LES PÉLASGES
Le flot venu de l’Est n’avait pas cessé de répandre des émigrants à travers la Médie, mais endigué, pour ainsi dire, par les populations nombreuses établies dans cette contrée, il ne pouvait plus s’étendre vers le sud, et tout en laissant des appoints de la race aryenne pure sur les rives de T Araxes et jusque sur les rampes méridionales du Caucase, il s’étendait de plus en plus sur les bords du Pont-Euxin, occupait les riches contrées qui, plus tard, prirent les noms d’Arménie, de Paphlagonie, de Bithynie, traversait le Bosphore, établissait des colonies dans la Thrace, la Macédoine et la Thessalie. Les îles de la mer Égée se peuplaient ainsi que le Péloponèse.
Ces établissements existaient depuis longtemps déjà à l’époque où Épergos et Doxi visitaient le palais du roi Ninivite.
D’autre part, les peuples aryens mélangés aux sémites s étaient étendus parallèlement au nord de la chaîne du Taurus, occupaient la Phrygie, la Carie, la Lycie, Rhodes et l’île de Crète, ou du moins les territoires qui furent ainsi désignes plus tard. Nomades ou plutôt voyageurs, les pre-
miers vécurent longtemps sans établissements fixes; ils ne demeuraient pas sur des chariots comme les Scythes, mais habitaient temporairement dans des huttes construites au milieu des forêts qui couvraient toutes ces contrées, possédaient des troupeaux de bœufs, de chèvres, de brebis, de porcs et d’oies. Ils cultivaient déjà la terre dans les plaines , mais d’une façon primitive, et ce ne fut que plus tard qu’ils confièrent la semence au sol préparé à l’aide de la charrue. Les habitations de ces Pélasges* consistaient en un mur circulaire bas, formé de grosses pierres, sur lequel était élevé un cône de branches d’arbres recouvertes de joncs ou de ramées(fig. 55). Le feu était fait au centre et la fumées’échappaitpar le sommet du cône. Une enceinte circulaire faite également de grosses pierres entourait chacune des huttes.
Ayant toujours vécu dans les montagnes depuis leur sortie des plateaux de l’ Indus, ayant à peine entrevu les peuples déjà très-civilisés établis dans le sud de la Médie, ces Pélasges avaient conservé leur rudesse et leur simplicité primitives. Ils savaient, comme leurs ancêtres , atteler des bœufs et des chevaux à des chars, vivaient réunis en tribus et conservaient les croyances des Aryas, quelque peu modifiées pendant leurs longues étapes.
Quand ils s’établirent à l’ouest de la mer Égée, ces Pélasges trouvèrent dans ces contrées des indigènes barbares qui se nourrissaient de glands et de laitage. Toujours à cheval, ces premiers habitants dirigeaient leurs grands troupeaux de bœufs au moyen de longs bâtons aiguisés.
Pillards, difficiles à saisir, n’habitant que des grottes ou les fourrés des bois, ils forcèrent longtemps les nouveaux venus à se défendre contre leurs agressions, et ces luttes laissèrent un souvenir ineffaçable dans l’esprit des Pélasges, si bien qu’ils retracèrent pendant plusieurs siècles, dans leurs
i. Pélasge signifie vieux, ancien.
monuments, ces premiers combats, contre ces êtres moitié cheval, moitié homme, qui leur disputaient le sol.
Les tribus pélasgiques prospéraient toutefois; elles cultivaient le blé, la vigne, savaient extraire l’huile de l’olive et
S adonnaient aux soins agricoles. Celles qui habitaient le littoral et les .les avaient construit des barques, trafiquaient e se livraient a la piraterie. Des rapports s’étaient ainsi étais entre les populations des deux côtes opposées de la mer gee; rapports qui n’étaient pas toujours pacifiques, mais
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La plupart des habitants de la côte asiatique se rapprochaient beaucoup plus des Sémites que desAryas; ils possédaient déjà des arts relativement avancés , travaillaient les métaux et étaient habiles dans Part de construire de grands bateaux et des villes. Les Pélasges de la Thessalie et des bords du Péloponèse durent se mettre en mesure de résister aux incursions de ces peuples établis sur le littoral asiatique. Les tribus formèrent des fédérations, et les plus puissantes parmi elles, ou qui étaient dirigées par les chefs les plus intelligents, acquirent bientôt une prépondérance marquée.
A l’imitation des peuplades de pirates qui ravageaient leurs côtes, ils bâtirent des villes et des citadelles.
Les contrées habitées par les Pélasges du nord, coupées de hautes collines escarpées et de ravins, étaient singulièrement riches en pierres propres à élever des constructions durables. Aussi ces Pélasges ne se firent-ils pas faute d’employer ces matériaux à profusion, en évitant toutefois les lenteurs de la main-d’œuvre*, car ils ne se servaient encore que d’outils de cuivre qui ne leur permettaient pas de donner à ces matériaux une façon délicate. Quand aux traditions d’art, ils n’en possédaint aucune, et le peu qu’ils avaient pu recueillir se bornait à des souvenirs fugitifs empruntés aux Mèdes du nord pendant leurs séjours au sud du Caucase et aux objets qu’ils échangeaient avec les Cariens et les Lyciens contre des produits de leurs terres. '
Toutefois ces villes péiasgiques conservaient, malgré l’extrême simplicité des constructions, un caractère de force et de grandeur en concordance parfaite avec la rudesse des mœurs et l’état primitif des habitudes.
