‹ Histoire de l'habitation humaineChapitre 4 sur 46 · TU · texte numérisé non relu

TU

Voilà des peaux d’agneau prêtes à vous recevoir. — Non, dit Épergos, nous n’avons nul besoin de repos.... Puis-je te demander si vous êtes établis ici depuis long-

temps? — Pourquoi cette question, étranger? T ais-je demandé d’où tu venais, où tu allais? Les Aryas ont toujours habité cette montagne; mon père et le père de mon père demeuraient dans cette maison, qui est à nous ainsi que les pâturages voisins. Mais que t’importe? — Pardonne; mais mon compagnon et moi ne savons rien de ces choses. Nous ignorions que ces hauts plateaux fussent habités par des Aryas. Nous n’avions vu sur la terre que des êtres inférieurs à toi, vivant, comme des animaux, de chair crue et d’herbes sauvages, ne sachant se construire des abris, nus et sordides. — Oui, les Dasyus, réplique le maître, race maudite. Indra les chassera de la terre qu’ils souillent de leur présence et qui appartient aux Aryas ! »

A ces derniers mots, Doxi ébaucha un sourire.

La tempête redoublait de fureur. Des nuées noires s’accumulaient sur les sommets voisins, et les reflets d’une lumière blafarde le cédaient à la clarté de la flamme du foyer. Le vent soulevait la natte suspendue devant la porte triangulaire et poussait des grêlons jusqu’au milieu de la case. Les petits enfants, attachés à la longue tunique de leur mère, étaient devenus silencieux, pendant que le père et son fils aîné fixaient les nattes qui fermaient les issues à l’aide de cordes de roseau.

Le tonnerre ne cessait de gronder, mais sourdement.

Par moments ie calme se faisait, puis on entendait comme un long gémissement lointain qui se rapprochait, semblant partir de tous les points à la fois. Alors les arbres voisins craquaient, la cabane tremblait et la pluie fouettait avec violence sur les écorces de sapin qui couvraient la toiture.

Bientôt l’eau, chassée contre le rocher auquel était adossée la maison, se fit jour par quelques fissures et envahit le sol; un craquement se fit entendre : c’était le sommet du large conduit de fumée, entraîné par l’eau, qui s’affaissait.

HISTOIRE DE l’ H A B IT AT I O N .

Un torrent de boue se précipita alors sur le foyer. La case n’était plus tenable*, la fumée, la grêle, une eau noire, l’envahissaient de tous côtés. Il fallut se réfugier dans l’étable vide en ce moment, les bestiaux étant aux pâturages.

L hom et sa compagne songèrent d’abord à leurs hôtes. Tant bien que mal on put se caser dans cette cabane, et pour souper il fallut se contenter de lait, de fromage et de graines de pin. Vers la fin de la nuit cessa la tempête, et les étoiles parurent au ciel.

Au moment où elles commençaient à pâlir, le père et la famille sortirent de la cabane et s’avancèrent vers la pierre placée au milieu de la plate-forme. La mère tenait deux vases de terre, l’un renfermant la liqueur extraite du sôma , l’autre du beurre.

Le père, ayant tiré de dessous son vêtement un paquet d'herbes et de branches sèches, le posa sur la pierre, et, faisant pivoter rapidement un brin de bois dans un morceau d’écorce, celui-ci noircit bientôt et s’enflamma. Le feu étant communiqué aux herbes sèches, la mère répandit dessus un peu de la liqueur du sôma; aussitôt la flamme brilla d’un vif éclat, et le père, d’une voix vibrante, prononça ces paroles :

« J’invoque pour vous le brillant Agni, hôte du peuple.... Qu’il répande des flots de lumière et que de son foyer il comble de biens son serviteur.

« On aime à honorer ce Dieu, qui est comme votre bien; on aime à le voir grandir et produire ses lueurs. Sur la ramée il agite ses flammes. »

Puis la mère ayant jeté du beurre sur l’autel, le feu prit en pétillant une nouvelle intensité :

« S’acharnant sur le bois qu’il dévore, il brille, il court comme l’eau, il résonne comme un char, il trace en brûlant un noir sentier. Il plaît comme le soleil qui sourit entre les nuées.

