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La coudée égyptienne kilométrique équivaut à o

sol à la terrasse supérieure. D’abord on plante les faisceaux les plus forts aux quatre angles externes de la maison (fig. 2 5). D’autres faisceaux sont plantes aux angles internes, de telle sorte qu’ils soient verticaux. Ces faisceaux externes et internes sont reliés entre eux par des liens de byblos. Les

quatre angles ainsi préparés, dressés et maintenus par des étais, des faisceaux de cannes sont posés horizontalement pour relier les têtes des poteaux externes sur les quatre faces, et ces faisceaux horizontaux sont soulagés dans leur portée par des roseaux verticaux intermédiaires, entre lesquels sont ménagées les ouvertures qui formeront les portes et les fenêtres. Ces roseaux verticaux externes se relient

à d’autres poteaux de roseaux internes. Alors les ouvriers qui travaillent le limon se mettent à l’œuvre en noyant dans l’épaisseur des murs les roseaux, sauf ceux d’angles verticaux externes et le couronnement horizontal, qui servent ainsi de jalons et de gabarit pour monter les murs. Quand ceux-ci ont atteint le niveau C, on pose

alors sur le gros faisceau horizontal des herses de roseaux préparés à l’avance, ainsi que le montre la figure. 26, et qui se composent d’une double rangée de roseaux entre lesquels sont maintenus perpendiculairement, au moyen de liens nattés de byblos, d’autres roseaux très-rapprochés. Ces herses sont maintenues verticalement, par d’autres liens qui attachent les parties inférieures des tiges des roseaux for-

HISTOIRE DE l’h A BITATI ON .

mant herse, à la partie intérieure du gros boudin horizontal supérieur (voir en G),- Puis les limoneurs continuent leur ouvrage derrière ces herses, et, en battant leur terre, ils donnent une courbure aux extrémités des roseaux vers l’extérieur, de façon à former une corniche quelque peu saillante. Ces roseaux maintiennent les terres ainsi battues en encorbellement et permettent de terminer la courbure par un listel plat qui donne le niveau de la terrasse. Les ouvriers patients, soigneux, élèvent ces ouvrages très-proprement et en montant la terre sur des plans inclinés. Lorsque les murs intérieurs et extérieurs sont ainsi élevés jusqu’au faîte, on pose des troncs de palmier, de cyprès ou de sycomore sur la tête des murs, suivant la largeur des pièces ; puis sur ces troncs, des roseaux ; puis du limon que l’on bat doucement, de manière à établir la plate-forme supérieure enduite du même limon, pétri avec de la paille-, et le gros œuvre est achevé. Pour faire les jambages et linteaux des portes et fenêtres, on se sert ou de roseaux pour les habitations pauvres, ou de troncs de palmier pour les habitations riches. La lumière du soleil dans cette contrée ayant un éclat extraordinaire, les fenêtres sont très-petites et sont garnies de treillis très-adroitement tressés. Si les habitations appartiennent à des gens pouvant faire de la dépense, les murs sont enduits de limon, comme les terrasses, et recouverts d’une composition formée de ce même limon et de sable très-fin ou de poussière de pierre blanche. Alors viennent les peintres qui revêtent ces roseaux et ces enduits de couleurs brillantes. On opère de même dans les intérieurs sur les murs et les plafonds. Des nattes de joncs garnissent le sol et la partie basse des parois.

Parfois aussi un portique, dont les supports sont des faisceaux de roseaux et dont la couverture est faite de bois et de byblos avec terrasse de limon, précède la porte et donne de l’ombre et de la fraîcheur devant l’habitation.

C’est sous ce portique que Ton se tient le plus souvent et que les hommes travaillent s’ils ont un état. Quant aux femmes, elles sont chargées des occupations extérieures : ce sont elles qui vont chercher les provisions, qui font les marchés, portent les fardeaux, tandis que les hommes de-

meurent, tissent, fabriquent des nattes, des poteries et de menus ouvrages de bois dans lesquels ils sont fort experts.

La figure 27 présente une de ces habitations choisies parmi les plus riches.

