demeura sans résultat caractérisé; mais le voyage de l'officier d'étatHnajor Galmet-Beauvoisins^ auprès du pach^ d'Acre , &t marqué par des cir-« ^constances plus ^gnificatives*

Djezzavy c'était le sumcnn adopté par ce potentat turc, 9V^t accueilli dans sa province Ibralmq-Bey et ses Mamlouks après l'affaire de S^lahiéb*

Dès les jj^emiers jours^ de son entrée au Kaire, Bopapairt0 voulut , pour compléter Pisolemept de$ Mamlouks, rattacher à son alliaQce le gouverneur de Saint-Jean-d'Acre. Il lui écrivit donc y par Gahnet-fieauvoisins , une lettre pacifique où il cherchait à lui faire envisager l'pqçupatiQn de l'Egypte comme utile à soi; pfiph^ik.

<(: Je i|(^ suis point vea\x faire la guerre aux y^ M^s^lman3, disait-il, mais je l'ai feite aux 1) 3çys , qui étaient tes ennemis* J'ai rassuré le

1» peuple 9 protégé les muphâs J^ t'envoM

» cette lettw par u& offiôér qui te fera dmï> miitre de vive Toix mes intentîoDS de viyre )i> en bonne intelligence a^ec toi, en nous ren* » dant réciproquement tous les services q«e D pourront exiger le coAunerce et le bien de » tes États. »

Muni de cette lettre , le chef de bataillon BeauToisins s'embarqua à Damiette, et entra peu de jours après dans le port de Saint-Jean^ d'Acre» Mais quelles que fiiss^it ses instances auprès de Djezzar, il ne put obtenir de lui ni audience ni réponse : on le menaça de le ié^ capiter s'il mettait pied à terre , et sur l'ordre exprès du Pacha , il &llut que le navire sur lequel il se trouvait remit à la voile le jour même de son arrivée* Aux détails de cette réception, Bonaparte ne put contenir sa colère : rejetant toute la &ute sur l'officier cJiargé de la mis-sion , il saisit le premier prétexte qui s'offiit pour destituer Beauvoisins et le renvoyer en France*

Depuis ce jour , Bonaparte couva sa rancune contre le pacha de Saint-Jean^d'Acre^ Plus d'une fois il combina une expédition contre la Syrie ; mais soixante lieues de désert à

parcourir, un tanritoire firaichement conquis k maintenir dans l'obéissance , le manque d'argent, l'absence de flotte, tout se réunissait pour lui faire ajourner ce projet hasardeux. Effrayé àè tant d'obstacles, il essaya une seconde fois râoore les roies de négociation.

ce Je ne veux pas te faire la guerre , écrivait- » il à Djezzar , si tu n'es pas mon eimemi ; mais » il est temps que tu t'expliques. Si tu conti- » nues à donner refuge et à garder sur les y> firontières de l'Egypte Ibrahim-Bey , je Te- » garderai cela comme une hostilité, et j'irai à » Acre. Si tu veux vivre en paix avec moi , tu y> éloigneras Ibrahim-Bey à quarante lieues des y> frontières d'Egypte et tu laisseras libre le y> commerce entre Damiette et la Syrie : alors » je te promets de respecter tes États et de » laisser la liberté entière au' commerce entre » l'Egypte et la Syrie , soit par terre, soit par iD mer. » -

Cette dépêche était vive, pressante; elle ne pouvait pas, comme la première, être répondue par le silence. Djezzar le sentit ; il donna une' satisfaction à sa manière ; le porteur du message fiit décapité.

On devait s'y attendre; car depuis les pre-

mières démarches dé Bonaparte, lés évëiiemens avaient pris une tournure décisire. Oroonrenue par des ^ens anglais , la Porte ne s'était point prêtée aux fictions pacifiques qu'on voulait accréditer auprès de son Divan. Les ambassadeurs russe et britannique avaient fait aisément prévaloir dans son sein une plus hostile appréciation des choses. Il est même douteux, quoi qu'on en ait dit, que la présence de l'ambassadeur Talleyrand eût pu changer la détermination de SéÛm III. .Quoi qu'il en soit, les remontrances du chargé d'affaires Ruffin n'y réussirent pas. Cet agent fi:*ançais fiit envoyé au ch&teau des Sept-Tours avec toute sa légation. La guerre était déclarée de fait entre la Porte et la République française.

Ainsi la mission de Beauchamp devait rester sans but possible. Il ne lui fiit pas même donné de faire la moindre tentative , car devenu prisonnier des Anglais, il se vit livré par eux à la Porte qui l'envoya aux Sept-Tours tenir compagnie au chargé d'affaires fi:*ançais.

Sans que Bonaparte en eût reçu la déclaration officielle, la guerre était donc déclarée. Pour la soutenir avec plus d'avantage, Sélim sentit qu'il fallait rallier à lui tous les Musul-

mm^ 9 ^^ couTrir d'iw oubli complet toute/s U9 Xfipcuiies passées. Ce fut dans ce but qu'il fit des ayances à Djezzar , sauf à réglm* plus tard l'améré de leurs vieilles qpierelles. Les bejs Mourad et Ibrahim fiirent aussi compris dans cette réconciliation générale en face de l'ennenù commun: Le firman que l'empereur adressa, dans cette occasion, à Ibrahim-Bey, est un monument d'histoire trop caractéristique pour étr^ omis ici :

TRÈS-HONORi' ET TRÈS-DISTINGUt BET ,

(c Par la relation d'un des cheyks du Kaire ^ )» nommé és*Seyd^Bar, qui a pris la fuite » après la sédition arrivée au Kaire, relatidn » que vous avez adressée au très-honoré vizir )> Ibrahim-Pacha, gouverneur de Damas et » gàiéral des troupes contre l'Egypte, et que » çelui-d a fiait parvenir à la Sublime-Porte , y> nous avons été informés qu'un Mogrebin y> ayant été la première cause de la révolte , » les habitans de quatre ou cinq quartiers.du » Kaire s'étai^t réunie, et qu'il y avait eu un » combat qui a duré quatre ou cinq heures; y> que dans ce combat, un g^éral nommé

» Dupuy 9 dioisi par le chef de l'funnée fran- )i) çaise, Bonaparte, pour commander la Tille, » avait péri avec environ mille Infidèles ; que » dans ce combat , deux ou trois cents Mu<- » sufanans avaient obtenu l'honneur de mou- » rir pour la foi; que le susdit général en chef, y> étant survepu , avait pris des moyens de y> cpndliaticm, dans l'embarras où il était de '» pouvoir venir à bout de la populace ameu-> >> tée; que la crainte qui s'était emparée du » cœur de ces Infidèles , leur avait fait con- » cevoir le projet de se dé&ire de tous les là oheyks et de tous les gens marquans, et D qu'ils commençaient à le mettre à exécution » en employant la plus aflteuse tyrannie.

