‹ Histoire de l'habitation humaineChapitre 3 sur 46 · LES ARYAS · texte numérisé non relu

LES ARYAS

Doxi et son compagnon se sont arrêtés au milieu d’une contrée élevée. C’est un immense plateau dominé du côté du nord par une chaîne de montagnes dont les sommets perdus dans les brumes sont rarements visibles.

Des vallées larges et profondes sillonnent ce plateau, et des torrents précipitent leurs cours sur les pentes et dans les fonds couverts de débris et de forêts.

Des neiges éternelles revêtent les hauteurs. Amoncelées, elles se répandent en longues traînées de glace jusqu’au fond de ces vallées, creusant de brillants sillons et poussant devant elles des roches et des sables. Si parfois les rayons du soleil réchauffent l’atmosphère, bientôt les vapeurs s’élèvent de toutes parts, le long des pentes, enveloppant les sommets, s’amoncellent, l’obscurité se fait et des orages terribles durent plusieurs jours.

Surpris par une de ces tempêtes, Épergos et Doxi se sont abrités sous une roche. La pluie serrée ne leur permet pas de distinguer les objets à quelques pas, et les échos se renvoient les détonations de la foudre qui semble éclater de

tous les points de l’horizon, lorsqu’une voix claire et vibrante frappe l’oreille des deux compagnons; ils n’ont jamais entendu sur la terre rien qui rappelle ces intonations. La voix se rapproche ; ils peuvent percevoir les paroles :

« Le lait de la nue a grossi nos flots et nous allons toutes au réservoir que le Dieu nous a préparé. Nous ne pouvons arrêter notre course.... Que désire le sage qui interpelle les rivières? »

« Qu’est-ce là ? dit Épergos. — C’est le vent qui mugit, répond Doxi. — Non pas, c’est un esprit.... Il toucheau rocher.... »

En effet, un personnage semblable aux deux compagnons prend place sous la roche.... « Qui es-tu? lui dit Épergos. — Arya, répond le nouveau venu. — Tu es seul? — Non, je suis le père d’une nombreuse famille, j’ai une femme, des enfants, des neveux, près d’ici, dans ma demeure. Venez-y, vous vous reposerez mieux que sous ce rocher; mais attendons un peu que les nuées s’éloignent. — • Et que faites-vous dans cette demeure? — La mère élève nos enfants, j’ai des troupeaux que je soigne, et de leur lait je nourris la famille. Avec mes armes, je la défends contre les animaux sauvages et les ennemis. Le matin, avant le lever du soleil, et le soir, après son coucher, nous sacrifions.... Les garçons m’aident au dehors, les filles tissent des vêtements, recueillent le sôma , traient les vaches, tiennent la demeure nette de souillures. — Y a-t-il d’autres familles que la tienne? — Beaucoup. — Que dis-tu de cela, Doxi? — Je dis que le créateur a créé; tout est bien. — Nous verrons », se dit Épergos.

La pluie tombe moins drue, et des vapeurs blanchâtres, poussées par le vent, se déchirent en lambeaux à travers les forêts; tantôt elles laissent voir entre elles des taches noires, le fond de la vallée ou quelque pointe de rocher; tantôt elles ne forment plus qu’une masse grise dérobant tous les objets

à la vue. « Allons! » dit Yhom,çX les deux compagnons suivent leur guide.

Bientôt à travers le brouillard apparaissent deux jeunes garçons : « Père! disent-ils, la tempête est terrible là-haut. Nous allions à ta recherche. Sois le bienvenu! — Voici des hôtes, répond le père. Gourez dire à la mère qu’on prépare ce qu’il faut. »

Doxi, Épergos et le père atteignent l’habitation. Elle est adossée à de hautes roches qui l’abritent du vent. Le toit, très-saillant, est supporté par des troncs d’arbres fourchus. Les parois sont composées d’autres troncs d’arbres poses horizontalement les uns sur les autres et assemblés entre eux aux angles.

Des deux côtés de l’habitation, un peu en avant, sont deux cabanes : l’une est destinée aux bestiaux pendant l’hiver, l’autre contient du fourrage (fig. 3). Les parois de ces cabanes sont faites de grosses nattes de branchages.

Ces trois logis laissent entre eux une sorte de plate-forme, au milieu de laquelle est une grosse pierre lisse et propre.

La mère, entourée de ses enfants, reçoit les deux hôtes sous le portique et les fait entrer dans la case, au fond de laquelle, le long du rocher servant d’appui à la construction, brille un feu clair dont la fumée s’échappe par une ouverture pratiquée dans le toit et une longue trémie de bois.

Des nattes de jonc couvrent le sol battu*, d’autres nattes sont tendues le long des parois et en travers de la case qu’elles divisent en trois parties à peu près égales. Des peaux d’agneau jetées sur des tas d’herbes sèches forment des sièges autour du brasier, devant lequel un large pot de terre noire laisse échapper une vapeur d’une odeur agréable.

Épergos considère toutes ces choses non sans surprise; quant à Doxi, il s’assied près du foyer et regarde la flamme.

« Mère, dit Yhom, apprête le repas; ces étrangers doivent

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avoir faim. » Puis se tournant vers ses hôtes : « Vous êtes fatigués peut-être ; prenez quelque repos avant de manger.

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