‹ Histoire de l'habitation humaineChapitre 16 sur 46 · II · texte numérisé non relu

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tentes, étaient nomades et possédaient de nombreux troupeaux qui suffisaient à leur existence. Ces hommes avaient la peau jaune, les cheveux et les yeux noirs-, ils étaient hardis, pillards et ne se livraient à aucune industrie.

Devant les émigrants aryens, n’ayant pas l’habitude de se réunir en grand nombre pour combattre, ils se retirèrent peu à peu vers le nord et vers le couchant, non sans avoir causé aux nouveaux colons tous les dommages possibles.

Les Aryas se trouvèrent donc bientôt isolés et obligés de suffire à leurs besoins. Ils n’avaient plus autour d’eux, dans ces contrés comme sur le haut Indus, des populations indigènes, nombreuses, soumises et qu’ils pouvaient faire travailler. Les pasteurs qui, avant eux, occupaient ce territoire, ne possédaient ni villes ni villages, ne se livraient à aucune industrie et méprisaient tout travail manuel. Fiers et sauvages, changeant sans cesse de place, il n’était possible ni de les soumettre ni de les dépouiller, puisqu’ils ne possédaient rien que des troupeaux errants.

Quant aux noirs habitants des montagnes, c’était une race abjecte, vivant de chasse et de plantes sauvages, mais qui ne pouvait en aucune façon venir en aide aux colons, en admettant qu’elle en eût la volonté. Puis ces colons, trop peu nombreux encore et connaissant mal le pays, n’osaient se risquer dans les défilés des montagnes occupés par ces noirs. Ceux d’entre les Aryas qui avaient tenté de pénétrer dans les gorges de la chaîne du mont Zagrus n’étaient pas revenus.

Pendant un certain temps, les Aryas se contentèrent d’habiter les baraques qui avaient fait leurs demeures dans le désert-, mais ces habitations ne les préservaient ni de la chaleur ni du froid, et étaient détruites par les tempêtes assez fréquentes entre les deux chaînes de montagnes. Ils voulurent donc élever des maisons semblables à celles de leurs pères, le bois étant abondant. Toutefois, ces de-

HISTOIRE DE l’ HABIT ATI ON.

meures, dans une contrée où régnent des températures extrêmes, ne préservaient guère mieux leurs habitants contre les frimas ou les ardeurs du soleil. Ils avaient observé que les noirs les plus voisins des vallees et les seuls avec lesquels on pût faire des échanges, à défaut de grottes naturelles, s'étaient construit de véritables terriers, en creusant le sol, en élevant autour de la fosse un mur de cailloux et de boue, et en posant sur ces murs très-bas des troncs d’arbres en travers, recouverts d’une épaisse couche de terre battue.

Ces demeures, fraîches en été, chaudes en hiver, toujours humides, basses et infectes, ne pouvaient convenir aux Aryas*, mais, ayant considéré que la température à peu près égale en toutes saisons dans ces sordides demeures, tenait en grande partie à l’épaisse couche de terre qui servait de toiture, ils résolurent d’employer le même procédé, tout en tenant les intérieurs au-dessus du sol extérieur.

Des coups de bâton et la perspective d’une nourriture régulière persuadèrent à un assez grand nombre de ces noirs de travailler à la construction des nouvelles demeures des Aryas. Mais les premiers essais ne furent pas heureux. Les murs de cailloux et de boue qui, lorsqu’ils avaient à peine la hauteur d’un homme, portaient les troncs d’arbres transversaux du plafond, s’écroulèrent sous la charge quand on voulut leur donner plus de hauteur. Puis, les colons prétendaient avoir des salles spacieuses, et la masse de terre superposée faisait fléchir les poutres, qu’il fallait étançonner. Au total, ces nouvelles demeures présentaient, malgré les efforts des colons, les plus singuliers tâtonnements quand arriva la dernière caravane des émigrants dans la Haute-Médie.

On s’occupa d’abord de distribuer des terres à ces derniers venus et auxquels Épergos s’était joint. Il avait acquis parmi eux une certaine autorité, car à plusieurs reprises, les émigrants avaient eu à se louer de ses avis. Il fut donc consulte sur ce qu’il conviendrait de faire pour élever des mai-

sons avec les matériaux qu’on avait sous la main et en se conformant aux conditions climatériques. Épergos, qui se souvenait de ce qu’il avait vu faire sur le bas Nil, considérant que le pays possédait du bois en abondance, et que les Aryas avaient acquis depuis longtemps l’habitude d’employer ces matériaux, parla ainsi à ceux qui le consultaient : « Puisque vous reconnaissez qu’il est bon d’employer la terre, tant pour élever les murs que pour couvrir les plafonds de vos demeures, afin de vous préserver du froid et du

chaud, mais qu’il faut à cette structure de terre un soutien, parce qu’elle n’a pas assez de consistancepour se tenir d’ellemême, que ne faites-vous une carcasse en charpente, nonseulement assez solide pour résister aux tempêtes, mais aussi pour maintenir les murs et plafonds de terre ? Si vous voulez des salles vastes, eh bien ! soutenez les plafonds avec des troncs d’arbres*, ainsi ne pourront-ils fléchir sous la charge. En un mot, faites une maison de bois que vous revêtirez de terre. »

