‹ Histoire de l'habitation humaineChapitre 15 sur 46 · IO · texte numérisé non relu

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au milieu des appels des hommes et des hennissements des chevaux. Les lemmes et les enfants descendent des chariots d’où on retire les perches et de longues bandes d’étoffe de laine, car la caravane .compte séjourner en ce lieu quelque temps. Les perches sont plantées en terre, assemblées

avec des lanières* puis des planchers sont placés en travers, puis les étoffes couvrent le tout. Ainsi se dressent un grand nombre de cabanes , présentant toutes le même aspect (figure 41), et composées d’une salle basse dans laquelle, la nuit, sont établies les bêtes à cornes. La famille monte dans la partie supérieure par une petite échelle. En avant est une

sorte de portique ; c'est le lieu de repos du jour. Quand le soleil est couché, on voit de toutes parts les feux s allumer; les femmes préparent les repas, et chacun prend sa nourriture à la lueur de la flamme. Mais* bientôt les troupeaux de moutons sont parqués près des cabanes, les chevaux attachés aux piquets des portiques, et les bêtes à cornes rentrées. Les familles montent peu à peu dans leurs demeures pour dormir et font tomber les voiles, car les nuits «sont froides. A tour de rôle, chaque homme veille sous le portique en entretenant le feu. Le lion, qui le jour dédaigne de suivre la caravane, se présente parfois au milieu de la nuit, seul, la tête haute, le pas grave. Il tourne autour du camp, cherche son lieu, et, bondissant, étrangle un cheval ou un veilleur négligent. Des cris s’élèvent alors de tous côtés, et les hommes, armés d’arcs, de lourdes masses ou de lances, se précipitent sur le terrible animal. Ces épisodes se répètent assez fréquemment; aussi fait-on bonne garde dans le camp; et, en certains lieux, des fosses sont creusées, cachées par des branches d’arbres et des herbes sur lesquelles on dépose quelque animal mort. Mais rarement le lion se laisse-t-il prendre à ces pièges, tandis que les hyènes y tombent fréquemment.

Le lion n’attaque jamais deux fois de suite, et s’il a manqué sa proie, il se retire. Mais s’il est blessé par quelque veilleur, il devient furieux, et alors c’est un terrible combat qui parfois se prolonge dans la nuit.

Les hommes sortent de tous côtés, et personne ne dort dans le camp.

Ces tentes ne sont dressées que quand on compte faire un séjour sur un point, pour reposer bêtes et gens. Alors les hommes se livrent à la chasse, car le gibier ne manque pas dans ces déserts, et les femmes réparent les harnais et vêtements*

Épergos arriva un soir devant un de ces campements.

HISTOIRE DE l’ H ABI T AT I O N.

Sans armes, il n’inspirait aucune défiance*, sans bagages, nulle convoitise.

Il savait d’ailleurs beaucoup de choses utiles, comme de soulager bêtes et gens affectés de quelque mal. Aussi, après vingt-quatre heures écoulées, était-il le bienvenu au milieu de la colonie voyageuse.

Quelquefois, les hommes chargés de veiller à la sûreté du campement se réunissaient deux ou trois, et, pour chasser le sommeil, s’entretenaient des choses du passé ou de leurs espérances dans l’avenir. Épergos aimait à les interroger et à entendre leurs récits. Une nuit donc, il s’assit près d’un des veilleurs à barbe grisonnante, et voici ce que celui-ci lui raconta :

« Il y a vingt hivers que nous avons quitté les bords du grand fleuve qui descend des montagnes Saintes*, j’étais alors jeune et nous avions dû abandonner nos demeures à la suite d’un combat où la moitié des hommes valides avaient péri. — Les hommes qui vous ont défaits étaient-ils d’une autre race? — Non, ils étaient du même sang. - Alors, pourquoi ces combats? — Nous possédions des terres fertiles et de belles demeures au bas des monts sacrés, non loin du lieu où le grand fleuve les franchit pour descendre vers le sud.

a Nos pères étaient établis là depuis un grand nombre d’années. Mais, des monts et du grand plateau situé en deçà vers le septentrion, descendirent des tribus qui venaient pour jouir des biens de la terre. Nos pères les accueillirent d’abord avec joie, car ils voyaient en eux des frères qui parlaient le même langage et qui leur ressemblaient. La terre ne manquait pas d’abord, et chacun en pouvait trouver une part. Cependant arrivaient toujours de nouvelles tribus des montagnes; car vous savez que le mont Mérou est la grande matrice de l’homme noble. On fut forcé un jour de dire aux nouveaux venus que la terre était

remplie et qu’ils ne pourraient trouver une place. Beaucoup se dirigèrent vers le sud dans l’espoir de trouver de nouvelles terres, d’autres inclinèrent vers le soleil levant.