D La Sublime -Porte est également infor- » mée , dans le plus grand détail , de la con- » duite pleine de zèle que vous et Mourad » avez tenue à l'arrivée des Français à Alexan- 1» drie et à leur irruption en Egypte. Elle voit » avec satisfaction que , sans faiblesse et sans » découragement) vous continuez, tant vous )» que le Bey ci*-dessus dénommé, a feire tous » vos efibrts pour chasser de l'Egypte ces In- » fidèles, dignes de la malédiction du ciel; » et elle est persuadée que, pour la délivrance

» de l'Egypte, ce qui est le voeu du plus » grand des monarques, vous et Mourad tous D emploierez fidèlement tous vos moyens et y> toutes les (acuités qui sont en votre pouvoir. » JSous avons été aussi instruits avant la )) révolte du Kaire, par la relation qui vous » est parvenue de Mourad et que vous nous » avez transmise, que d^ns le combat qu'il )) livra aux Français auprès d'él-Lâoun (ba- » taille de Sédyman), la victoire s'étant dé- » clarée de son. coté, il avait &it périr par le » sabre de ses braves CRviron deux ou trois y> cents de ces Infidèles, voués aux flammes » de l'enfer ; c'est ce que le susdit bey nous )) a confirmé dans une supplique qu'il nous a » fait parvenir par l'entremise du consul d' An~ y> gleterré, et dans laquelle il engage laSu- » blime-Porte à expédier elle-même une ar- » mée contre ces mécréans ; mais , par la de- • mande qu'il a faite , il paraît que ce bey n'a- » vait encore reçu aucun des firmans et aucune 1» des lettres qui lui annonçaient les dispositions » et les préparati& que la Sublime-Porte faiy> sait pour exterminer ces Infidèles et arracher » l'Egypte de leurs mains impies, en même » temps qu'elle lui recommandait de s'armer

» de courage «t de zèle , en attendant l'arrÎYée y> des secours contre les Français.

» Maintenant je lui écris dans ce sens, et ma » lettre lui parviendra par l'entremise du susdit )> consul. De votre côté , ayez soin de le tenir » bien informé de tout ce que l'on se propose de )) &ire« Quant à vous , ne laissez point abattre )) votre zèle , et attendez avec constance et » fermeté le résultat des soins que prend la » Sublime-Porte.

)) Il me reste à vous entretenir de l'ex-pacba » du Kaire , le très-honoré vizir él-Hadjy- » abou-Beker ; il ne doit pas regarder sa » déposition comme une disgrâce. En effet sa ]f) maison a été divisée par l'événement du )> Kaire , et jusqu'à présent il lui est inipossible »• de la refaire et de ramasser des troupes. Cey> pendant les drconstances dans lesquelles:. se » trouve l'Egypte, exigent quece gouvevlie- » ment soit donné à un vizir qui aitun grand » état de maison et de troupes ; ce qui a déteiv » miné la Siiblime^Porte à donner l'Egypte au » ci -devant gouverneur.de Damas, le très- » honoré él-Hadjy-Ab4allah-Pacha..Il est D donc nécessaire que vous vous disposiez k » marcher avec ce général, et que vous et

9 Moutatd'^Bey, en vote réunisMoit à loi de » cœur et d'esprit, tous oombiniez enseiUble » les meilleurs moyens d'écraser ces Infidèles. » Il lui a été recommandé en diverses occan sîons de bien s'entendre avec vdus.

» Dm cÀté de terre on ^ivoiieau susdk gâié- 9 rai de grandes ateiéesquise réuniront à cel- » les qu'il a déjky et par mer onké &it pass^* }» toutes les provisionsi de boucke qui peurai^ » être nécessaires à la subsistance de ses » troupes. •

i> Gontimtez dcme avM zdle tOs prépaie rati& : excitez l'ardeur des beys^ eH kachefe, » àei troupes et des Arabes ^ en leur disant » comprendre ccMid^ieti il est glorieux pour » eux de combattre pour la cailse de Dieu; )>' éntreteneK lAie correspondance suivie soit }fi^ avée le scisdît général , soît avec Mourad- » Bey ;; et à l'arrivée du Padia géciéraUssime , i> réuDBSsezF^vous à Im avec cette droitere, ^ cettéfiTanchise^ ee sèle qui vous caraxstéri- Uf sent : p&ttez ensemble pour lé Kaire avec le » terpd de troâpeë qui vous reste , el atec cely^ leé que voii& avez pâ encâre^tedteiJUir / ainsi » cpt^aved toua les beysy ImclM&y et les cke^ks ^i* arabes.'

y> C'est principalement pour vous dire que / yf la Sublime-Porte attend de Yon^rdel nouYeUes >> preures de courage et de- dévouement, que » je vous ai èiit et expédié cette lettre. S^it D plaît à Dieu , à sa réception vous tous dis- 1» poserez à faire tout ce qin est ici recom* ^ mandé. y>

Yoilà par quels moyens la politique ottomane cherchait à réunir dans une Hgue commiine tous les amenas de l'invasion française. Dans Fensemble des mesures il était fiidle de reconnaâtre le doigl de l'Angleterre r sans c€ftte=ac(îte alliée, jamais la Votté^ vaen^e dans tous ses plans, n'eût réuni en aussi peu àt mois tant dté^ lémens d'attaq«te. Les taiss€^ux britaftiliqaes croisaient alors la Méditerranée soit! priui^ &c^ cëterer l'arrivée dès firmans, soit pôtir jtetef des troupeâ sur les plages de Syrie. D/ei^af , pacha de Saisît- Jean -^ d'Acre, était entouré d'i^ens anglais qui exploitaienft son oi'gfueil, sa méfiance natmrelte et sa haine native c(mÊte les possesseuirs de^ FEgypte. L'influeuce de ce goti-^ veraeur turc avaiil fisât entrer ^anfi^ l'altiawce générale le& padhas d'Ale^ e« de Damas, ef toute la Syrie se voyait alors couverte ëë cfàiilps

Les chofies en étaieat là, quand Bonaparte apprit à Suea l'occupation d'El-Arych. A dé- &ut à^, renseignemensplus exacts, cet acte seul lui fit deviner et la déclaration de guerre de la Porte, et les menées sourdes des Angl^ùs, et le vaste complot organisé contre lui. Il n'y avait pas un instant à perdre. El- Arych était ^itué à cinq journées de Kattiéh, dernier posté militaire des Français en Egypte. Il fallait se préparer à une agression ou la prévenir en attaquant soi-rméme. Sai^s: doute une «campagne en Sjrrie avait ses périls et ses inconvéniens. Pour l'entreprendra , Bonaparte se Voyait obligé de diviser, 60 deuJL une armé^ déjà réduite, de laisser la gueire en Afrique, pendant qu'il Fallait chercher en,. Asie, de soumettre et d'occuper avec trente mille hoimmes, quatre pachalÛLS; syriens et tpute la contrée égyptienne ; nvii^ d'un. autre côté, en attendant là guerre sur les bo^ds du Nil, on se privait de l'avantage qi^edonûe l'initiative; on laissait l'isthme de SuQz Ouvert aux hordes musulmanes; oii donnait up ahment nouveau aux soulèvemens ii:^téri^|^*$ pendus plu$ forts par des attaques liniitjrophes. . . ' .