Le soir, au moment où le soleil disparaît derrière l’horizon, les familles montent sur ces terrasses pour jouir de la fraîcheur. L’air étant habituellement très-calme, beaucoup

allument de petites lampes de terre remplies d’huile ; et, comme ces habitations sont généralement entourées d'arbres, on voit, au milieu de la verdure, brûler ces lumières, qui vont, viennent et disparaissent ainsi que des lucioles dans les prés.

Les demeures des hommes qui habitent au-dessus du Delta diffèrent en tout de celles que nous venons de décrire. Sur les flancs des collines rocheuses qui bordent les rives

du fleuve, il existe des grottes naturelles dans lesquelles, à 1 origine, ces hommes se sont installés. Mais, la population augmentant, il a fallu bientôt, à défaut de cavernes, creuser des excavations.

Cette race laborieuse, patiente et industrieuse, a su fabriquer des outils propres à ce travail ; ce sont des coignées et ciseaux de cuivre, et même des masses façonnées avec des pierres très-dures que l’on trouve en remontant le fleuve, à 1 endroit où il passe à travers des roches qui robstuent son cours. Certaines parties de ces collines pré-

sentent d’ailleurs des calcaires en grandes masses qui se taillent assez facilement.

Soit que ces hommes aient conservé des traditions de constructions de bois avant leur séjour dans ces contrées, soit l’influence des habitations du pays bas, plus peuplé,

lorsque les indigènes de la vallée haute creusent des demeures, ils reproduisent parfois des formes qui rappellent les structures de bois.

Ces demeures — nous parlons des plus récentes, de celles creusées à main d’hommes — présentent habituellement, en plan, la disposition suivante (fig. 28).

Profitant d’un palier naturel sur les flancs de la colline, on a creusé une sorte de portique avec un ou deux piliers de réserve. Au fond du portique est percée une porte qui donne entrée dans plusieurs petites salles fouillées perpendiculairement les unes aux autres.

A l’extérieur, ces habitations montrent ainsi leurs entrées (fig. 29), qui, de loin, semblent suspendues le long des escarpements. Ces hommes, lorsqu’ils prennent du poisson, le font sécher au soleil, qui est très-ardent, et le conservent ainsi longtemps sans qu’il se corrompe. Au besoin, ils y ajoutent du sel que l’on recueille sur les bords des marais qui longent la mer, au-dessous du Delta. Ces demeures, creusées dans le grès ou le calcaire, sont très-sèches, les collines ne renfermant aucune source et le ciel étant toujours pur. Aussi leurs habitants sont-ils robustes, sains et dispos. Ils savent diriger habilement les barques, et beaucoup d’entre eux passent leur vie sur le fleuve, transportant dans le Delta certains outils et des armes qu’ils fabriquent, des produits de leur chasse et de la pêche, de la pierre, de l’or et des métaux qu’ils tirent des peuples noirs, leurs voisins, des parfums extraits de certaines plantes. Ils rapportent du sel, des étoffes, du bois, des vases de terre et beaucoup d’objets usuels façonnés sur les rives du bas fleuve. Ils sont guerriers et luttent sans cesse contre les peuplades noires qui vivent dans la haute vallée, tantôt reculant leurs frontières, tantôt forcés d’en céder des parties.

Quoique soumis aux mêmes coutumes que les khabitants du Delta, c’est-à-dire à des chefs religieux qui sont chargés du gouvernement de toute chose, ces hommes de la vallée moyenne sont plus indépendants, plus actifs et se plient moins volontiers que leurs voisins du bas fleuve au gouvernement théocratique partagé entre une multitude de petits despotes.

Un jour, les plus hardis d’entre eux, les plus braves,

s’assemblèrent en grand nombre et s’élirent un chef suprême, un roi, sur la tête duquel le pouvoir jusqu’alors disséminé fut concentré. Ce roi s’appelle Ménès, et bientôt toute i’ Égypte lui obéit.