« Un grand nombre périt, paraît-il, car il fallut combattre des populations nombreuses comme les cailloux des torrents. Peut-être en est-il qui passèrent outre. Nous n’en étions pas moins soumis à des difficultés continuelles par suite du nombre des tribus qui ne cessaient de passer sur nos terres. Cela fut cause de nos désastres. Nous prétendions forcer les montagnards à prendre une autre voie et à nous laisser jouir paisiblement de nos biens. On s’arma, et pendant plusieurs saisons nous fîmes respecter notre territoire. Mais ces montagnards finirent, à cause de leur nombre toujours croissant, par nous entourer de toutes parts. La lutte fut terrible. Là, je vis tuer mon père, mon frère et grand nombre de mes proches.

u Les vainqueurs voulurent alors nous imposer des conditions-, plutôt que de les subir, nos troupeaux ayant été rassemblés, les femmes et les enfants furent placés, avec ce que nous possédions de plus précieux, sur les chariots, et, le feu étant mis à nos maisons, nous abandonnâmes la terre de nos aïeux; puis, afin de ne pas retrouver sur nos pas tous ceux qui étaient allés vers le soleil levant ou vers le sud, et de ne pas rougir de notre défaite au milieu d’eux, nous nous dirigeâmes vers le soleil couchant, longeant les montagnes. — 11 y a de cela, dites-vous, vingt hivers? — Oui, vingt hivers, et beaucoup d’entre nous sont morts.... des enfants sont nés. Pour vivre dans le trajet, nous nous sommes divisés en douze troupes et nous marchons à une année d’intervalle. — Comment cela ? — Quand nous eûmes tous abandonne nos biens, au nombre d’environ vingt mille, tant hommes que femmes et enfants, nous atteignîmes, après cinq ou six lunes, une chaîne de hautes montagnes qui se prolonge des monts Sacres vers le sud. Nous avions perdu

beaucoup des nôtres par les privations et le manque d’une nourriture suffisante, car nous ne pouvions vivre que de nos troupeaux et de ce que nous trouvions pendant le trajet.

« Là, nous résolûmes de nous arrêter et de nous établir si cela était possible:, le pays nous paraissait bon, rempli de gibier et arrosé par de nombreux ruisseaux.

cc Dans cette contrée pullulait, nombreuse, la race maudite des Dasyus. Craintive et faible, nous l’avions facilement soumise. Elle travaillait la terre, soignait les troupeaux et devait nous nourrir. Déjà nous élevions des maisons, les terres étaient partagées, quand ces maudits osèrent nous attaquer, car ils étaient très-nombreux. Cette nuit funeste est encore présente à mon souvenir.... Le vent soufflait avec violence. — C’était au moment où les neiges commencent à quitter les rampes des montagnes. — Des cris confus nous avertirent du danger, puis bientôt des incendies éclatèrent dans la plaine. Le plus grand nombre d’entre nous habitait des lieux élevés qui permettaient de voir au loin. On se réunissait par groupes, à la hâte, mais la tempête ne nous permettait pas de nous entendre et de nous concerter. Arrivaient en courant des femmes affolées ; les Dasyus, armés de massues, tuaient tout ce qu’ils rencontraient, mettaient le feu aux habitations, s’avancaient en mass'e compacte, poussant des hurlements. Pris ainsi au dépourvu, nous étions tous perdus si les maudits gagnaient les hauteurs. Chaque groupe comprit le danger et, sans perdre de temps à essayer de se joindre au groupe voisin, ne pensa qu’à se défendre bravement.

« Des chariots, des maisons inachevées, des roches, des arbres, on se fit un rempart, et quand les maudits arrivèrent comme une troupe de loups, de tous côtés ils furent couverts de traits, de pierres, de flèches aiguës.

« Sans direction, voyant tomber beaucoup d:-s leurs, ils reculèrent. Cela permit à ceux d’entre nous qui étaient les

histoire de l’habitation.

plus éloignés de l’attaque, de se réunir par troupes assez nombreuses pour prendre l’offensive. Nous fîmes de ces misérables un grand massacre. Mais le jour naissant nous laissa voir combien ils étaient nombreux, car des populations voisines s’étaient réunies à celles au milieu desquelles nous vivions.