Ces divers motifs se combattirent dans la

tète de Bonaparte; mais peu habitué à temporiser, il se décida bientôt pom* les moyens énergiques. Une invasion en Syrie fiit résolue. Elle devait tout à la fois venger l'honneur français des insultes de Djezzar , anéantir les débris des Mamlouks , mettre en défaut la politique anglaise, et rendre aux Musulmans PÉgypte inabordable par la voie de terre. Le plan du Général en chef était de démanteler Jafla , Saint- Jean-d'Acre, El-Arych et toutes les forteresses syriennes , de détruire les arsenaux, et les magasins qui se trouvaient dans ce rayon, enfin de ravager les campagnes, afin que, perdue dans un désert de soixante lieues , une armée d'invasion ne pût pénétrer en Egypte que par une voie de misère et de mort.

Yoici d'ailleurs ce que Bonaparte écrivait lui-*méme au Directoire , à propos de son expédition syrienne :

(c J'ai dans l'opération que j'entreprends y> trois buts :

» 1°. Assurer la conquête de l'Egypte, en » construisant une place forte au-delà du Dé~ » sert, et dès-lors éloigner tellement les armées ^ de quelque nation que ce soit , qu'elles ne

EXPÉDITION. — T. II. f]

y) puissent rien combiner arec une armée eu- )) ropéenne qui viendrait sur nos côles ;

» a". Obliger la Porte à s'expliquer, et, par- )) là, appuyer la négociation que vous avez sans » doute entamée, et l'envoi que je fais à Cons- » tantinople du citoyen fieauchamp sur une » caravelle turque ,

» 3"*. Enfin ôter à la croisière anglaise les » subsistances qu'elle tire de Syrie , en em- )) ployant les deux mois d'hiver qui me restent » à rendre, par la guerre ou par la diplomatie^ )) toute cette côte amie. »

Dans ses confidences au Directoii^e, Bonaparte ne disait jamais toute sa pensée. Des paroles recueillies par ses intimes, des causions de bivouac donneraient lieu de soupçonner qu'à co|é de son plan avoué, le jeune conquérant nourrissait des projets d'une plus longue haleine. Ce fut au commencement du siège de Saint-Jean-d'Acre que le Général en chef, se promenant d'un air pensif dans sa tente , où étaient alors seulement Junot, CafFarelli et Bourrienne, laissa involontairement échapper ces paroles énigmatiques : ce Encore trois ajournées d'ici à Paris, Damas, G)nstanti-

» nople et Vienne !... » Ces mots furent suiyis d'un long silence que personne n'osa inter-. rompre par des questions mdiscrètes; mais quelques jours après, au milieu d'obstacles sans cesse renaissans , Bonaparte fut entraîné à développer sa pensée intime dans un épanchement familier, ce Si je réussis, disait-il, je y> trouverai dans la ville d'Acre les trésors du )) Pacha et des armes pour cent mille hommes. » Je soulève alors et j'arme la Syrie , déjà iny> dignée de la férocité de Djezzar. Je marche » sur Damas et Alep. En avançant dans le » pays , je grossis mon armée de tous les me- » contens; j'annonce aux peuples l'abolition de y> la servitude et des gouvememenstyranniques » des Pachas. J'arrive à Gonstantinople avec » des masses armées. Je renverse l'Empire » turc. Je fonde dans l'Orient un nouvel et )) grand Empire qui fixera ma place dans la » postérité, et peut-être retournerai-je à Paris » par Andrinople et par Yienne , après avoir » anéanti la maison d'Autriche. »

D'autres fois, désespérantde pouvoir sefrayer une route vers la France au travers du conti* neht européen, il reportait vers l'Inde ses idées de conquête. De Suez même, il écrivit à

Tjpou-Saheb, sultan de M jsore , pour se màiager un allié intermédiaire.

a Tous aurez déjà été instruit, disait-il , de )» mon arrivée sur les bords de la Mer-Rouge D avec une armée innombrable et invincible , » remplie du désir de vous délivrer du joug de » fer de l'Angleterre.

» Je m'empresse de vous faire connaître le y> désir que j'ai qae vous me donniez, par la y> voie de Mascate ou deMokha, des nouvelles » de la situation politique dans laquelle vous » vous trouvez. Je désirerais même que vous y> pussiez envoyer à Suez ou au Eaire quelque » homme adroit qui eût votre confiance , avec » lequel je pusse conférer. »

Ces premières lettres fiurent suivies d'autres missives qui furent interceptéespar les Anglais, et qui les engagèrent sans doute à précipiter la chute du malheureux Sultan.

En même temps, Bcxiaparte envoyait des agens en Perse pour savoir si le Chah consentirait, moyennant un paiement fait d'avance, a laisser établir dans les Ueux qu'il désignerait des magasins d'objets militaires, d'habillement et d'équipement. Dans ces plans conçus sur une va^e échelle , les distances à parcourir, le

nombre des ennemis ne l'efirayaientpas; mais la faim au milieu des déserts, la misère, les privations lui semblaient des obstacles plus graves. Quelle que fût sa soif de gloire, il^n'eût pas voulu, nouveau Gambjse, voir engloutir quinze mille compagnons d'armes au milieu des sables arabiques.

Quoi qu'il en soit de ces divers projets, vrais ou ibux, sérieux ou vagues, ils étaient tous subordonnés au résultat futur de l'expédition sy-* rienne. Déjà tous les préparatife de cette expédition étaient arrêtés dans la tête du Grénéral en chef. En passant à Salahiéli , il avait donné l'ordre au général Reynier qui s'y trouvait de. se mettre en mouvement pour former avec sa division l'avant-garde de l'armée. A peine arrivé au Kaire , il compléta ces dispositions par un ordre du jour désignant le reste des corps qui devaient prendre part à cette campagne.

C'étaient quatre petites divisions d'infanterie et un détachement de neuf cents chevaux sous les ordres des généraux Reynier, Kléber, Bon, Lannes et Murât; le tout réparti de la manière suivante :

Les neuvième et quatre-vingt-cinquième demi-brigades de ligne composaient la divisioa

du général ReyDÎer , ayant sous ses ordres le général de brigade Lagrange.

Le général Kléber , dont les généraux de brigade étaient Yerdier et Junot, avait, sous son commandement les de:ux premiers bataillons de la vingt-deuxième légère , des vingtcinquième et soixante-quinzième de ligne.

La division du général Lannes comprenait les deux premiers bataillons de la deuxième légère, des treizième et soixante-neuvième de ligne. Ses généraux de biîgade étaient Vaux et Robin.

Le général fion avait sous ses ordres une partie de la quatrième demi-brigade légère, des dix-huitième et Irente-deuxième de ligne, et les généraux de brigade Vial et Rampon.

Enfin, le général Murât commandait les détachemens des divers régimens de cavalerie de l'armée d'Egypte ^ au nombre de neuf cents chevaux.