Profitant des localités déjà défendues par la nature, des promontoires, des lieux escarpés, ils entouraient les crêtes de murailles épaisses faites de gros blocs de pierre non équarris, mais posés irrégulièrement suivant la méthode des Thyrréniens.
histoire de l’habitation.
C’était la citadelle renfermant les trésors, un ou plusieurs temples et l’habitation des chefs de tribus.
Autour de cette citadelle, se groupaient les habitations qui elles-mêmes étaient entourées d’une enceinte. Les principaux d’entre les Pélasges, qui n’avaient pas leurs logis
dans la citadelle, bâtissaient leurs maisons sur quelque point peu abordable, dominant.
Si la hutte du pâtre et du cultivateur était circulaire, la demeure du riche conservait cette forme consacrée par l'usage au moins dans une de ses parties • car alors les temples mêmes étaient bâtis sur plans circulaires. Mais les demeures des riches étaient presque entièrement faites de pierre, parfois avec un portique en bois.
La figure 56 donne le plan d’une de ces maisons parmi les plus spacieuses et les plus riches. Bâtie sur le sommet d’un monticule rocheux*, elle est entourée d’une muraille qui couronne ce sommet nivelé, en profitant de toutes les sinuosités naturelles. Un escalier AB permet d’atteindre la plateforme ; mais, en G, une porte clôt le degré vers le milieu de la montée. En D, est un portique composé de troncs d’arbres grossièrement travaillés portant une poutre longitudinale sur laquelle reposent les solives et le comble. On pénètre par une seule porte dans le vestibule E, lequel donne à droite dans une salle G, où se tiennent les serviteurs et les étrangers, avec une cuisine circulaire en H ; à gauche, dans une salle pareille F, qui sert de logis au chef, et une petite chambre en I, qui est le trésor de sa famille. Du vestibule, on entre directement dans la salle circulaire K. C’est là que se tiennent les réunions et que l’on procède aux repas en commun. En L, est une citerne recueillant et conservant les eaux pluviales. En M, sont des huttes pour les serviteurs.
Voici comment les Pélasges construisent leurs demeures,
La figure 57 donne en A la coupe transversale de la salle G et du portique. En B, la coupe de la salle circulaire K.
Toute la structure étant faite de grandes pierres, c’est à force de bras que l’œuvre s'élève, en établissant des plans inclinés de pierres et de terre que l’on enlève quand tout est achevé.
Mais il faut dire que c’est surtout pour élever les soubassements que les matériaux d’un fort volume sont apportés*, quand les ouvriers en viennent aux parois inclinées formant encorbellement, ils emploient des pierres plus légères et les choisissent plates. Lorsque toute la structure est élevée, en ayant le soin de faire que chaque pierre recouvre exactement les joints des pierres placées au-dessous, on enduit la partie supérieure de terre grasse mêlée à de la paille, de manière à couvrir toutes les pierres présentant des pentes à l’extérieur.
Les Pélasges prétendent que ces constructions ont été ainsi ordonnées par leurs ancêtres; mais il est certain qu’ils se sont inspirés pour les élever de ce qu’ils ont vu sur les côtes de l’Asie, en Carie et en Lycie, bien que, dans ces contrées il y ait deux manières de bâtir, l’une toute de pierres, qui semble appartenir aux Thyrréniens et qui se rapproche beaucoup de celle que l’on voit ici ; l’autre de bois, qui ap-
partient plus particulièrement aux traditions aryennes que possèdent les Ioniens.
Il y a d’ailleurs différentes versions sur l’histoire des migrations des peuples auxquels on donne le nom de Ioniens, mais dont l’origine aryenne ne saurait être douteuse, bien qu’ils se soient mélangés avec les peuplades sémitiques de l’Asie occidentale à une épcque fort reculée. Ces Ioniens auraient passé de l’Asie en Europe, dans le Péloponèse, d’où ils auraient été chassés par les Achéens-, les uns seraient retournés en Asie où ils fondèrent des colonies, d’autres se seraient réfugiés sur la côte de l’Élide et dans l’archipel qui conserve leur nom.
VUE DE LA MAISON DU NOBLE PÉLASGE (p. l6l),
Mais revenons à l’habitation pélasgique dont le plan vient d’être donné. La figure 58 en présente la vue perspective, avec son enceinte escarpée, couronnée de grosses pierres brutes qui forment autant de merlons, entre lesquels s’ouvrent des créneaux utilisés pour la défense. Quelques oliviers et figuiers occupent la plate-forme autour des huttes réservées aux serviteurs. Le portique construit en bois, recouvert de joncs ou de chaume, est le lieu où la famille se tient habituellement tout le jour. Les entre-colonnements sont en partie fermés par des claies. Ces Pélasges vivent comme il vient d’être dit, en tribus plus ou moins puissantes, mais qui, de jour en jour, tendent à s’unir pour former des fédérations. Leurs occupations se partagent entre la culture de la terre, l’élevage des bestiaux et la piraterie.
Ils demeuraient toutefois dans un état de simplicité qui contrastait avec les développements des populations ioniennes de l’Asie. Celles-ci, en contact permanent avec des nations déjà très-avancées dans la pratique des arts, bâtissaient des édifices somptueux et dans lesquels se reflétaient, pour ainsi dire, les traditions originelles et les influences de leurs voisinages, ainsi qu’on va le voir.
HISTOIRE DE l’hABITATI ON.