(( Donne-nous, ô Agni, de vaillants compagnons, une heureuse abondance, une belle famille et de grands biens ! »

Le soleil commençait alors à semer des touches d’or sur les cimes neigeuses se détachant sur l’azur profond du ciel. L’air était vif et pénétrant. La famille, silencieuse, demeurait debout devant la flamme, les yeux fixés du côté de l’orient. On n’entendait que le murmure du torrent voisin.

Les deux compagnons se tenaient à l’écart. Épergos dit alors tout bas à Doxi : « Que penses-tu de tout ceci ? — Je pense que ces Aryas, puisqu’ils se nomment ainsi, détruiront l’œuvre du Créateur. Il n’était pas besoin d’eux sur la terre. »

Épergos ne répliqua pas.

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LA NOUVELLE HABITATION DE l’ a HOM. »

« Prends soin de nos hôtes, dit le père à sa compagne. Je vais chercher mes frères pour nous aider à rebâtir notre demeure. » Et emmenant son fils aîné avec lui, il s’enfonça dans la forêt voisine.

La femme, aidée de son second fils, après avoir servi du lait à ses hôtes, se mit à chercher dans les débris de la maison écroulée les objets qui pouvaient encore être utilisés.

Épergos, soulevant les bois effondrés, l’aidait, tandis que Doxi semblait plongé dans ses réflexions.

« Doxi ! cria Épergos, viens aussi à notre aide. — Pourquoi, répondit Doxi, si cette cabane est tombée, chercher à la relever? — Mais, répliqua vivement son compagnon, lorsque la tempête a détruit le nid, l’oiseau ne le façonnet-il pas de nouveau? Si une pierre tombe dans la fourmilière, les fourmis n’en font-elles pas une autre à côté ? — C’est vrai, » répondit Doxi, et il alla aider au déblai.

Vers le milieu du jour, le père revint avec ses deux frères, et au coucher du soleil l’emplacement de la cabane était déblayé. Les frères avaient apporté des provisions.

Le temps était beau ; on alluma un grand feu sur la plateforme, et, s’asseyant autour sur des mottes de gazon, les habitants et les deux compagnons, après avoir mangé, devisèrent ainsi :

« Hôte, dit Épergos, si vous élevez votre maison contre ce rocher, ne craignez- vous pas que la première tempête ne la renverse de nouveau? — Oui, répondit l’Arya; mais mon père a demeuré là, et je veux y demeurer. — Soit ; mais alors ne faudrait-il pas détourner les eaux des pluies qui, réunies là-haut, viennent fondre sur le toit? — Blasphémateur! dit tout bas Doxi, qui t’a donné le droit de détourner les eaux du ciel ? »

Épergos se contenta de sourire, et poursuivant :

« Au jour, nous monterons sur ce rocher et nous verrons si Ton peut rejeter les eaux du ciel à droite ou à gauche de votre habitation. — Cela doit être possible, reprit le père; j’y avais déjà songé. — Puis, continua Épergos, que n’élevez-vous les parois de votre habitation avec des débris de pierre et de la terre? Elle aurait ainsi plus de stabilité et vous préserverait mieux du froid et du chaud. — Nous essayerons, répliqua l’Arya.

— Hom ! dit alors Doxi , vous avez prononcé tout à l’heure une sage parole; vous avez dit que vous vouliez retrouver la maison de votre père; refaites-la donc telle qu’elle était, telle que votre père vous l’a laissée. — Mais, reprit Épergos, qui te dit que la maison détruite hier était de tout point pareille à celle qui s’élevait probablement à la même place avant elle? — Elle n’était point pareille, dit ,’Arya; car mon père m’a raconté que celle de son père était moins vaste et qu’elle était couverte d’herbes sèches. — Donc, répondit Épergos, nous pouvons faire la nouvelle plus spacieuse et plus solide que n’était la dernière. — Où borneras-tu tes désirs? murmura Doxi. — Pourquoi les bornerais-je? Mettons-nous à l’œuvre, ce sera mieux que de

discourir.... Femme, continua Épergos en s’adressant à son hôtesse, dites-nous, vous qui demeurez toujours dans la maison et prenez soin des choses qu’elle renferme, si l’habitation ruinée vous convenait de tout point; si vous la trouviez assez large, assez haute, assez bien close? — Il est vrai, répondit la femme, que les enfants y étaient à l’étroit, que, par les grands vents, la fumée nous incommodait souvent, que nous avions peine à nous garantir contre la bise ou la chaleur. Telle qu’elle était cependant, nous y avons vécu heureux et en paix. » Et elle se prit à pleurer.

