CHAPITRE IL
D^Mrt d'AadréoMy pour les lacs de Natroun. -^ BathoUet, Fcmk lier , Redouté , etc. , raccompagnent. -^ Teirânéb. — Arrifée au lacs. — Commerce du natroun. — yenrerie antique. — GouTens cophtes. ^- Yallèe du Fleuve sans ean. — Mcenrs des Arabea Geàvabys, HannldyB, ele.
A peine le général Andréossy était-il arii^ au Kjiire , que Bonaparte le chargea d'une nourelle nûssian. Il s'agissait d'aller Ters la libère du désert libyque reconnaître les lacs de Natroun, les couvens cophtes situés dans leur Toiainage, et l'importante vallée que les habitans du pays appelaient le Fleus^e sans eau ( Bahr-belâ-ma ). Cette région de l'Egypte , domaine de trU)us nomades, s'était dérobée jusqu'alors à toute exploration fructueuse. Les Voyageurs en avaient parlé d'tme manière tellement Tague, ils avaient hasardé à ce sujet tant d'hypothèses systématiques, qu'une véri-
fication faite sur les lieux pouvait seule rectifier cette longue filière de conjectures. A ce but scientifique se joignait encore un but commercial, car c'était de cette contrée que l'on tirait le natroun , substance alcaline , qui formait alors une des principales branches de l'exportation égyptienne.
Pour rendre cette tournée plus profitable , divers savans s'offirirent pour accompagner Andréossy. Le chimiste BerthoUet, Fourier, Redouté jeime, Duchanoy et Regnault, firent partie de la caravane , qui arriva à Terrânéh dans les premiers jours de pluviôse , protégée par ime escorte militaire. Le 4 ( ^3 janvier 1799) elle se mit en route à deux heures du matin , firanchit un long plateau sablonneux , en se dirigeant de l'est à l'ouest , gravit le Râsél-Baqarah {Tête de la floche) , et arriva enfin à un château ruiné ( Qasr) qui forme la tét« des lac$ de Natroun.
Ces lacs sont situés dans ime vallée qui se développe du nord-ouest au sud-est. L'espace qu'ils couvrent a sept lieues de long sur huit cents mètres de large. On compte six lacs , séparés l'un de l'autre par des langues de sables urides. Les deux premiers , vers le sud , por-^
tent le nom de Birket-êd-Dyoui*ah ( ou Lac des Cowens); les quatre suivons ont des noms q[ui ne présentent aucune signification particulière.
Une circonstance à remarquer, c^est que leurs eaux baissent et haussent à des époques fixes , correspondant à peu près à l'époque des crues du Nil^ On pourrait en conclure que leurs réserroirs sont alimentés par des infiltrations souterraines dérivées du fleuve.
Les eaux des lacs contiennent des sels qui difiB&rent de l'un à l'autre : c'est toujours du muriate de cbaux , de soude , du carbonate de soude et un peu de sulfate de soude ; mais le carbonate domine dans les uns et le muriate dans les autres.
A l'époque de l'excursion du général Andréossy et de nos savans, l'exploitation des lacs de Natroim était livrée en ferme aux habitans de Terrànéh , et les caravanes chargées de leur transport partaient de cette ville. Chacune d'elles comptait cent cinquante chameaux et |
<ânq cents ânes, qui pouvaient enlever six cents j
qantar de natroun ( environ trente-six mille j
kilogrammes). Terrânâi était l'entrepôt du \
natroun. fie ce village, on le dirigeait vers Ro- |
sette et Alexandrie, où des navires le chargeaient pour l'Europe.
La vallée des lacs de Natroun otËce peu de vestiges de monumens antiques. Nos savans découvrirent néanmoins, au-delà du quatrième lac , remplacement d'une verrerie , qu'ils reconnurent à des débris de fourneaux et à des fragmens de scories ou de verre dans diffîrens états. Malgré des recherches minutieuses, ils ne purent préciser à quelle époque se rattachait un pareil éiahhss^sment.