« Tu considérais, dit Doxi à son compagnon, les hommes que nous avons visités dans les montagnes du haut Indus comme la race par excellence, et, pendant le séjour que nous avons fait parmi eux, nous les avons vus changer souvent d’avis et de projets. Mobiles et légers dans leurs desseins, ne sachant se tenir nulle part, ils écoutaient tes conseils, et le Créateur sait où cela les conduira. Ces habitants de la vallée du Nil me paraissent bien autrement sages et mériter le titre d’hommes par excellence. Ils savent se soumettre à une loi fixe et nul, parmi eux, ne songe à s’y soustraire. Bien mieux, dans la crainte de voir la loi compromise par la négligence ou la folie de quelques-uns d’entre ses interprètes, ils n’en admettent plus qu’un seul ! — Voire! reprit Épergos ; et si cet unique interprète perdait le sens ? — On le remplacerait par un autre, puisque tous ne demandent qu’à maintenir toute chose en l’état. Entre dans la maison d’une de ces familles d’honnêtes gens et tu verras que les ustensiles dont ils se servent sont exactement les mêmes que ceux soigneusement conservés par eux comme ayant appartenu à leurs ancêtres. Ils construisent leurs maisons de la même manière, à l’aide des mêmes matériaux, et ils ont bien le soin d’empêcher les orgueilleux d’employer d’autres méthodes. Cela est sage et bon -, c’est, en effet, la vérité. 11 faut nous en tenir à ce pays, d’autant qu’il y fait bon vivre. — Oh ! nous n’avons pas tout vu, il y a peut-être mieux ailleurs.

«Voici ces bonnes gens qui se sont donné un roi, qui va tout maintenir en l’état, dis-tu; soit. Mais lui et ses successeurs se passeront peut-être la fantaisie de faire travailler pour eux toute cette population. Qui sait si, mal contents

d’habiter des demeures de limon et de roseaux que le temps détruit, ces rois n’en voudront pas habiter qui soient indestructibles ? — Puisque ces rois sont là pour conserver, ils ne changeront pas cet usage.

— Précisément parce qu’ils sont là pour conserver, ils prétendront que leurs propres demeures ne périssent pas. — Tu vois que tout est soumis ici à des règles sévères. La disposition et l’apparence des demeures sont fixées.

— Parfaitement ; on ne changera ni les dispositions ni l’apparence, mais on pourra, pour le monarque et ses amis, élever avec de la pierre, c’est-à-dire à grand’peine et dépens, cette apparence si facilement obtenue à l’aide d’un peu de boue et de roseaux. Tu pourras être content toi, Doxi, car tu te promèneras pendant des siècles au milieu d’habitations semblables, en apparence, à celles que nous voyons aujourd’hui. Mais les pauvres diables, qui auront passé leur vie à élever ces apparences à force de bras et à tailler les matières dures qui les constitueront, seront-ils aussi satisfaits.... dis? C’est douteux.

— Ce sont là des suppositions et il n’y a pas de motifs sérieux pour que ces rois prétendent avoir des demeures de pierre à la place de ces habitations faites de limon et de roseaux qui sont fort bonnes et suffisent aux besoins de tous, à moins que, par suite de ton besoin de changer toute chose, tu ne leur mettes cette idée dans l’esprit.

— Je m’en garderai bien! mais observe que ce roi, qui vient d’être désigné, ainsi que ceux qui ont les premiers songé à le mettre à la tête de toute la population de la vallée du Nil, habitaient des demeures creusées dans la pierre -, or il est à croire qu’ils voudront ne pas changer leurs usages et que, ne trouvant pas de grottes dans le Delta et ne pouvant en creuser, puisqu’il n’y a point ici de collines propices, ils feront apporter les matériaux propres à bâtir des habitations de pierre et non faites de limon. On commencera par

vouloir honorer la divinité en lui élevant des temples indestructibles, et le peuple, qui est fort attaché aux choses qui touchent à la religion, s’empressera de bâtir des édifices à l’instigation de ses maîtres-, puis les maîtres eux-mêmes voudront se rapprocher autant que possible de la divinité, se mettre en communication avec elle, et ils voudront à leur tour avoir des palais aussi durables que les temples. Qui les élèvera, ces palais? Le peuple, j’imagine*, en sera-t-il plus heureux dans ses maisons de boue ? »

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