« Point de larmes inutiles, dit l’Arya. Mettons-nous à l’œuvre avant que le soleil ait disparu derrière la montagne. Viens avec nous, mère, et dis à cet étranger ce que tu désires de plus que ce que nous possédions, puisqu’il montre la volonté de nous aider. »

La femme alors indiqua sur la place des ruines déblayées l’espace qu’elle entendait donner aux enfants, à la salle commune, à la pièce qu’elle réservait pour elle et son époux. Et ce n’était pas sans verser de nouvelles larmes qu’elle désignait ainsi chaque partie de sa maison. « Tu le vois, dit Doxi, cette femme ne songe qu’à son habitation détruite, et tout ce que ton savoir élèvera ne pourra jamais lui faire oublier cette ancienne demeure où elle a élevé sa famille. Contente-toi donc de ce qui était , nos hôtes seront heureux et te béniront. — Laisse-moi faire, répondit Épergos. Le bien présent fait oublier le bien passé, le fruit fait oublier la fleur. — Et l’hiver flétrit l’un et l’autre, » dit Doxi entre ses dents.

L’Arya ne disposait, en fait d’outils, que de haches de silex emmanchées, et de sortes de scies obtenues à l’aide de la même matière.

Pendant que l’hôte, ses frères, Épergos et l’aîné des enfants s’en allaient dans la forêt voisine pour couper les bois nécessaires, Doxi était resté près de la mère. Il ramenait

son souvenir sur l’habitation détruite et se plaisait à lui faire décrire jusque dans les moindres détails les diverses parties de cette case, les meubles primitifs qu’elle renfermait, les événements de famille dont elle avait été le témoin. Doxi semblait s’émouvoir à chaque souvenir touchant exprimé par son hôtesse, et répétait sans cesse : « Refaites-la donc, femme, cette demeure, de telle sorte que vous retrouviez chaque chose à la place qu’elle occupait, et que vous ne puissiez rien regretter du passé ! »

Quand le soir revinrent les homs , couverts de sueur et traînant derrière eux des bois recueillis dans la forêt, ils virent la femme triste et silencieuse. Le repas n’était pas préparé et ils avaient grand faim. « Mère ! dit l’Arya, qu’est-ce donc, et pourquoi ce visage triste ? Qu’est-il arrivé,

qui t’a empêchée de préparer notre nourriture ? » La femme, les yeux rouges, ne répondit pas et s’empressa de réparer 1- |emPs Perdu. « La mère, dit Épergos, regrette son habitation détruite ; son chagrin lui a fait oublier nos besoins et les siens propres. C’est trop naturel. Quand elle se trouvera maîtresse dans une demeure plus ample et mieux close, sa tristesse s’évanouira. Laissez-la à ses regrets, et demain mettons-nous à l’œuvre. »

En effet, dès la pointe du jour, on se mit à tracer la nouvelle maison et à tout préparer pour l’élever prompt ment. Suivant les avis d’Épergos, la maison devait s elever sur une plate-forme composée d’une bordure de grosses pierres, afin de soustraire le sol intérieur à l’hu-

midne qu’entretenait la pluie autour de l’ancienne habitation.

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Puis, le périmètre de la maison fut d’abord formé de pierres assemblées avec soin. Un premier rang fut placé sur le sol (fig. 4), la face la plus large en bas-, puis, à fi aide de deux morceaux de bois réunis par une cheville (fig. 5), on prit l’angle rentrant abc donné par les deux pierres déjà posées, et on alla chercher une pierre qui présentât à peu près cet angle *, l’ayant trouvée*, on plaça cette pierre A dans cet angle rentrant, et ainsi pour tout le premier rang, de telle sorte

qu’à la fin du jour, on avait formé le soubassement de la demeure future (fig. 6), en laissant vide l’espace de la porte.

Avec des fragments plus petits, on égalisa ce soubassement. Ces murs s’appuyaient contre le rocher.