Tout près de là se ti^ouvaî^nt d'autres, édifices dont l'origine ne provoquait pas les mêmes doutes. Le long de la vdilée , et sur un plan légèrement incliné, s'élevaient quatre couvens dont la fondation remonte au quatri^e siècle : c'étaient le couvent des Grecs {él-Bardmous) , le couvent des Syriens {Deyr Sajr-r déh)^le couvent d'Anbâ-Bichay, et enfin celui de Saint-Macaire (Deyr Makaryout),
Bâtis à peu près sur le même plan , ces monastères ont la forme d'un carré long , dont le ^and côté a depuis quatre-vingt-dix-huit mè-. très jusqu'à cent quarante-deux, et le petit côté ^puis cinquante-huit jusqu'à soixante-huit, ce qui donne une surface moyenne d'environ sept
mille cinq cent soixante mètres carrés, hes murs d'enceinte ont au moins treize mètres d'élévation et deux mètres et demi à trms mètres d'épaisseur à la base ; ils sont en bonne maçonnerie et bien entretenus. Le nuir audessus du trottoir a des meurtrières saillantes, pour que les moines , assiégés , puissent se défendre à coups de pierres, les lois canoniques leur interdisant l'usage des armes à feu.
L'entrée de ces couTens est si étroite et si basse , qu'on ne peut y pénétrer qu'en se tenant courbé. Outre une porte très -épaisse^ défendue par un mâchicoulis, il existe deux énormes meules de granit qui ferment hermétiquement l'ouyerture extérieure. Ayant de livrer passage à qui que ce soit , il n'est sorte de précautions dont les religieux ne &ssent usage. La crainte des Arabes les oblige à se tenir sur un qui vwe perpétuel, et presque toujours un moine reste en vedette sur le haut des murs pour donner l'alerte au besoin.
Cependant , malgré cet état de surveillance hostile contre les tribus voiames , les solitaires de la vallée de Natroun se voyiaient forcés d'exercer à leur égard les devoirs de l'hos[Htalité. Quand les Bédouins , dans leurs cour-
ses, passaient au pied des Qouvens, l'orge pour leurs cheyaux , le pain et les dattes pour eux , descendaient du haut des murs à la première sommation ; mais cette conduite de la part de la peuplade monastique était plutôt calcul que charité. Ils craignaient , en refusant aux cavaliers du Désert le tribut d'une halte, de se voir exposés, durant leurs courses au dehors , à de sanglantes représailles. Ils ne se contraignaient même pas pour dire là-dessus toute leur pensée. Nos TOjageurs , accueiUis par eux avec bienveillance , reçurent à ce sujet une confidence assez singulière : ce Quand tuera-t-on » tous les musulmans? yr démandèrent-ils au général Andréossy.
Du reste , les cénobites cloîtrés dans ces déserts en étaient encore à la civilisation du cinquième siècle. Rien, dans ce qui les entourait , ne donnait tieu de supposer qu'ils s'occupassent ni de travaux d'esprit , ni d'ouvrages manuels. Ils n'avaient pour tous livres que des manuscrits ascétiques sur parchemin ou sur papier de coton , les uns en arabe , les autres en cophte , ayant en marge la traduction arabe.
Les reUgieux étaient gour la plupart borgnes
ou aveugles , la réverbération dm sables et la firaîcheur des nuits usant de bonne heui-e l'organe de la vue. Leurs principaux revenus conâstaient en aumônes, mais la somme en était â peu abondante , qu'ils y trouvaient à peine de quoi se nourrir. Leurs alimens ordinaires se composaient de fèves et de lentilles préparées à l'huile. Andréossy compta neuf moines au couvent d'él-Barâmous , dix-huit au couvent des Syriens, douze au couvent d'Anbâ-Bichay et vingt au couvent de Saint-Macaire : en cas de décès, le patriarche du Kaire fournissait aux remplacemens.