Les généraux Dommartin et CafFarelli prirent eux-mêmes la direction de l'artillerie et du génie du corps d'armée de Syrie.

Le parc d'artillerie était formé de quatre pièces de 1 2 , trois de 8 , cinq obusiers et trois petits mortiers de cinq pouces. Chaque division

d^infanterie avait en outre deux pièces de 8 , deux* obusiers de 6 pouces, et deux pièces de 3 ; le corps des guides à cheval et à pied du Général en chef, quatre pièces de 8 et deux obusiers de 6 pouces ; la cavalerie du général Murât, quatre pièces de 4*

Toutes ces forces réunies formaient un total d'environ treize mille hommes, dont le chifirv se subdivisait comme il suit :

Division Reynier 2,160 h.

Division Kléber. . ^9^49

Divifflon Lannes 2,994

Division Bon 2)449

Cavalerie de Murât 900

Artillerie i,385

Génie 34o

Corps de gnides 4^^

Dromadaires 88

Total i3,o65 h.

L'ordonnateur en chef d'Aure et le payeur général Estève devaient suivre l'expédition.

Une division de l'imprimerie nationale était attachée à l'état-major général pour l'impres^ sion des ordres du jour.

Le reste de l'armée , c'est-à-dire la demisoixante-unième brigade en entier et les troi*

Mêmes bataillons de celles que nous Tenons de nommer, la légion nautique , les dépôts des régimens de cayalerie , la l^on maltaise, fiit ou resta réparti dans les villes du Kaire , d'Alexandrie, de Rosette, de Damiette et autres, soit pour composer les garnisons ^ soit pour former des colonnes mobiles contre les Arabes remuans de la Basse- Egypte. Desaix demeura dans le Saïd avec sa division intacte.

Par suite de ces nouvelles dispositions, ilfallut faire plusieurs changemens dans les gouvernemens militaires de la contrée. La province du Kaire et toute la Basse-Egypte furent confiées au général Dugua , le commandement de la capitale au général Destaing; Menou, quoique désigné pour l'expédition , continua de fait à régir la province de Rosette et une partie des côtes de la Méditerranée ; les généraux Belliard, Lanusse, Fugières, Zayonchek, Leclerc, et les adjttdans-généraux Almeyras et Boyer commandèrent dans les autres provinces égyptiennes.

De tous ces postes , l'un des plus importans daa& les ôrconstances actuelles , était celui d'Alexandrie qui se trouvait en butte aux croisières aiûglaises , et menacée d\in prochain bombardement. Il fallait donc y placer un oi-

ficier qui réunit à la fois les connaissances de l'artillerie et du génie à celles exigées pour les autres armes. Bonaparte jeta les yeux sur Marmont. Déjà ce général avait remplacé Kléber et Manscourt dans le commandement de ce port méditerranéen , et sa capacité ne s'était pas montrée au-dessous de ce poste difficile. Pour ajouter à ses embarras , quelques symptômes de peste venaient de se manifester dans la ville , et des soins sanitaires compliquaient encore cette immense responsabilité militaire et administrative.

L'adjudant-général Almeyras , qui devait rester à Damiette en qualité de commandant y avait aussi une tâche laborieuse à remplir. Non-seulement il était chargé de presser les fortifications, de veiller à la sûreté des routes , mais encore , par mission spéciale de Bonaparte , c'était lui qui devait embarquer les vivres et les munitions pour l'armée de Syrie en profitant de la narigation du lac Menzaléh et du port de Tinéh , pour les transporter de-là dans les magasins de Kattiéh , à cinq heures de marche.

L'échelonnement des troupes , au milieu de pays dépourvus de tout, n'était pas la plus

.«grave préoccupation du Général en chef. Dans sa campagne ayentureuse, des places forles •devaient barrer sa route ; Jafia et Saint- Jean- ^^Acre ne paraissaient pas disposées à capituler ^ur le premier mot d'un parlementaire. Pour les réduire il fallait im parc de siège, et le transport de pièces de gros calibre , au travers du Désert, était chose impraticable. A défaut de la voie de terre , s'offrait la voie de mer avec d^autres chances non moins hasardeuses. L'œil perçant des croiseurs anglais veillait sur les ports égyptiens; il s'agissait de les tromper ou •de les vaincre , sous peine d'être capturé. Le contre-amiral Perrée fiit chargé de cette épreuve hardie. Il choisit dans l'arsenal d'Alexandrie des pièces de siège , et les fit embarquer sur les frégates la Junon^ la Courageuse et VAlceste qu'il rallia sous son commandement. Avec cette escadrille il devait venir croiser devant Jaffa et se mettre en communication avec l'armée de terre à jour désigné. Ces apprêts maritimes n'étaient qu'un incident au milieu du vaste appareil qui se déployait sur la route du Kaire à Salahièh. Une armée traversant un désert de soixante lieues ne pouvait pas être laissée à la merci de res-

sources éventuelles. Eau, vivres, munitions, tout devait marcher à sa suite. Aussi &llut-il , au moyen de dures réquisitions , accaparer un grand nombre de chameaux et de mulets. Cette immense caravane se réunit d'abord au Kaire d'où elle s'achemina vers Kattiéh, lieu désigné pour le rendez-vous général. C'était là que la division Reynier, partie de Belbéys, que la division Kléber , faisant route par le lac Menzaléh , devaient être rendues le 16 pluviôse an VII (4 février 1799). Ces deux divisions, qui formaient l'avant-garde , étaient suivies par les autres échelonnées à un jour de distance.

Mais avant d'ouvrir le rédt de cette campagne si riche de faits , il nous semble utile de devancer nos soldats dans la contrée qu'ils vont parcourir, et d'éclairer ce terrain nouveau par quelques aperçus géographiques.

Au-delà de l'isthme de Suez , à partir du point sablonneux qui cesse d'être Afrique pour devenir Asie , s'étend une vaste province turque que nous avons appelée Syrie , par dérivation grecque. Mais ce nom n'est pas celui qui est usité par les Arabes ; ils le remplacent par celui de Barr-el-Chdm (Pays de la gauche), et par là désignent tout l'espace compris entre

deux lignes tirées , l'une d' Alexandrette à Bir sur l'Euphrate, l'autre de Gaza ou K£an-Younés jusqu'au désert Arabique , ayant pour limites à l'est ce même désert, à l'ouest la Méditerranée. Cette dénomination Pajrs de la gauche semblerait indiquer une contrée centrale dont la Syrie avait été la gauche, l'Témea la droite , car Yemen signifie Pays de la droite. La Syrie peut avoir 5,525o lieues carrées à raison de l5o de longueur sur 35 de large; sa population est de deux millions trois cent cinq mille âmes; d'où l'on tire le terme moyen de quatre cent soixante-seize habitans par lieue carrée. Cette population s'élève à un chifire moindre que la moitié de celle qui était connue des anciens. On peut l'évaluer et la répartir de la manière suivante :

