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histoire de l’habitation.
d’une avant-cour B donnant sur la cour principale G, bordée par un portique D et trois chambres E. Dans l’une de ces chambres, un escalier montait au premier étage, distribué de la même manière que le rez-de-chaussée. En G était la
cuisine et en F des magasins de provisions n’occupant qu’un rez-de-chaussee. De 1 avant-cour B on entrait aussi dans la basse-cour I, avec logements Lpour les familiers, et grande écurie en K. Des jardins occupaient l’espace H et, en M, étaient disposées des latrines.
La figure 78 représente la vue cavalière de cette habita-
tion, prise du point X. Les planchers étaient faits de pierre comme ceux des maisons d’Androna et des arcs portaient les chevrons des combles. Puis le double portique donnait à ces constructions une apparence d 'élégance que ne possé-
daient pas celles dont on vient de voir un spécimen. On trouvait là un mélange des traditions asiatiques et grecques qui plut fort à Épergos.
La bâtisse bien faite, en grandes pierres, posées sans mortier, avait un air de solidité tout à fait rassurant dans une contrée où les tremblements de terre sont fréquents.
Deux citernes situées sous les pièces F et L, auxquelles on descendait par les escaliers a et b\ permettaient d arroser les jardins, car elles étaient alimentées pendant une bonne partie de l’année par un filet d’eau filtrant à travers les couches calcaires sur lesquelles s’appuyaient les bâtiments.
Les intérieurs de cette habitation ne différaient point d’ailleurs de ceux des maisons d’Androna; même mobilier très-simple, même richesse d’étoffes. Quant aux habitants, bien que leur principale occupation fût l’alimentation des caravanes et le commerce, ils cultivaient cependant quelques vergers d’oliviers, des vignes, des orangers, et n’étaient point obligés d’acheter et de faire venir de loin toutes les denrées nécessaires à la vie. Aussi étaient-ils moins âpres au gain que les gens de la contrée sauvage, poudreuse et aride, qu’Epergos et Doxi venaient de quitter.
Théagènes était de petite taille, ses yeux brillants comme deux diamants noirs, étaient sans cesse en mouvement, et toute sa personne semblait mue par des ressorts. Il reçut les deux compagnons, tout en donnant des ordres à ses serviteurs, mettant la main à tout, s’enquérant de tout, répondant à toutes les questions à la fois. Faire mettre les chevaux à l’écurie, indiquer aux voyageurs leur logis, les interroger sur le but de leur voyage, s’occuper du repas, cela fut l’affaire de quelques instants. Et pendant qu’Epergos et Doxi se reposaient à l’ombre, sous le portique, qu’on leur apportait de l’eau fraîche et des fruits, le petit homme allait et venait, appelant les femmes, gourmandant les palefreniers, faisant observer que tel ustensile n’était point à sa place, qu’il fallait tuer un mouton, que telle caravane était en retard et qu’il était l’heure d’arroser le jardin.
La maison, grâce à l’activité du maître, était d’une propreté irréprochable. Les murs blanchis à la chaux à l’inté-
ï. Voyez figure 77.
rieur, ne laissaient apparaître nulle souillure, et les serviteurs, à l’exemple de Théagènes, ne demeuraient pas un moment en repos. Ces façons d’être contrastaient si bien avec les habitudes nonchalantes des Orientaux, au milieu desquels les deux compagnons vivaient depuis plusieurs mois, qu’ils se demandèrent d’où pouvait venir ce petit homme si remuant.