Chaque moine avait sa cellule, réduit étroit, haut d'un mètre environ , et où le jour ne pénétrait que par l'entrée. Leurs meubles étaient une natte , leurs ustensiles une jarre et une bardaque (vase destiné à rafraîchir l'eau).
Du reste, tout, dans le couvent, se trouvait à l'avenant des cénobites , c'est-à-dire hideux et malpropre. Leurs éghses et leurs chapelles offirai^it seules un aspect moins repoussant. Des images grosàèrement p^tes décoraient leurs murs , des lampes en oeu& d'autruche pendaient sur la nef, et les autels étaient garnis des accessoires nécessaires aux
cérémonies du culte. C'était dans cette enceinte que se concentrait l'existence des religieux : entourés d'un océan de sables, morts à toute habitude mondaine, comment leur zèle ne se serait-il pas affaibli sans l'idée fixe d'une vie meilleure?
Les trois couvens cpii se trouvent les plus voisins des lacs ont des puits creusés , où il y a à peu près un mètre d'eau douce que l'on élève au moyen de roues à pots. Ces puits suffisent aux besoins du monastère , et à l'arrosage d'un petit jardin où croissent quelques légumes et un petit nombre d'arbres : le dattier, l'olivier, le hennéh et le sycomore. Le couvent des Syriens possède l'arbre miraculeux de saint Ephrem , qui a jsix mètres et demi de hauteur sur trois mètres de tour ; c'est le tamarinier de l'Inde (Thamar^Hendf), et quoique cet arbre soit fort commun dans le Sayd , les moines du couvent s'en croient les seuls possesseurs. Ils racontent gravement comment saint Éphrem, pour confondre l'incrédulité d'un jeune néophite qui se plaignait de l'aridité du Désert , planta son bâton dans le sable , en lui ordonnant de devenir arbre. Le bâton crut en effet : il poussa branches et racines, et d^uis lors
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la tradition du miracle est restée dans le cou- Tent ayec l'arbre qui lui donna lieu*
La yallée des lacs de Natroun étant reconnue, les Yoyageurs français avaient encore une tache à remplir. A peu de distance de là se trouve le Bahr-beld-^md j ou Flemme sans eauj que les habitans du pays nomment aussi Bahr él-'Fdreghj ou le Fleaue vide. Cette vallée, âtuée à l'ouest de celle de Natroun , n'en est s^Murée qiie par une crête peu ardue.
Encombrée de sables, elle n'ofifre qu'une stérilité uniforme dans un bassin qui a près de trois lieues de développement d'un bord à l'autre. On emploie quarante minutes à descendre par une pente assez régulière jusqu'au niveau du vallon.
Ce qui donnait une grande importance à cette position, c'est qu'à diverses époques les savans avaient soupçonné que ce bassin était un ancien lit du Nil, ou une forte dérivation de ce fleuve. Le nom populaire que le vallon avait conservé , la disposition du terrain, les bois pétrifiés qu'on y trouvait, tout paraissait fortifier cette conjecture et donner du poids à cette opinion. Il était donc essentiel, pour la science moderne , d'appuyer ces préson^tions de re-
cherches nouvelles, soit afin d'écarter le fait comme mensonger, soit afin de le constater d'ime manière plus précise.
Dès leurs premiers pas dans la yallée , nos sayans y reconnurent le passage antérieur des eaux fluviales. Ils y trouvèrent , comme traces caractéristiques, des bois pétrifiés et agatisés , d'autres dans un état moindre de cristallisation, une vertèbre de gros poisson qui paraissait minéralisée , du quartz roulé , du silex et des pierres siliceuses, des firagmens de jaspe roulé, et enfin des pierres dites cailloux d'Egypte. La plupart de ces minéraux appartenaient aux montagnes primitives de la Haute-Egypte , et les eaux du Nil avaient pu seules les entraîner jusque-là.
Ce point une fois admis, il était plus difficile de déterminer si le Fleuve sans eau avait été simplement im canal dérivé du Nil, ou bien son lit principal.
