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LES N AH U AS , LES TOLTÈQUES

Pendant longtemps, se dirigeant vers le nord-est, Épergos et Doxi traversèrent d'immenses contrées habitées par des hommes de la race jaune. Mais en poussant au nord, ils atteignirent la limite des pays habités, et se trouvèrent au milieu de déserts glacés.

Ayant traversé un bras de mer, ils mirent le pied sur un nouveau continent. Longtemps ils descendirent vers le sud en longeant les rampes occidentales d’une longue chaîne de montagnes désertes, puis arrivèrent dans des contrées d’une splendide beauté.

Là ils trouvèrent des populations actives et chez lesquelles la civilisation avait atteint un grand développement.

Ces hommes appartenaient évidemment à deux races trèsdistinctes, l’une très-supérieure à l’autre et la dominant. La race inférieure avait des rapports très-frappants avec la race jaune, non celle qui occupait alors le Kathaï, mais avec les populations établies dans les grandes îles de l’océan Pacifique-, la race supérieure, à la peau cuivrée, était grande, robuste et prétendait avoir une origine sacrée. On ne pouvait

toutefois la confondre avec celle des Aryas, non plus qu’avec celle de l’antique Égypte.

Cette vaste contrée, admirablement favorisée de la nature, enveloppe un immense golfe du côté de l’océan Atlantique, et est traversée du nord au sud-est par une haute chaîne de montagnes, d’où descendent de nombreux cours d’eau qu’alimentent de grands lacs.

L’élévation de ces montagnes et des plateaux qui leur servent de base, procure ainsi divers climats. Car, si les plaines sont extrêmement chaudes, les parties élevées sont tempérées, tandis que les sommets des monts sont couverts de neiges. L’eau ne manquant nulle part, les terres basses sont d’une fertilité prodigieuse. Seule, la presqu’île qui, du côté du sud, fermelegolfe, est desséchée pendant la saison chaude, car ses montagnes sont peu élevées; mais des pluies torrentielles arrosent ces contrées pendant trois mois de l’année, et les habitants ont su établir de vastes citernes qui conservent les eaux, ou ont creusé de larges souterrains qui vont chercher dans les profondeurs du sol, des cours d’eau naturels, dérobés aux regards pendant la saison sèche.

Les populations sont gouvernées par des rois et des prêtres, versés dans la science astronomique et les connaissances sacrées. Le bas peuple vit dans une dépendance absolue et est soumis aux travaux les plus pénibles ; car le pays ne possède ni chevaux ni bêtes de somme, et les hommes de la classe inférieure sont employés aux transports aussi bien qu’à tous les ouvrages manuels. Ils sont doux et soumis, tandis que les chefs des divers États qui couvrent ce territoire sont souvent en guerre les uns avec les autres.

Épergos et Doxi trouvèrent, dans ces contrées, des villes importantes où tous les arts étaient cultivés depuis longtemps et indiquaient une civilisation déjà vieille. Cette civilisation s’était-elle développée dans ces contrées, ou avait-elle été apportée d’ailleurs? Il était évident que ses origines étaient

fort anciennes, car, au moment où nos voyageurs visitèrent le pays desOlmécas et des Nahuas, ils purent constater que les monuments étaient empreints de traditions déjà corrompues.

Épergos, toujours curieux, voulut connaître l’opinion des prêtres et des sages du pays sur leur origine, et trouva facilement l’occasion de se satisfaire ; car ces hommes ne sont point hostiles aux étrangers, n’ayant jamais eu à se plaindre d’eux. Un de ces sages, nommé Nimak, et qui remplissait les fonctions de juge suprême à Uxmal (l’une des principales villes de la presqu’île), se lia d’amitié avec nos deux compagnons et voulut bien les instruire sur l’origine des Olmécas.

« Au commencement, leur dit Nimak, tout était immobile, calme et vide était l’immensité des cieux. Il n’y avait alors ni homme ni animal, pas de bois, d'oiseaux, de poissons, de pierres et de vallées ; seulement existait le ciel. La face de la terre était couverte par les eaux paisibles. Rien ne s’attachait, rien ne se mouvait, on n’entendait nul son. Tout demeurait dans les ténèbres. Seuls, le Créateur, le Formateur, le Dominateur, le Serpent couvert de plumes et les germes étaient sur l’eau. Ils se concertèrent et firent sortir la terre des eaux -, sur cette terre ils rirent pousser des arbres, couler des eaux et dresser des monts, puis, créèrent des animaux en assignant à chacun sa place ; mais ceux-ci ne pouvaient dire les noms des dieux ni leur rendre hommage. Alors ils voulurent créer l’homme avec de la terre rouge, mais cela n’était pas bien fait, et ce corps fut dissous dans l’eau. Ils firent ensuite des hommes de bois; ils parlèrent, raisonnèrent et se reproduisirent ; mais ils n’avaient pas l’intelligence et ne gardaient pas le souvenir de leur Formateur et de leur Créateur, et cependant ils existèrent en grand nombre sur la terre. Toutes les créatures se levèrent contre eux et ils furent détruits presque tous. Leur postérité se voit

dans ces petits singes qui vivent dans les bois parce que seulement de bois se forma leur chair.