Pendant le repas du soir, lorsque la famille fut réunie, Épergos et Doxi, après avoir répondu aux nombreuses questions de leur hôte, ne purent s’empêcher de le complimenter sur son activité, sur la bonne tenue de son habitation, et de lui demander s’il était né dans la contrée. « Non point, répondit Théagènes, je suis né à Samos, j’ai longtemps fait le commerce, naviguant sur les côtes, depuis Smyrne jusqu’à Tyr. Ayant amassé quelque argent, et voulant finir mes jours tranquillement, je suis venu ici, sachant que maintenant, sur ces voies de Perse à Antioche, on peut, avec de l’activité, doubler son avoir en peu de temps*, j’ai fait rebâtir cette maison qui était délabrée quand je l’ai achetée, et j’espère, dans quelques années, pouvoir retourner à Samos avec une belle fortune. — Ainsi, dit Épergos, vous n'êtes pas attaché à ce pays ? — Certes non *, que faire ici ? c’est un lieu de passage, où la vie est difficile, où l’on trouve plus de voleurs que d’honnêtes gens, où la population change sans cesse. Il faut se presser d’y faire fortune, et pour cela veiller à tout et sur tout, autrement on est bien vite ruiné. Les trois quarts des propriétés que vous voyez en ce pays sont entre les mains des usuriers qui ont fini par déposséder les maîtres, et, si cela continue, le pays tout entier appartiendra aux riches d’Antioche qui ne prêtent leur argent qu’à bon escient. Ceux-ci louent fort cher ces domaines à des Grecs, à des Arméniens, qui ont grand’peine à mettre les deux bouts ensemble, et s’en vont souvent sans payer. Ainsi, l’amour du gain, le besoin d’argent qui chaque jour se
fait sentir davantage chez les gens d’Antioche, tendent à détruire la source de richesse de cette belle cite} car que deviendrait Antioche sans toutes ces stations qui permettent aux caravanes de venir en si grand nombre à travers l’Arabie, pour y apporter les produits de la Perse?
« Et comment admettre que des hommes continueront à vivre dans ces contrées ingrates, s’ils n’y trouvent de grands avantages ? — Eh ! interrompit Doxi, cette population riche d’Antioche n’est-elle pas chrétienne? — Si fait, mais le christianisme n’a point fait perdre à ce monde-là ses habitudes d’usure, malgré les évêques et les conciles qui essayent en vain de guérir cette plaie asiatique chez les nouveaux convertis. Mais les habitudes d’usure sont tellement invétérées chez nous, que beaucoup de familles, parmi les plus considérables et les plus riches, n’ont pas eu, depuis plusieurs générations, d’autres moyens de soutenir leur rang et leur fortune. Ainsi la plupart des hommes libres qui vivent de leur travail voient-ils tous leurs gains tomber aux mains des riches oisifs de ces grandes villes tout éclatantes de luxe. Il n’en est pas moins vrai que les stations situées entre Palmyre, Épiphanie et Antioche, tendent à se dépeupler. Cependant des persécutions, commencées contre certaines sectes de chrétiens depuis l’établissement du siège de l’empire à Byzance, ont ramené dans ces contrées des familles qui ont été forcées de quitter la capitale. — Comment! reprit Doxi, les chrétiens se persécutent déjà entre eux? A peine sont-ils les maîtres dans l’empire depuis quelques années! » Théagènes se contenta de sourire et souhaitant une bonne nuit à ses hôtes, prétextant la nécessité pour lui de se lever de grand matin, il les laissa se livrer au repos.
Restés seuls, Épergos et Doxi tinrent conseil. Que feraient-ils? où iraient-ils? L’Occident ne leur promettait rien de nouveau, ils l’avaient visité dans tous les sens. Ils résolurent donc de pousser leurs explorations vers l’est, en pas-
HISTOIRE DE l’ H AGITATION.
sant au nord de l’ancienne Médie, dans la Bactriane, en traversant les cours supérieurs de l’ Indus et du Gange, en longeant les monts Émodi et poussant toujours à l est jusqu’à ce que la terre leur manquât. Ce projet sourit à Doxi qui prenait l’Occident en aversion, depuis surtout que l’empire avait embrassé le christianisme. « Nous verrons, en passant, disait Épergos, ce que sont devenus nos amis du haut Indus; leurs habitudes ont dû se modifier depuis le temps où nous les visitâmes? — Espérons qu'il n’en est rien, fit Doxi. »