Pour résoudre cette difficulté, il eût fallu remonter toute la vallée, et aller reconnaître son point d'attache avec celle du Nil. Un semblable voyage aurait donné la clef de la géographie physique de l'Egypte ; mais il offi'ait d'immenses difficultés, et nos savans durent se
borner aux renseignemens des Arabes du pays sur le gisement de la vallée. D'a]»*ès les dé- . clarations concordantes de ceux-ci, la vallée du Fleuve sans eau et celle des lacs de Natroun 9 qui lui est parallèle , vont aboutir au Fayoum du côté du fleuve, et au golfe des Arabes du coté de la Méditerranée.
Ce gisement, qui confirmerait les recherches géologiques des membres de la commission, sert aussi de preuve aux conjectures hydrographiques que nous avons émises en parlant du lac Mœris. Ce lac, au dire des anciens, avait un vaste canal de décharge dans la montagne Libyque , et les traces de ce canal , connu dans l'antiquité , ne peuvent se retrouver que dans le Bahr-belà-ma. Le point de jonction de ce cours d'eau avec le lac Mœris expUquerait aussi pourquoi , du temps d'Hérodote , le lac se développait nord et sud , tandis que de nos jours il s'étend plutôt de l'est à l'ouest.
Toutefois , il n'e^t pas temps encore d'embrasser dans un coup-d'œil général l'ancienne géographie de l'Egypte. Plus tard, quand nous en serons à la description du Sayd, la tendance des eaux, l'aspect du terrain, la géologie toute parlante des chaînes de montagnes , serviront
à constater cette vérité que la terre égyptienne .est un bien&it du Nil. Ëii des siècles antérieurs , les prêtres de Memphis avaient fait cette confidence à Hérodote : de nos jours , M. Geofiroj Saint-Hilaire a tiré de la nature des lieux une révélation pareille, et, quand le moment sera venu , nous en suivrons avec lui tous les développemens.
Nos savans n'étaient pas appelés à trouver le mot de cette énigme. Ils avaient constaté l'état des lieux , dressé le plan de la vallée , recueilli, conmie pièces à ce grand procès, des échantillons de quartz , de silex et de jaspe formant le lit du fleuve. Là se bornait le travail du voyage; le reste devenait travail de cabinet.
Mais avant de quitter le désert Libyque, Andréossy voulut encore étudier les mœurs de quelques tribus arabes qui bordent sa lisière. La plus remarquable de toutes était celle des Geouabys, peuple de pasteurs qui campent Ffaiver avec leurs troupeaux autour des lacs de' Natroun. Fendant cet espace, ils s'emploient au transport de cet alcali , au commerce des dattes qui viennent de l'oasis d'Ammon , et à la récolte des joncs épineux, propres à tresser les nattes les plus fines. Ces Arabes vivent en
marabouts^ c'est-à-dire en hommes paisibles et hospitaliers. Plus qu'aucune peuplade du Désert, ils ont conservé les traditions des mœurs patriarcales. Leurs vétemens consistent en un hirain et un bemouSj manteau de laine blanche et presque imperméable, dont l'étoffe se fabrique en Barbarie.
La richesse de cette tribu et des Arabes du Désert en général , consiste en troupeaux et en chameaux, tandis que celle des Arabes des villages est en gros bétail : ces derniers ont peu de chameaux.
Les Arabes du Désert portent le nom d'^rab-kheychy ou Arabes des tentes. On appelle ceux des villages Arah-kàyt, ou Arabes des murailles. Ces derniers sont d'anciens Arabes errans qui, se rapprochant des pays cultivés, ont d'abord habité des tentes, et se sont ensuite bâti des habitations, à l'instar de celles àes fellahs égyptiens.