« Il y avait peu de clarté sur la face de la terre, car le so- * leil était pâle et l'homme fut fait de chair*, il s'enorgueillit de sa puissance et domina sur les singes et tous les animaux. Quand ils se furent reproduits en grand nombre, ces hommes descendirent du nord par tribus, et vinrent occuper ces contrées, aussi bien qu’une grande terre située vers le soleil levant au delà de la mer; car ils savaient déjà se servir de barques. Mais cette grande terre fut engloutie par les eaux. . . . et un déluge détruisit toutes les villes des Nahuas, ne laissant subsister que quelques hommes. — Vous en êtes certain? objecta Épergos. — Nos écrits le disent, reprit Nimak. — Eh ! cette terre engloutie, n’est-ce pas l’Atlantide ? dit Épergos à son compagnon. — Encore une fable de tes Grecs, répliqua Doxi. — Je le croyais, continua Épergos, mais voici des gens qui n’ont jamais entendu parler de Platon et qui racontent le même fait ; veuillez continuer, sage Nimak. — Alors, le géant Cabrakou remuait les montagnes, les abattait et les soulevait, mais il fut tué par Hunahpu et Xbalanqué, qui furent les premiers civilisateurs des hommes et détruisirent la puissance de Xibalba. De même les Nahuas ont vaincu de notre temps les Chichimaques-Quinamès, dont ils ne pouvaient plus souffrir la tyrannie. Ce sont eux qui ont reconstruit les villes de la Péninsule. — Et comment étaient bâties les villes qui existaient avant la conquête des Nahuas? — Leurs maisons étaient grossières et faites de bois et de moellons réunis par du mortier. — Et qui avait appris à ces populations primitives à bâtir de la sorte ? — Les dominateurs de Xibalba. — Et quels étaient ces dominateurs? — Des hommes grands et méchants. — Et d’où venaient-ils? — Du Nord. — Et d'où sont venus les Nahuas? — Du Nord aussi. Ils étaient et sont encore divisés en tribus qui élisent des chefs et qui sont les maîtres

du Renard, du Chacal, de la Perruche et du Corbeau, de la Fourmi et des Crapauds. — Qu’est-ce cela? — C’est ainsi que nous désignons les tribus indigènes qui ont été soumises et qui travaillent à toutes les choses nécessaires à la vie. Ce sont elles qui cultivaient le maïs jaune et le maïs blanc qui servent de nourriture; elles nous montrèrent autrefois le chemin de Paxil. — Où est Paxil? — C’est le pays fertile et marécageux arrosé par les affluents de l’Uzumaciata et du Tabasco, entre la mer et les montagnes. — Et c’est par là que les Nahuas sont venus jusqu’ici? — Oui, c’est par là; ils descendaient du Nord, de contrées où les tribus avaient grand froid et où elles obtinrent le feu du dieu Tohil. — Et comment le dieu Tohil accorda-t-il le feu aux tribus? — A la condition qu’on lui sacrifierait des victimes humaines. — Et vous faites toujours ces sacrifices? — Toujours , car c’est à cette condition que nous avons le feu et le principe de toute vie, le soleil pour échauffer la nature et nous éclairer. Ceux qui vivaient avant d’avoir invoqué Tohil ët avoir obtenu le feu étaient dans les ténèbres et dans les glaces. — Bien, mais Doxi et moi avons, il n’y a guère longtemps, traversé des contrées ténébreuses et glacées et nous sommes venus vers le sud, tout comme vos tribus sont arrivées autrefois; nous n’avons sacrifié personne à Tohil, et cependant le soleil ne nous refuse ni sa chaleur ni sa lumière. — Certes, mais le peuple n’entend point ainsi les choses, il lui faut un signe visible, et, de la divinité, il n’attend rien s’il ne donne rien. D’ailleurs le soleil, par les temps les plus clairs, s’éteint parfois comme si Tohil menaçait les hommes de leur retirer la lumière et la chaleur. Il faut donc l’implorer, puisqu’il menace, et c’est lui-même qui a demandé des victimes humaines avant notre entrée en Paxil. — En est-tu certain, Nimak?— Les signes sacrés le disent, et les signes jamais ne peuvent tromper les hommes, puisqu’ils sont tracés pour leur apprendre la vérité. D’ailleurs, il est certain qu’aux

temps du déluge, qui fit périr tous les hommes, excepté ceux qui se réfugièrent sur la montagne sacrée, il y eut une période d’obscurité qui dura vingt-cinq soleils, et que les humains , ainsi que tous les animaux qui ne s’étalent pas réfugiés sur la montagne sacrée, furent changés en pierre. »

Épergos n’essaya pas de discuter ces traditions étranges et qui le mettaient dans une singulière perplexité d’esprit car, sur quelques points, elles s’accordaient avec celles que conservaient d’autres peuples fort éloignés et qui n’avaient pu, semblait-il, avoir aucune relation avec ceux-ci.

A quelques jours de là, Nimak, sur la demande des deux compagnons, eut l’occasion de leur faire visiter un des plus beaux palais de la ville d’Uxmal, demeure du gouverneur Nahualt, de la cité.

Il faut dire que ces villes de la presqu’île sont très-vastes, que leurs rues sont alignées au cordeau et larges, que les maisons du peuple sont faites de bois et de terre, très-basses et toutes couvertes par des terrasses qui sont en communication les unes avec les autres, de telle sorte que si on peut circuler dans les rues, on peut tout aussi bien parcourir la ville sur ces terrasses. Souvent même ces demeures sont en partie creusées dans le sol, afin d’éviter la grande chaleur.

De distance en distance, de larges escaliers, creusés dans le roc, descendent aux citernes ou ruisseaux inférieurs qui procurent ainsi une eau excellente et fraîche. Mais à la fin de l’été, il faut quelquefois aller chercher ces sources cachées, mais abondantes toujours, jusqu’à une profondeur de trente coudées et plus.

Quant aux habitations des personnages puissants parmi les Nahuas, elles sont établies sur de larges plates-formes sous lesquelles des citernes sont creusées dans le roc ou bâties avec de la pierre et soigneusement enduites d’un ci-

ment très-dur. Ces palais sont tous bâtis de pierre et sont d’une grande richesse. Voici donc la demeure de Chumucil-

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