Pachalik d'Alep 32o,ooo

— — ' de Tripoli, non compris le

Kesrouân 200,000

— — d'Acre • • • 3oo,ooo

Pays des Druses 120,000

LeKesronân ii5,ooo

Pachalik de Damas i ,200,000

Palestine 5o,ooo

Total 2,3o5,ooo

De quelque côté qu'on aborde en Syrie , soit par la côte, soit par le Désert, le premier point sur lequel la vue s'arrête à l'horizon est une longue chaîne de montagnes qui court nord et sud. Cette chaîne, serrant d'abord la mer entre Alexandrette et l'Oronte , cède passage à cette rivière, puis reprenant sa direction au midi , elle détache dans ce trajet une foule de collines qui vont mourir , les imes dans le Désert , les autres sur les bords de la Méditentnée. Cependant la ligne principale, se prolongeant par des sommets continus , parvient aux sources du Jourdain où elle se divise en deux branches pour enfermer, comme en un bassin , ce fleuve et trois lacs. Les pics les plus élevés de toute cette chaîne , sont le Liban , l' Anti- Liban et le Mont-Aqqar. La hauteur du premier peut s'estimer à seize cents toises. Sa tète, couronnée de neiges jusque vers la fin d'avril , se distingue de la pleine mer dans un horizon de vingt lieues.

De ce point culminant, la vue embrasse un panorama que nul pinceau ne saurait reproduire , nulle langue décrire. C'est d'un côté ime nappe de sables qui confine au golfe Persique , de l'autre une nappe d'eau qui va

battre sur la plage européenne. Trois parties du monde, yiâbles par la pensée, semblent aboutir à ce baut belyédère. Mais quand on plonge autour de soi , quand on abaisse le regard sur le revers de ce pic abrupte , on s'étonne de voir si petits les objets que l'on a connus si grands. Les villages , les villes blancbissent à l'œil comme des blocs de rocher; les coteaux , les cbaqips d'oliviers, changés en points imperceptibles, nuancent la vallée de leurs couleurs diverses; les bois de cèdres, à majestueux dans l'Ecriture sainte , rampent sous les pieds comme de chétives bruyères.

Grâce à la disposition de son terrain , la Syrie est appelée à jouir de toutes les végétations et de toutes les températures. Les pacbaliks littoraux étant placés sur le versant de la chidne montueuse que nous avons décrite, il s'ensuit que dans une distance de quatre à cinq lieues , l'atmosphère varie suivant les hauteurs du sol, c'est-à-dire depuis le niveau même de la mer jusqu'à douze cents toises d'élévation.

Ainsi trois longues bandes de terrain semblent couper la Syrie dans son gisement du nord au midi.

La première , qui comprend tout le littoral

de la Méditerranée , est une vallée chaude et humide. La canne à sucre , le coton , le tabac , l'olivier , les orangers , et tous les produits des^ latitudes tropicales j croissent à souhait. Mais, prodigieuse dans sa fécondité , cette région est d'une salubrité douteuse. Les marécages , nés du mauvais aménagement des eaux , y jettent dans l'air des fièvres endémiques; la rosée des nuits et la chaleur étouffante des jours y causent des variations trop brusques dans l'état atmosphérique pour que l'économie animale n'en soit pas affectée.

La seconde région, montueuse et plus froide^ se compose des plateaux cultivables qui s'étendent à la base même des pics granitiques. Là se cultivent, comme au sein des climats tempérés, le mûrier, le froment, le se'gle, les vignes, le sésame (semsemyyet tous les produits de ce sol no le cèdent à aucuns de ceux que nous connaissons.

La troisième région forme le revers des mon* tagnes à l'E. Brûlée par les vents du Désert , elle est plus salubre que le versant occidental ,. mais en même temps moins fertile.

Si maintenant, sans s'astreindre à des classifications toujours imparfaites, nous deman-

dons compte à chaque localité des rich^»ses de son territoire, la nomenclature varie alors à l'infini. Ayec ses gradations d'atmosphère et de climats, la Syrie peut féconder les produits de toutes les latitudes. Le maïs prospère dans le sol léger de Balbek; le riz est cultivé sur les bords du marécage de Haoulé; la Palestine abonde en c^rra pareil à celui de l'Égjrpte ; l'indigo croit sans art sur les bords du Jourdain au pays du Bisnàs ; les coteaux de Lattaquiéh fournissent le tabac le plus estimé de tous ceux du Levant ; à Antiocke , à Ramlâi , l'olivier croit à la hauteur des hêtres ; à Tripoli la vigne élevée en échalas donne des vins rouges et blancs qui sont estimés en Europe ; JàiSk cultive des limons et des poncires énormes; Ghazzah a des dattes et des grenades qui ne le cèdent pas à celles du littoral barbaresque ; Beyrout a des figues comme la Provence et des bananes comjne les Antilles; Alep se vante de ses pistaches supérieures à toutes celles connues , et Damas pourrait réunir dans ses jardins tous les fi:'uits de nos provinces. La pomme de Normandie , la prune de Touraine, la pèche de Paris, s'accommodent également de son sol pierreux;

l'ahrioot y compte plus de vingt variétés.

Biche de tant d'avantages tërritoiiaax , la Syrie passa en tout temps pour une contrée délicieuse. Les Grecs et les Romains, qui nom-* maient PÉgypte leur grenier , avaient appelé la Sjrrie leur jardin. Les Tm'cs eux-mêmes, ses maîtres actuels , la regardent comme une de leurs plus fertiles provinces. Yplney nous raconte qu'un pacha interrogé sur ses préférences, répondit : V Egypte j sans doute ^ est une excellente métairie , mais la Sjrrie est une charmante maison de campagne.

Quoique coupées par une multitude de ruis^ seaux ou torrens qui se précipitent de la chaîne Libanique , les provinces syriennes comptent peu de rivières que l'on puisse citer : les noms antiques dont elles se parent encore, relèvent celles qui y coulent et leur donnent à nos yeux une importance qu'elles n'auraient point sans cela. Dç ce nombre sont l'Oronte, le Jourdain, l'Adonis (maintenant Nark-él-Kelb y le fleuve du Chien).

L'Oronte et le Jourdain prennent tous les deux leur source dans les chaînes du Liban ; . mais se dirigeant en sens opposé > l'une de ces deux rivières court au N. , et l'autre au S. , de

manière à former ensemble une ligne perpendiculaire qui baigne le versant oriental des montagnes syriennes. L'Oronte , après un cours de soixante-dix lieues environ , se jette dans la Méditerranée auprès d'Antioche. Le Jourdain , dont le cours est moins long d'un tiers, traverse le lac de Tabariéh (autrefois Tibériade ) , et va se jeter dans le lac Asphaltite ou mer Morte. Ce lac , dont les eaux sont plus acres que celles de la mer, parait être assis sur un fond de sel gemme. Le sol des environs est tellement mélangé de ce minéral , qu'aucune végétation ne peut résister à son activité corrosive. De là cet aspect de mort qui règne autour du lac , et qui , en le dotant de son nom , a pu accréditer une foule de traditions erronées sur ses funestes influences. Quoique le poisson ne puisse pas vivre dans ses eaux , il est faux que son air soit empesté au point d'asphyxier les oiseaux qui le traversent. Le sol et Tatmosphère du lac Asphaltite ne sont ni plus infertiles ni plus insalubres que ceux de nos marais salans.