Outre la tribu des Geouabys, on en compte un grand nombre d'autres disséminées sur cette Ugne du Désert. Telles sont les Hennadys, les Oulad-Aly, les Arabes de Maryout, etc., etc. Toutefois, malgré cette variété de noms , il existe entre ces diverses
peuplades une grande uniformité de mœurs et d'habitudes*
La tribu n'a point de pacte qui la lie à son chef. Son obéissance est toute volontaire ; mais il est rare qu'une révolte prenne un caractère sérieux. Le cheyk est presque toujours choisi dans ime famille ancienne et respectée. Son autorité n'est ni sévère ni absolue ; elle se montre sous le caractère d'ime intervention bienveillante et persuasive. Quand on porte devant lui ime discussion entre Arabes de son camp, il donne plutôt un avis qu'il ne prononce une sentence. La partie condamnée se soumet , et quand parfois elle s'obstine , les assistans s'emploient pour convaincre le récalcitrant.
Au cheyk appartient le droit de traiter de la paix et de la guerre : il décide en outre toutes les questions qui se rattachent aux droits et aux engagemens de la tribu. C'est lui qui revêt la pelisse , gage de paix , et qui reçoit les présens qui la cimentent.
Les seuls droits sacrés pour les Arabes sont ceux de l'hospitalité. Lorsqu'un étranger s'est assis dans leur tente, lorsqu'il a mangé le pain et le sel avec eux 5 bu lem^ café et fumé dans leur pipe, il est rare qu'il ne soit pas à l'aj)ri de
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toute insulte. Quant à la foi du serment , ils s'en font un véritable jeu : un traité juré sur leur tête, fôt-ce au nom d'Allah, n'est pour eux qu'un engagement sans valeur, parjurable à la première occasion.
Toutes les lois des Arabes se réduisent à celle du talion. En l'absence de justice publique , la vengeance particulière fait im droit des représailles. Aussi les haines deviennent héréditaires de famille à famille , de tnbu à tnbu. On dit alors qu'il y a du sang entre elles.
Quelquefois des villages capitulent, et rachètent avec de l'or le meurtre d'un Arabe commis chez eux ; mais c'est une honte.
En général, les Arabes regardent l'Egypte comme leur propriété, et soutiennent qu'ils ne font que rentrer dans leur bien lorsqu'ils Uvrent les habitations au piÙage.cc Nous avons été chasy> ses par la force, disent- ils, nous reprenons )> par la force ce qui nous appartient. » Aussi la présence d'ime tribu est-elle pour les bourgades égyptiennes le plus redoutable des fléaux. Andréossy demandant à un cheyk s'il avait eu cette année-là la peste dans son village : ce Oui, » répondit celui-ci , nous avons eu la peste et » les Arabes, y)
Rien n'est plug sobre qu'un Arabe du Désert. Quelques dattes, du lait de chameau, Yoilà sa nourriture habituelle. L'usage de la viande est de luxe pour lui. Un mouton rôti , qu'on présente tout entier , après lui avoir coupé la tête , est le mets le plus distingué qu'il connaisse : mais il le réserve pour les grandes occasiotis , et ordinairement pour fêter les cheyks^
Les Arabes ne poussent pas, comme les Musulmans, la jalousie à l'excès. Leurs femmes se voilent rarement le visage ; mais la chasteté n'en est pas moins en honneur chez eux. On assure que les filles ou veuves qui deviennent enceintes sont tuées par leurs parens lorsqu'elles ne se détruisent pas elles-mêmes.
L'âge des enfans coïncide avec certaines époques : ainsi, lors de l'invasion française, les nouveau-nés datèrent de cet événement. Une page du Koran, les portes ou les murs de& maisons , voilà les registres sur lesquels ils inscrivent les actes de naissance.
Les armes habituelles des Arabes sont des piques à fer carré, emmanché d'une hampe de douze à quinze pieds , dont ils se servent avec adresse, et qu'ils lancent avec dextérité. Ce-
pendant presque toutes les tribus campée à l'ouest du Nil avaient des armes à feu, mais fort mauvaises en général. Leur poudre et leurs balles étaient ausâ fort mal fabriquées.
