LES SÉMITES PASTEURS ET LES SÉMITES SÉDENTAIRES
Grands, maigres, la peau bistrée, les membres déliés, la chevelure noire, les Sémites forment la nombreuse population des pasteurs qui occupent tout le territoire qu'arrosent le Tigre et T Euphrate. Ils vivent sous la tente et cultivent quelques champs tantôt sur un point, tantôt sur l'autre -, car ils n'ont pas pour habitude de demeurer au même lieu longtemps. Chez eux, on ne trouve ni villes ni villages. Sobres, les troupeaux et quelques maigres cultures suffisent à leur nourriture, à leurs vêtements et à leurs logis qui ne sont que des tentes faites d'étoffes de poil de chameau et de laine. Le cheval est leur fidèle compagnon ; car jamais ils ne voyagent à pied. Ils prennent autant de femmes qu’ils peuvent en nourrir. Quelquefois la sécheresse les force d'aller chercher des pâturages éloignés, ou fait périr leurs troupeaux. Alors ils se réunissent en grandes troupes et se jettent sur la contrée voisine où ils espèrent trouver du butin. Ainsi ont-ils déjà inquiété plusieurs fois les populations du bas Nil; car ils nffiesitent pas à traverser le désert pour chercher une
HISTOIRE DE l’hâDITATION.
proie. On peut les vaincre, non les soumettre, puisqu’ils ne tiennent pas au sol et se dérobent. Le désert est à eux, et s’ils s’emparent d’un territoire habité, ils en chassent ou tuent les habitants et en font un désert. Ils ne se livrent à aucune industrie, à aucun art, mais au besoin, trafiquent avec plus d’adresse et d’intelligence que de probité. Ils pratiquent cependant l’hospitalité, et l’étranger qui est admis parmi eux n’a rien à craindre, surtout s’il ne possède rien.
Quant aux Sémites sédentaires, ils occupent la partie occidentale entre les bords de la mer intérieure et la rive droite du haut Euphrate. Ils se livrent au commerce et à certaines industries, possèdent des ports et naviguent au loin. Les contrées qu’ils habitent sont montagneuses, sèches et arides, car il n’y pleut que pendant soixante jours dans l’année, et les torrents qui descendent des montagnes sont promptement taris. Cependant le pays est cultivé, car les habitants établissent de vastes citernes qui reçoivent l’eau pendant la saison pluvieuse et permettent d’arroser les terres. Contrairement aux habitudes des Aryas, leurs maisons sont groupées et forment des villes ou bourgades entourées de murailles afin de se garantir contre les incursions des Sémites pasteurs et des hommes jaunes qui descendent parfois du nord. Ils construisent aussi de grandes barques sur lesquelles ils traversent la mer et font le commerce le long des rives du Delta. Au sud, leur pays est borné par le désert et touche presque à la Basse- Égypte.
Voici comment ils construisent habituellement leurs habitations, figure 45. Autour d’une aire de vingt-cinq à trente coudées, ils bâtissent une muraille épaisse de pisé ou de pierres sèches, en laissant un intervalle vide sur la face et en ménageant à l’opposite un espace quadrangulaire de huit coudées environ. Le long de cette muraille, à l’intérieur, ils élèvent une plate-forme de quatre coudées de largeur environ, dont le relief est de deux coudées au plus. La plate-forme du
histoire de l’habitation.
fond est un peu plus élevée. De petits escaliers permettent de monter facilement sur ces plates formes. Le réduit du fond est seul couvert d’une manière permanente au moyen de troncs de palmiers ou de cyprès juxtaposes, sur lesquels est battue une aire de terre. C’est là que dort la famille la nuit et qu’elle se tient le jour à l’abri des rayons du soleil.
Sur les plates- formes on élève, pendant la saison pluvieuse, des armatures légères de cannes sur lesquelles on pose des nattes.
C’est sur ces plates-formes que sont disposées en A des au-
ges de pisé dans lesquelles on conserve des provisions, et un petit poulailler circulaire également de pisé en B. Pour cuire les aliments, on fait du feu au milieu de l’aire. Une haie* d’épines protège la coupure, et l’entrée C est fermée par un tronc épineux placé en travers. Sous la plate-forme du fond est creusée une citerne à laquelle on descend par le petit escalier F.
La figure 46 donne l'aspect de ces habitations quelquefois précédées de très-petits jardins. Les familles riches possèdent des habitations plus vastes, mais toujours construites d’après les mêmes principes. Quelquefois alors, les nattes sont rem-
placées par de riches étoffes et des tapis de laine couvrent le~ sol du réduit.
Des peintures faites sur des enduits de terre tapissent les murailles, et, à la place d’une haie, sont disposées de fortes
barrières de bois peint artistement travaillées. Des voiles ferment le réduit.
Il ne s’était pas écoulé un très-long temps depuis les premières expéditions des Mèdes sur le territoire des Sémites pasteurs, qu’affluèrent de nouvelles troupes d’émigrants aryens le long des monts Caspiens. Les terres commen-
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çaient à manquer, et les nouveaux arrivants n’étaient plus accueillis en frères, mais c :mme des étrangers importuns. Ces derniers venus cependant n’étaient pas disposés à rétrograder et voyaient avec envie les établissements prospères de leurs prédécesseurs. Cela fut la cause de combats fréquents; comme la fortune favorisait tantôt les uns, tantôt les autres, et que la paix était incessamment troublée sans qu’il en résultât aucun profit pour l’un ou pour l’autre parti, les chefs des tribus s’assemblèrent, et il fut résolu entre eux, puisque le territoire de Médie supérieure ne pouvait nourrir tant de familles, qu’une grande expédition serait organisée pour occuper les terres du sud-est, au delà des monts, et en chasser les pasteurs, d’autant qu’on avait toujours à craindre leurs déprédations.
Mais en descendant vers le sud, sur les bords du Tigre et de l’Euphrate, les émigrants trouvèrent non plus des populations nomades, mais des villes et villages. Pendant de longues années, les hommes venant de la Médie eurent à lutter contre les peuples établis sur les rives fertiles de ces deux rivières ; ils finirent par les soumettre et se mêler è eux.