On peut faire des peuplades de la Syrie trois classes principales qui se subdivisent ensuite en plusieurs autres.

1*. La postérité du peuple conquis par lès Arabes, c'est-à-dire les Grecs du Bas-Empirè, mêlés aux restes des colonies romaines , dès anciennes peuplades syriennes, phéniciennes, etc.

s"". La postérité des Arabes cônquérans, mêlés successivement aux Kourdes et aux Turkomans, lorsque ces peuples établirent leur domination en Syrie.

3*. Les Turcs ottomans.

De ces trois classes , les deux premières offrent des nuances diverses , surtout sous le rapport de la religion. Ainsi l'on doit diviser les chrétiens grecs de la première :

i"*. En Grecs propres , dits vulgairement schismatiques ou séparés de la communion de Rome ; a"* en Grecs latins réunis à cette communion ; 3** en Maronites ou Chrétiens de la secte du moine Maroiïn, ci-dévant indépendans des deux communions, aujourd'hui réunis à la dernière.

Il faut diviser les Arabes :

1^. En descendans propres des conquéraiis dont le sang s'est mélangé , mais qui forment encore la portion la plus considérable de la population; s"" en Motouàhs, distincts de ceux-^

ci par des opinions religieuses } y en Druses , paiement distincts pour une cause semblable; 4^ enfin en jtnsariés qui se sont aussi séparés de la religion commune des Arabes.

Si à ces peuples , qui sont les habitans agricoles et sédentaires de la Syrie ^ on ajoute en-^ eore trois autres peuples errans ou pasteurs , divisés en tribus indépendantes , savoir : les Turkomans , les Kourdes et les Arabes-Bédouins y on aura la nomenclature à peu près exacte des races répandues entre la mer et le Désert , depuis Ghazzah jusqu'à Alexandrette.

Quoique groupées sur le même territoire, ces diverses races dliabitans offrent entre elles des nuances bien distinctes.

Les Grecs proprement dits ou sdiismatiques forment la classe de laboureurs à la campagne, et de bas peuple dans les villes. Le pachalik de Damas est celui où ils se trouvent agglomérés en plus grand nombre. Ils y occupent des villages et des bourgs tout entiers.

Les Grecs latins , moins nombreux que les schismatiques , doivent à leur orthodoxie la protection des comptoirs^i'onse^^ (européens), auxquels ils servent de courtiers et d'interprètes. Leur siège habituel est dans les villes litto-

raies , où leur activité trouye le plus d'aliment. Les Maronites habitent le Kesrôuan , pays montagneux: situé à l'est de Tripoli et au pied même du Liban. Ils sont limitrophes des Dru-^ ses au midi, au nord des Ansariéa, et occupent toute la régicm comprise entre les fleuves Nahrv él-Keïb et Nahr-^l-Bareb. S'il faut en croire la tradition, cette peuplade tire son nom de Morrowtj moine célèbre au quatorzième âècle sur les bords de l'Oronte , et d(mtla viefiit un long jeûne. Sa sâikiteté lui ayant valu des disciples ^ il se fit dief d'une secte opposée aux schisma^ tiques grecs, et comme tel il fiit canonisé après sa mort. Plus tard, à la fin du septième siècle, un nommé Jecutj surnommé aussi. Mcavuny compléta l'œuvre du premier ; il réunit tous les latins ou partisans du pape dans une ligue con^ tre les Melkites ou roycdistès^ c'est-à-dire pai> tisans du sdiisme de l'empereur grec; avec eux il quitta la plaine pour fonder une coliMÛe républicaine dans la chaîne du Liban. Grâce à Jean Maroun , ce peuple eut bientôt une organisation militaire ; non*-seulement il àéS&a^ dit son territoire , mais encore il se rendit maître de toute la montagne jusqu'à Jérusalem. Depuis lors tantôt vaincu, tantôt vainqueur,

il fut ou indépendant ou tributaire. Tou-tefoîs dans cette contrée , où passèrent tour à tour les Romains , les Grecs du Bas-Empire , les Sarrasins, les Croisés, les Mamiouks et les Turcs , on vit les Maronites, essuyant des fortunes diverses , se perpétuer avec leur nationalité de caste , leurs habitudes , leurs mœurs et leur religion * . Aujourdlmi encore, libres sur un territoire montagneux, ils se rachètent du yassélage de la Porte .Ottomane par un tribut qu'ils paient au pacha de Tripoli. On évalue le nombre des Maronites à cent quinze mille hommes , sur lesquels trente-cinq mille sont en état de porter les armes.

Les Ansariés ou Nasayriens occupent la chaîne de montagnes qui s'étend depuis Antakiéh ( Antioche) jusqu'au ruisseau dit Nahr-el- Kébir ou la Grande-Rivière, l'ancien Eleutherus Fhmus. Assemani rend ainsi compte^ dans sa Bibliothèque orientale, de l'origine singulière de ce peuple :

c( L'an des Grecs 1202 (8gi de J.-C. ), il y » avait dans les environs de Koufah, au village

' Leur rite est celui de la Cour de Rome, à paît Tinterdiction du mariage des prêtres.

» de Nasar , un vieillard que ses jeûnes , ses y> prières assidues, et sa pauvreté fidsaient pas- » ser pour un saint : plusieurs gens du peuple » s'étant déclarés ses partisans , il choisit parmi » eux douze sujets pour répandre sa doctrine ; » mus le commandant du lieu, alarmé de ses » mouvemens , fit saisir le vieillard et le fit » mettre en prison. Dans ce revers , son état » toucha une fille esclave du geôlier qui , pro- » fitant de l'ivresse de son maître , lui enleva )> doucement ses clefs, ouvrit la porte au » vieillard, et remit ensuite le trousseau en sa » place. Le geôlier à son réveil ne trouva plus » le prisonnier; stupéfait et craignant d'être »puni, il s'empressa de dire qu'il avait été y> délivré par un ange. De son côté, le vieil- » lard en dit autant et le bruit s'en accrédita. » Libre , il continua ses prédications , et écri- )) vit un livre où on lisait : Moi , im tel^ du vil-- » Uige de Nasar, fai vu Christ qui est lapay> rôle de Dieu , qui est Ahmed , JUs de Moham- » med^fils de Hanafah^ de la race dAlfy qui y> est aussi Gabriel^ et il wla dit : Tu es celui » qui lit; tues P homme qui dit vrai f tu es le chory> meau qui préserve les fidèles de la colère; tu es y> la héte de chargée qui porte le fardeau; tu es

y> P esprit^ et Jean JUs de Zacharie. f^a^ et prêche y> aux honvmesqxjlih fassent qfMti'egéraiflexions 5) en priant^ saçoir: deux as^antle lever du soleily » et deux avant son coucher^ en tournant le i;i- » sage vers Jérusalem; et qu'ils disent tivis/bis: D Dieu tout-puissant ! Dieu très-haut ! Dieu » très-grand; et qu^ils n'observent plus que la y> deuxième et la. troisième fête } qu'ils ne jeû^ y> nent que deux jours par an; qu'ils ne se la-- » vent point le prépuce^ et qu^ils ne boivent J^ point de bière j mais du vin tant qu'ils » voudront / enfin qu'ils s'abstiennent de la » chair des bêtes carnassières. y> Ce vieillard y> étant passé en Syrie , répandit ses opinions y> chez les gens de la campagne et du peuple )) qui le crurent en foule ; et après quelques y> années il disparut sans qu'on ait su ce qu'il » devint. »