On se mit donc à l'œuvre, et bientôt l’on obtint des con-

structions satisfaisantes. Voici la description d’une de ces maisons, figure 42. Conformément à l’usage des Aryas, l’habitation, placée sur un lieu élevé ou sur une plate-forme, dominait les alentours.

Une grande salle A fut tracée, et pour soutenir son lourd plafond” huit troncs d’arbres fourchus la divisèrent en trois

travées. A la suite, une galerie B donnant dans six chambres et à l’extrémité un petit sanctuaire, car, les Aryas ayant alors leurs temples et leurs prêtres, les cérémonies du culte ne se pratiquaient plus dans chaque famille. En D une petite cour avec portique P , donnant sur une cuisine R, et la salle S destinee aux serviteurs ou familiers. Un escalier de bois E permettait de monter sur la terrasse du logis principal.

Comme l’indique le plan, la construction se composait de troncs d’arbres posés verticalement trois par trois, laissant entre eux l’épaisseur d’un mur de terre et de poteaux fourchus. Ces poteaux, sur leur fourche (voir la figure 43 qui représente l’intérieur de la grande salle), recevaient un chapeau, composé d’un bout de gros tronc fendu en deux. Sur chacun de ces chapeaux étaient posés trois troncs d’arbres horizontaux qui s’appuyaient à leur extrémité sur les trois arbres verticaux intérieurs et les trois extérieurs. Puis, sur ces filières, d’autres troncs d’arbres en long, formant plafond à l’intérieur et saillie à l’extérieur, pour garantir les murs contre la pluie. Ainsi la bâtisse tout entière étant montée en bois, on remplissait les intervalles avec du caillou et de la terre, et sur le plafond on posait une épaisse couche de terre et de chaume bien battue, ensuite d’argile détrempée avec du sable fin. A l’intérieur , des nattes couvraient le sol battu.

La figure 44 donne la vue perspective de cette habitation. Sur les terrasses, on élevait en été des tentes pour respirer l’air frais du soir et aussi pour dormir, d’autant que les colons avaient pris l’habitude, pendant leur long séjour dans le désert, de passer toutes les nuits sous la tente, et qu’il leur en coûtait de s’enfermer pour se livrer au repos pendant la saison chaude.

Un demi-siècle après leur établissement dans la Hautc- Médie, les Aryas prospéraient, étaient devenus très-nombreux, et donnaient quelque élégance à ces demeures en façonnant le bois à la hache et en ornant les murs de peintures. Ils savaient fabriquer des étoffes de laine teintes de nuances variées, et s’adonnaient à la culture, car ils étaient parvenus à asservir beaucoup des habitants noirs de la montagne, dont les défilés leur étaient désormais connus, et où ils se livraient à la chasse.

Plusieurs d’entre eux, pendant les grandes expéditions

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(car le pays en nourrissait beaucoup qui vivaient en liberté), avaient traversé parfois la chaîne du mont Zagrus, et avaient reconnu au delà une immense et riche plaine dans laquelle ne vivaient que des pasteurs, possesseurs de grands troü-

peaux. Il était arrivé même à ces chasseurs mèdes qui se trouvaient en force, d’enlever quelques-uns de ces troupeaux, si bien que de jour en jour les Mèdes les plus voisins de la montagne se rassemblaient par troupes nombreuses, traversaient les défilés, tombaient à l’improviste sur les pasteurs et emmenaient le bétail qu’ils vendaient une fois rentrés en Médie.

Ces expéditions répétées irritèrent les pasteurs, et ceux-ci s’étant concertés, tendirent une embuscade à une nombreuse troupe de chasseurs et les massacrèrent. Grande fut l’émotion dans toute la Médie, et il fut résolu qu’on tirerait vengeance des pasteurs.

Au nombre de quatre mille hommes environ, les Mèdes débouchèrent des montagnes du sud et se répandirent dans le plat pays, enlevèrent un nombre considérable de troupeaux et tuèrent tous les hommes qui voulurent leur résister.

A leur tour, les pasteurs s’étant réunis passèrent les monts et se ruèrent è l’improviste sur les propriétés des Mèdes les plus voisins des défilés, tuèrent tous les habitants, brûlèrent les maisons et saccagèrent les champs. Ils n’épargnèrent que les femmes qu’ils emmenèrent avec eux.

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