« A faucher ces maudits comme les joncs des marais nos bras se seraient inutilement fatigués; leur masse était si compacte que nous en eussions toujours trouvé devant nous. Nous nous retirâmes donc sur les hauteurs, emportant avec nous ce que nous avions de meilleur dans nos chariots. Après avoir tenu conseil la nuit suivante, nous résolûmes de passer les montagnes et de chercher, vers le soleil couchant, un territoire moins peuplé.

« Ayant abattu des arbres pour faire un rempart, nous laissâmes derrière nous un millier de nos braves, qui devaient arrêter les Dasyus pendant que s’opérait la retraite.

* Dans ce passage à travers les montagnes, nous perdîmes des chevaux, des chariots en grand nombre. Des femmes, des enfants mouraient de froid pendant les nuits. Mais les Dasyus ne cherchèrent pas à nous poursuivre. Après huit journées, nous descendîmes dans une plaine déserte, mais où le gibier ne manquait pas. Là, nous demeurâmes plusieurs lunes, vivant de la pêche, de la chasse et de ce que nous avions pu sauver de nos troupeaux. C’est alors que nous résolûmes de poursuivre notre recherche vers l’Occident, en ayant soin de marcher par troupes séparées afin de ne pas affamer le pays et de trouver toujours du gibier.

« Que vous dirai-je de plus? Toujours longeant les montagnes afin de ne rencontrer que des ruisseaux ou des torrents faciles à traverser à cause de leur peu de largeur, nous trouvions aussi du bois, du gibier et parfois des abris dans les forêts. Nous arrêtant là où la vie était le moins dure, nous sommes arrivés ici.

HISTOIRE DE l’hABITATION.

— Et beaucoup d’autres troupes sont-elles passées avant vous? — Nous faisons partie de la dernière. — Savez-vous si ceux qui vous ont devancés se sont définitivement fixés quelque part? — Ils se sont arrêtés, car nous avons toujours conservé entre nos diverses troupes des communications par messagers qui voyagent plusieurs ensemble. — Et qu’avezvous appris ainsi ? — Que nos devanciers se sont établis dans un pays fertile, arrosé de nombreuses rivières, bordé de deux chaînes de montagnes, espacées l’une de l’autre de sept journées de marche, toutes deux se dirigeant vers le soleil couchant. Du côté du septentrion, au delà d’une de ces chaînes de montagnes, est une grande étendue d’eau salée qui est la fin de la terre. Il y a aussi de grands lacs d’eau douce. Près des monts, du côté du sud, nos frères se sont établis et ont bâti des maisons. — Et vos frères ont-ils trouvé des hommes dans ces contrées? — Ils ont trouvé des hommes à la peau sombre, mais ils les ont chassés. — Et que faisaient ces hommes? — Ils paissaient des troupeaux et vivaient sous des tentes faites de peaux de bêtes. C’est ce que nous ont rapporté les messagers voyageurs.

« Nous avons hâte d’arriver sur cette terre où nos frères sont heureux, entourés de leurs familles nombreuses et prospères, possesseurs dévastés territoires. Nous combattrons avec eux les hommes du septentrion et ceux qui viennent du midi pour leur ravir leurs biens -, car l’homme est fait pour combattre afin d’établir sa puissance sur les races maudites et d’être le maître de la terre. »

histoire de l’habitation.

COMMENT ÉTAIENT FAITES LES PREMIÈRES HABITATIONS DES ARYAS ÉTABLIS DANS LA MÉDIE SUPÉRIEURE.

Ces émigrants sortis de la vallée de Kachemir, établis d’abord sur le cours supérieur de l’ Indus, voyageaient ainsi lentement le long des rampes méridionales de la longue chaîne de montagnes qui, du mont Mérou, s’étend jusqu'à la mer Caspienne. Là, ils s’étaient établis dans une riche contrée abritée des vents du nord par les monts Caspiens et des vents du sud par le mont Zagrus dont la chaîne est parallèle à ces monts Caspiens. Divisés, suivant leur habitude, en tribus, ils avaient bâti des bourgades dont les maisons laissaient entre elles des espaces réservés à la culture et aux pâturages. Ce pays qui présente un sol élevé, coupé de montagnes, assez froid pendant la saison d’hiver, est très-chaud en été. Les émigrants avaient trouvé des hommes déjà établis dans cette contrée : les uns habitaient des grottes naturelles ou péniblement creusées, ceux-là occupaient les rampes des montagnes et étaient noirs*, les autres, qui se tenaient dans les plaines, vivaient sous des

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