Quelle que soit la CToyance due à ce récit , on assure que de là vinrent les Ansariés ou Nasayriens qui, plus tard, se partagèrent en plusieurs sectes, les Kelbiés ou adorateurs du chien, les Chemsiés ou adorateurs du Soleil, enfinles Qadmousiés qui, s'il fiiut en croire Niéhbut* et Volney , comptent parmi les objets de leur calte les parties sexuelles de la femme.

Le pays des jinsariés est divisé en trois districts principaux cpie des moqaddam ou che6 tiennent à ferme moyennant une rederanoe qu'ils paient chaque année au pacha de Tripoli.

Les Druses ou Derouz sont limitrophes des Maronites; ils habitent depuis Nahr^-Kelh jusque près de Sour (Tyr) , entre la vallée de Beqaâ et la Méditerranée. Leur pays confine au sud le Kesrouan. Il est divisé en districts qui ont chacun leur caractère particulier. Tels sont £1-Matnéh , riche en métaux ; El-Gharb , couvert de beaux sapins ; El^aheb , fertile en mûriers; El-Ghouf , renommé pour ses soies; £1-Ghakif , productif en tabacs. Le sixième district, £l-Djourd , est situé dans la partie la plus fi*oide de la contréi^ ; c'est là que se retirent les troupeaux à l'époque des grandes chaleurs.

Le nom de ce peuple lui vient d'un chef de secte , MohununedrBen-Ismayl^ qui portait le sm^nom SélnDourzy. Cet homme parut au commencement du cinquième siècle de l'hégire (onzième de notre ère), k l'époque où le troisième des khahfes fisitimites qui r^^nèrent en Egypte, Hàkem be-amp-lUahs^ scandalisait les Musulmans par ses impiétés et ses extra-

Tagances. Pour plaire à ce souyèrain, Mohammed allait prêchant partout une religion relâchée. D'après lui, il était inutile de pratiquer le jeûne , la prière , la circoncision et le pèlerinage de la Mecque ; il soutenait que les prohibitions du porc et du vin étaient absurdes ; que le mariage des frères et des sœurs , des pères et des enfans, était licite. ^Grâce à cette religion facile , Mohammed se fit de nombreux prosélytes ; ses disciples se répandirent en Syrie et en Palestine où ils formèrent bientôt une peuplade. Persécutés , ils se retranchèrent, comme les Maronites, dans les montagnes du Liban. Amurat III , vers la fin du seizième siècle, parvint un instant à les rendre tributaires; réorganisés quelque temps après , ils secouèrent le joug de la Porte pour retomber plus tard sous le vasselage du pacha de Damas.

La religion actuelle des Druses est encore celle de leur chef de secte Mohammed él- Dourzy. Seulement on ne voit plus chez eux d'alliance entre lesenfans et les pères. A part la classe des Oqqdls (spirituels), le reste de la population n'a point de culte apparent. L'esprit des Druses est insouciant des choses

religieuses : cette tolérance est même derenue abusive en ce sens que , sur le plus mince intérêt , ils se font adeptes hypocrites de toutes les croyances. Devant les Turcs , ils ajBTectent les ablutions et la prière des mosquées; devant les Maronites , ils se mettent à genoux en se signant avec l'eau bénite. Il en est même qui, à peu d'intervalle, se sont fait baptiser et circoncire , et par un cumul de religions , se sont trouvés à la fois sectateurs de Ben- Ismayl , de Jésus-Christ et de Mahomet.

Belliqueux et hospitaliers , les Druses ont une organisation civile moins vicieuse que celle des autres provinces turques. La propriété se trouve libre chez eux de confiscations et d'avanies. L'impôt une fois payé, les paysans sont tranquilles dans leurs montagnes. Nous aurons plus tard, dans le cours de la campagne syrienne , l'occasion de revenir sur cette peuplade qui , de concert avec les Motouâlis, se déclara l'alliée des Français et resta fidèle a cette aUiance.

Les Druses et les Motouâfis se touchent de territoire. Ces derniers habitent la vallée profonde de Beqaâ , qui sépare la région montueuse occupée par les Druses de la chaîne de

collines qui va mourir à Damas. Cette tribu est la seule en Syrie qui obserre le culte d'Aly comme les Persans , pendant ques les Turcs suivent celui d'Omar ou de MocLouyah. Ce schisme les fait désigner sous le nom de Chiites (sectaires scbismatiques ) , par opposition à celui de Sounnites (orthodoxes) que porte le reste des Musulmans.

Les Motouàlis sont les guerriers les plus m^ trépides de toute la Syrie : presque toujours en guerre avec leurs voisins , les combats les ont décimés , au point que leur nombre se réduit aujourd'hui à cinq cents familles environ. Le Beqaà et la vallée de Balbek (l'ancienne He-- /lopo/ij) où ils séjournaient ayant été envahis, ils se sont réfugiés dans l'Anti-Liban et dans le Liban des Maronites.

A côté de ces peuples de cultivateurs, nous avons encore à classer les tribus errantes qui voyagent sur toute l'étendue de la Syrie.

En premier lieu , il faut citer les Arabes- Bédouins qui croisent dans le grand Désert et occupent toute la lisière du pays cultivable. Nous avons déjà , dans une revue des tribus libyques, fidumi des détails sur cette race d'hommes dont le type est le même en Asie et

en Afrique. Leurs mœurs, leurs habitudes de pillage ne diffèrent entre elles que par d'imper^ ceptibles nuances.

Les TurkomaHs et les Kourdes , pasteurs et vagabonds comme les Bédouins, ne se rappro-* chent d'eux que par ime vie analogue. Leur origine , .leur langue, leur religion sont difië^ rentes. Répandus au nombre de cent mille environ dans les pachaliks d'Alep et de Damas, ils habitent plus spécialement les montagnes qui s'étendent entre Alexandrette et l'Ëuphrate. Là, cachés au milieu des bois de chênes, d'ifs, de sapins ) ils épient le passage des caravanes franques qui se rendent à Alep, et se précipitent au pillage de celles qui ne sont pas défendues par une escorte. Les plaines d'Antioche sont le dbmaiDie des Turkomans , le Kourdistan est la station favorite des Komrdés. Ces deux peuplades se composent en grande partie de cava-* tiers agiles et de soldats infatigables. Presque toujours en révolte ouverte avec les pachas, ils fatiguent leurs Arnautes par une guerre à la &con des Parthes.