« A la place de ces troncs d’arbres empilés qui formaient les parois de votre demeure, dit Épergos le lendemain, lorsqu on eut repris le travail, si nous élevions ces murs de pierre jusqu’à la hauteur du toit, nous aurions ainsi un abri plus solide et durable ? — Certes, répondit le père, mais comment pourrons-nous élever ces pierres ? nous avons eu bien de la peine déjà à poser les dernières. — Voici , reprit Épergos, ce que nous pouvons faire. Nous ne monte-

rons pas les pierres du bas, mais nous irons les chercher là-haut, sur le rocher, et nous les descendrons à l’aide de troncs d’arbres inclinés comme sur un chemin. A mesure que le mur s’élèvera, nous donnerons moins de pente aux troncs d’arbres en posant ceux-ci sur ce mur. — Essayons, » dit l’Arya. En effet, du haut du rocher, sur des arbres accouplés, disposés en pente et portant leur extrémité inférieure sur les murs latéraux, déjà sortis du sol, les pierres furent descendues, retenues par des liens faits de branches souples. Ainsi les murs s’élevaient-ils sans trop de peine, en

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réservant les ouvertures de la porte et des fenêtres. Cette opération ne laissait pas toutefois de prendre beaucoup de temps, car les travailleurs n'étaient pas fort habiles; puis la pluie se reprit à tomber pendant vingt-quatre heures. Un soir que la famille et ses hôtes prenaient leur repas, accroupis autour d'un brasier, abrités par des nattes, le découragement se peignait sur les visages ; les enfants, pelotonnés autour de leur mère, grelottaient, et les propos étaient rares. Epergos seul conservait sa gaieté ordinaire. « Je vois, dit-il enfin, que la tâche entreprise vous paraît lourde et trop

HISTOIRE DE l’ HA BIT ATI ON.

longue. Nous aurions plus tôt fini si nous avions fait des parois à Taide de troncs d'arbres empilés, ainsi que cela était pratiqué pour la maison détruite.

— C'est, dit aussitôt Doxi, ce que commandait la sagesse ; et aujourd’hui, cette femme et ses enfants seraient à l’abri dans leur demeure si ton imprudence ne t'avait pas engagé à entreprendre un travail au-dessus de tes forces. — Hélas ! soupira la mère. — Considérez cependant, reprit Epergos, que la durée n’est acquise qu’à ce qui exige du temps pour croître, et du travail. Le chêne croît plus lentement que la fougère; mais celle-ci se dessèche pendant l’hiver, tandis que le chêne persiste et finit par couvrir de ses branches un large espace. L’insecte se fait une demeure pour sa vie qui s’éteint avec la belle saison et n’a point à se préoccuper des générations qui le suivent. Mais vous, Arya, vous devez vous construire un logis pour votre vie et, s’il est possible, pour celle de vos enfants, car ils se souviendront de vous, s’ils conservent le toit que vous leur avez fait, et vous croiront toujours parmi eux. La vue des lieux que vous avez habités leur rappellera votre courage et vos soins. Mon compagnon Doxi prétend que tout est pour le mieux et doit être dans l’avenir comme dans le présent. Il entend conserver le bien comme le mal, l’incomplet comme le fini. N’écoutez pas trop ses propos, si vous voulez vous distinguer de la brute.

— Le Créateur de toutes choses, répliqua Doxi, non sans une certaine aigreur, a réparti à chaque être une dose d’intelligence qui lui permet d’obtenir ce qui lui convient ; aller au delà, c’est franchir la limite qu’il a tracée. Ces Aryas ont des instruments avec lesquels ils tranchent le bois et brisent la pierre, c'est déjà trop; l’oiseau n’a pas besoin d’outils pour faire son nid, et il vit ainsi dans la limite qui lui est assignée, sans désirer plus ou mieux. Tu as trouvé cette famille établie dans une habitation qui lui semblait bonne et

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où elle vivait tranquille; un accident a détruit cette demeure, et aussitôt ton humeur inquiète suggère à notre hôte la pensée d'en élever une nouvelle dans des conditions qui dépassent ses forces et qui demandent de longs jours, tan-

dis qu’il pouvait rentrer sous son toit, rétabli tel qu’il était, en quelques heures. Est-ce sage ?