Leur manière de combattre est désespérante, parce qu'on n'en finit jamais avec eux. Évitant tout engagement général , ils se présentent en petit nombre et à l'improviste , arrivent à peine à portée du fosil , puis tournent bride , et se lancent de nouveau 4lans le Bésert. Pirouettant autour de lem* ennemi , ils le &tiguent par de brusques conversions, et l'assourdissent par leurs cris mêlés d'invectives. Pour les servir dans cette guerre d'escarmouches , ils ont le& dbevaux les jhis agiles qui soient au monde. Le cbeval (la jument surtout) est l'ami, le compagnon de l'Arabe. Il devient pour son maître l'objet des soins les plus minutieux, les mieux entendus. Pour leurs expéditions , ils préfèrent aux chevaux entiers les jumens, parce qu'elles ne hennissent pas à l'approche du camp ennemi.
£n temps de guerre , les camps mettent des vedettes en observation sur les hauteurs; cellesci élèvent leur turban en haut de leur lance. Si le camp doit avancer, les vedettes marchent
vers l'enneim ; dans le cas contraire, elles se replient y ers le camp.
Quand les tribus sont aux prises , les filles se montrent à la vue des combattans ; elles jouent du tambourin, et entonnent des chants propres à exciter le courage. Les blessés sont accueillis et soignés par leurs épouses et leurs maîtresses. En général, les femmes font grand cas de la valeur, et les cheyks des tribus sont presque toujours des guerriers illustrés dans le combat , et couverts de cicatrices.
Les Arabes portent avec eux, à chaque migration, la plus grande partie de leurs richesses et de leurs approvisionnemens. Dans les camps à demeure , ils cachent leur grain et leur paille hachée dans de grands trous creusés dans la terre ' . Quelques lambeaux de terrain cultivable , le voisinage d'un puits d'eau douce , déterminent le choix d'un emplacement propre à camper. Certaines tribus ont en outre , à quelques lieues dans le Désert , des entrepôts entourés d'une 'enceinte crénelée, et plus loin encore , des dépôts dans le sable , que les pro-
' C'est d'après leur exemple , suivi dans plusieurs parties de l'Afrique , que M, Ternaux a introduit les sèlos en France.
priétaires seuls peuvent connaître à de certains indices.
A l'époque où la caravane française, commandée par le général Andréossy, visita ces régions libyques, la conquête de l'Egypte par les Français avait acquis quelque popularité parmi les peuplades errantes. Ennemis du dernier gour vemementqui avait cherché à comprimer leurs brigandages, ils avaient eu un instant de répit dans l'intervalle d'anarchie qui sépara les deux dominations; et déjà les filles d'Hennâdy, la plus ancienne des tribus libyques , chantaient dans leurs modls :
Vive le peuple qui a chassé Mourad du Kaire! ViTe le peuple qui nops a laissé ¥oir les villages ! Vive le peuple qui nous a Csiit manger des foutyrs ' !
Plus tard, lorsque nos troupes leur donnèrent la chasse , lorsque le corps des dromadaires vint leur imposer des rançons périodiques , ces chants d'amitié firent place sans doute à des chants de haine ; car il importait peu aux Arabes, moins fanatiques que le commun des Mu-
' Sorte d« gâteau feuilleté au beurre qu'on mange avec ilu nûel ou avec de la mélasse.
sulmans, d'être opprimés par des hommes de telle ou telle croyance. Une question de religion n'était à leurs yeux que trés-secondaire : le principal pour eux , était d'obtenir des maîtres du pays, quels qu'ils fiissent, comme concession capitale , la liberté et l'impunité du pillage. A cette condition, ils eussent fait pacte avec Satan lui-même.
Tel fiit, dans cette partie de la région libyque , le résultat des découvertes d'Andréossy, de BerthoUet, et de leurs compagnons de voyage. Après ime station de deux jours dans les vallées de Natroun et de Bahr^beta-maj ils repartirent pour Terrânéh, et de là pour le Kaire.