Du reste peu soucieux de rehgion , ils ne sont Musulmans que pour la forme et ne s'astreignent à aucune des pratiques commandées

par le Koran. On cite même ime secte de Kourdes qui croient particulièrement au Christ; on les appelle Yésides ou Adorateurs de Jésus.

Tels sont les peuples de la Syrie. Jetés irrégulièrement sur toute sa surface , ils sont ou stationnaires ou nomades, suivant les localités. Beaucoup d'entre eux échappent à la suzeraineté de la Porte , et deviennent insaisissables pour IHmpôt. Il est même étonnant qu'en l'absence d'une armée régulière, le Sultan ottoman puisse maintenir son autorité dans des provinces déjà fort éloignées du centre de l'empire. Ce résultat est dû sans doute à l'organisation et à la division des gouvememens.

Aucun de lios États européens ne peut nous donner une idée exacte de l'administration ottomane. Cbaque grande contrée est divisée en pachaliks que le Sultan loue à ferme à des pachas et vice-rois. Poiu^u que le prix de ce fermage soit exactement payé , on s'inquiète peu à Constantinople si le gouverneur accable ses sujets d'impôts. Le Pacha est maître absolu dans tous les pays de son ressort; mais , pour parer aux inconvéniens de cette dictature , la Porte a le soin d'en limiter la durée. Elle délègue à un pachalik pour trois mois , six mois^

un an au plus. Malgré cette précaution , des pachas ont su quelcpiefins, en si peu de temps, prendre assez de racine dans leur résidence pour brarer la Porte et s'y perpétuer malgré elle.

La force armée des pachas est une garde soldée qui va de cinq cents à mille cavaliers, et un corps de janissaires dont le nombre Tarie suivant la population. Autrefois ces janissaires étaient astreints à une discipline et à des exercices réglés , mais depuis un siècle environ l'état militaire est tombé dans une telle déca^ dence , que l'anâenne organisation est totalement perdue. Les janissaires n'ont plus rien du soldat ; ce sont des ouvriers, des paysans , prolétaires indociles, toujours disposés à la révolte. Souvent ils déposent le délégué de la Porte, pour exercer eux-mêmes une souveraineté temporaire.

C'est pour tenir en bride les insurrections de janissaires que les pachas ont formé une garde à leur solde, composée de cavaliers et de piétons qu'ils recrutent à l'étranger. Dans les rangs de cette milice figurent des Amautes ou Grecs, des Turkomans, des Kourdes et dés Barbaresques. Leurs armes sont le sabre court.

lefatagdn^ le khandjdry lepistolet, le fîi^let la lance. Ces ,troupes, chargées de parcourir ,

les campagnes pour y percevoir les impôts, 1

sont l'effiroi et la ruine des cultivateurs. Ils '

rançonnent et pillent ouvertement, les villages, d'accord en cela avec leurs che& qui s'entendent ensuite avec le Pacha.

Aussi, grâce à ce système spoliateur, les terres restent en firicbe 9 et le territoire oSke Paspect d'une vaste solitude. On dirait que, Ur gués pour contrarier la nature qui a fait cette contrée si féconde , les hommes se sont donné le mot pour la rendre improductive.

La Syrie se divise en cinq pa^aliks, savoir:

Le pachalik d'Alqp, -^ — de Tripoli,

d'Acre,

1— — de Dam^y

Et la Palestine qui , bien qu'elle ait eu jadis un pacha résidant à Jera Salem (Jérusalem), est j

mainteiumt un district indépendant. i

Sayd», l'ancienne Sidon, et la forteresse d'Adjcloun , près lé lac de Tabariéh , ont été aussi les si^es de pachaliks.

Le pachalik d'Alep comprend le terrain qui s'étoiddè l'Euphrate à la Méditerranée, entre

deux lignes tirées l'une d'AIexandrette à Biipar les montagnes, l'autre de la rivière de Belès, affluent de l'Ëuphrate, à la mer, par Marrah et le pont de Ghagr (l'ancien Seleucobebis)^ terriCoii^e formé de deux plaines , l'une à l'Ouest, celle d'Antioche, l'autre k l'Est, celle d'Alep, qui reçoit son nom de la capitale du pachalik , située entre l'Oronte et l'Euphrate , à cinq journées dans l'intérieur des terres. La population d'Alep est de cent mille âmes enviroa. Cette ville est plus propre et mieux bâtie qu'aucune des capitales turques. Elle est l'entrepôt de l'Arménie et de tout le Diarbekir. Elle reçoit des caravanes de Bagfadad, communique au golfe Persique et à l'Inde par Basrah , à l'Egypte et à la Mecque par Damas, à l'Europe par Alexandrette et Lattaqiéh.

Le pachalik de Tripoli comprend le pays qui s'étend le long de la Méditerranée , depuis Lattaqiéh jusqu'à Nahr^l-Kelb, en lui donnant pour limites à l'Est le cours de ce torrent et la chaîne des m5ntagnes qui dominent l'Oronte. Les villes principales sont Tripoli, capitale, et Lattaqiéh (l'ancienne Laodicée), comptoir des facteurs européens. L'une et l'au*tre sont ports de mer.

Le pacha]ik de Damas occupe pres€[ue toute ]a partie orientale de la Syrie . Il s'étend au Nord depuis Marrah sur la route d'Alep, jusqu'à Habroun dans le Sud-Est de la Palestine. La ligne de ses limites à l'Ouest côtoie les montagnes des Ansariéh , celles de l' Anti-Liban et le cours supérieur du Jourdain ^ puis traversant ce fleuve au pays de Bisan , elle enveloppe Nablous , Jérusalem , Habroun , et passe à l'Orient dans le Désert, où elle prend vers le canton de Tadmor (Pahnyre) un déveloj^ment de cinq journées.

La ville de Damas est située dans une vaste plaine ouverte au Nord et à l'Est. Elle est célèbre chez les Arabes par la verdure et la fi^aicheur de ses vergers, par la. variété de ses fruits et l'abondance de ses eaux vives. On y compte quarante mille habitans , dont quinze mille chrétiens, schismatiques en grandepartie. Le pachalik d'Acre , sur lequel nos troupes vont bientôt camper, embrasse tout le terrain compris depuis Nabr-él-Kelb jusqu'au Sud de Qayssariéh (Césarée), entre la Méditerranée à l'Ouest, l'Anti- Liban et le cours supérieur du Jourdain à l'Est.

La Palestine comprend tout ]e pays littoral

depuis Gésai*ée jusqu'à Khan-^Tounes. Ses limites à l'Est sont le Jourdain et le lac Asphaltite.

Comme la marche de nos soldats au milieu de ces deux dernières contrées nous forcera bientôt d'y faire une reconnaissance de tous les jours, au lieu de consigner id la froide statistique des yilles et des peuplades , nous attendrons que les événemens de la campagne syrienne nous offrent un cadre pour mettre leur géographie en action.

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