Nous aurions fini plus tôt si tu nous avais prêté ton aide, interrompit Épergos. Mais puisque Vhom conçoit le mieux, il doit suivre le penchant qui le porte vers ce mieux; et c’est aiier contre les vues du Créateur de lui dire : Tut’ar-

rêteras là. » L’Arya avait écouté attentivement cette discussion ; mettant la main sur l’épaule d’Epergos, il lui dit : « Hôte, il sera fait comme tu l’as dit. »

Le lendemain, la famille se mit au travail avec une ardeur nouvelle et peu de jours après la maison était achevée

(fig- 7)- •

Les baies, suivant le conseil d’Épergos, avaient été construites au moyen des jambages de bois inclinés avec traverses au-dessus (fig. 8). Les pierres venaient s’appuyer contre ces jambages et poser sur ces linteaux, de telle sorte qu’elles étaient solidement maintenues. Les joints, plus ou moins ouverts entre les pierres, avaient été remplis de

mousse mêlée à de la terre grasse. Des nattes fermaient les baies. Devant l’habitation s’élevait, sur la plate-forme qui relevait la construction au-dessus du sol naturel, un portique composé de troncs d’arbres fourchus, debout, qui recevaient une traverse sur laquelle s’appuyaient les bois supportant la toiture faite d’écorces de sapin. Cette fois, la cheminée était construite à l’aide de grandes pierres plates posées verticalement. Sur ce foyer s’élevaient les membrures auxquelles étaient fixées les écorces de bois formant le conduit de fumée. Les écorces étaient retenues par des liens d’osier et le tout était enduit de terre grasse qu’on trouvait dans les environs.

Sur le sommet du rocher, ks travailleurs avaient fait un

HISTOIRE DE l’h ABITATION.

barrage au moyen de troncs d’arbres couchés, entremêlés de cailloux reliés avec de la terre. Ainsi les eaux pluviales coulaient-elles à droite et à gauche et ne pouvaient plus envahir la toiture. On s’installait dans cette nouvelle demeure, plus spacieuse, plus solide et mieux close que n’était la précédente. On travaillait aux nattes qui devaient former les cloisons. Le père préparait les poteries destinées à remplacer celles qui étaient brisées. Il se servait pour cela de l’argile recueillie dans le voisinage et qu’il façonnait avec ses mains sur une plaque de schiste posée sur un pivot de pierre. Il faisait pirouetter cette assiette afin de donner aux vases la forme circulaire. Épergos le regardait faire tout en considérant avec attention quelques fragments des poteries brisées par la chute de la maison. « Gomment donnes-tu la dureté nécessaire à ces vases pour qu’ils puissent contenir Feau ? — En les faisant sécher au soleil et en les entourant de feu lorsqu’ils sont bien secs.

— Mais alors, reprit Épergos, tu pourrais faire des murs avec cette terre, et leur donner une grande dureté en les entourant d’un feu ardent ? — Ces masses de terre ne pourraient sécher suffisamment, elles conserveraient de l’humidité dans leur épaisseur et elles éclateraient à la chaleur, car si nos vases sont trop épais et s’ils ne sèchent pas entièrement avant qu’on ne les fasse cuire, ils éclatent. — Oh î alors, on pourrait cuire des morceaux de terre assez petits pour bien sécher, et, de leur réunion, composer des murs plus faciles à élever que n’ont été les nôtres faits de lourdes et grosses pierres. » L’Arya avait, en écoutant son hôte, suspendu son travail ; il réfléchit quelques instants, puis, prenant de la terre molle, il la battit sur une pierre de façon à l’amincir, il la coupa en carre avec un morceau de bois tranchant et il dit :

« Tu penses bien, Epergos ! nous essayerons de cuire ceci avec les vases. »

HISTOTRE DE L'HABITATION.

Peu après, ia chaleur du soleil aidant, les poteries furent bien sèches ; l’Arya éleva autour un mur circulaire de cailloux, puis il remplit le tout de menu bois auquel on mit le feu en ayant le soin d’entretenir la flamme. En une demijournée, les vases semblèrent suffisamment cuits ; on les laissa refroidir doucement jusqu'au lendemain matin. Sur le nombre, quelques-uns étaient brisés ou déformés -, quant à la plaque de terre, elle était dure, sonore et d’une belle couleur brune. « Eh bien, dit Epergos à son hôte, tu n’as plus besoin d’autre matière pour faire les murs que tu voudras élever. Tes enfants peuvent façonner des morceaux de terre et quand tu en auras un certain nombre, tu les feras cuire ensemble, et ainsi pourras-tu dresser dans ta maison une aire bien sèche et propre; tu pourras aussi, si tu obtiens de ces plaques assez grandes et minces, les poser sur les bois qui forment le toit et mettre ta famille à l’abri de la pluie. »

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