LES JAUNES
Une plaine couverte d’une riche végétation s’étend à perte de vue ; elle est traversée par un large fleuve au cours lent et vaseux qui se divise en quantité de bras, laissant entre eux de longues îles basses. A l’horizon s’élève un cône immense couronné de neige, du sommet duquel s’échappe un nuage de vapeurs blanches. Sur les bords du fleuve on aperçoit des habitations clair-semées qui sont en partie construites dans l’eau, en partie sur la terre ferme. Les hommes qui occupent ces demeures n’ont pas la haute taille, les longs cheveux blonds, la peau blanche et les yeux bleus des Aryas, mais sont de stature médiocre, leur peau est jaune et luisante, leurs yeux noirs et petits sont bridés, relevés aux extrémités externes *, leurs cheveux ont la teinte de l’aile du corbeau, et sous leur nez court, s’ouvre une large bouche qui laisse apparaître des dents courtes et aiguës.
Épergos et Doxi ne se sentiraient guère disposés à faire un long séjour parmi ces populations, si l’aspect des habitations n’attirait pas vivement leur curiosité. Toutes ces maisons brillent au soleil, car elles sont revêtues de cou-
leurs éclatantes et contrastent avec la rudesse des demeures des Aryas. Les deux compagnons se dirigent donc vers une de ces maisons, qui leur paraît plus spacieuse et mieux ornée que les autres, et qui est entourée d’un jardin. Mais quand ils veulent pénétrer dans l’enclos, ils sont reçus à coups de pierre. « Que penses-tu des façons de ces êtres hideux ? dit Épergos à son compagnon. — Je pense que quand on est en présence de bêtes sauvages, le mieux est de se retirer et de ne pas attendre qu’elles vous mordent ; nous n’avons rien à faire ici, retirons-nous donc. — Non, pas si vite ; il nous faut savoir comment des êtres, en apparence si sauvages, se font des demeures qui indiquent des mœurs polies. Le tout est de trouver le moyen d’entrer chez eux. » A ce moment apparut sur la porte de l’habitation un indigène au ventre proéminent. A peine semblait-il pouvoir se tenir sur ses jambes, et il s’appuyait sur deux jeunes garçons. Un troisième ouvrait un large parasol pour préserver des ardeurs du soleil sa grosse tête enfoncée dans ses épaules. « Que voulez- vous? dit-il aux deux compagnons. — Voir ta maison , répondit Épergos ; elle nous a paru la plus belle entre toutes. — Qui êtes-vous, qu’apportez-vous? reprit le gros possesseur de cette demeure. — Nous apportons la santé, la longue vie et guérissons les infirmités, répliqua aussitôt Épergos. — Si tu dis vrai, entrez donc, car j’ai besoin de vous, dit l’homme au gros ventre en radoucissant sa voix ; mais qui me prouve que tu ne cherches pas à me tromper? — Nous sommes bien plus vieux que toi et cependant tu vois que nous paraissons jeunes et dispos ; nous te dirons notre secret. — Alors, soyez les bienvenus. — -Quelle est cette nouvelle folie? dit Doxi à l’oreille d’Épergos; es-tu donc un dieu aujourd’hui pour promettre santé et longue vie ? — Laisse-moi faire, cet être difforme sera content de nous et j’aurai vu ce que je tiens à voir. »
histoire de l’habitation.
La maison du gros Fau (c’est ainsi que le nommaient ses serviteurs), entourée d’arbustes et d’arbres fruitiers, se composait d’un portique élevé de quelques marches . au-dessus du sol (fig. 9)- Ce portique P, très-bas et profond, donnait entrée dans une salle centrale A, haute, écla.ree près de la charpente qui la couvrait par des baies munies de treillis de joncs Sur cette salle A s’ouvraient deux chambres B, late-
raies, beaucoup plus basses sous plafond, et une galerie étroite, qui, à droite et à gauche, donnait sur deux balcons en encorbellement et couverts, C. L'un d’eux avait vue sur le fleuve. Derrière cette galerie, une autre plus large D donnait sur une terrasse F, sur deux petites chambres E et sur un long bâtiment peu élevé G qui renfermait les serviteurs et les services tels que cuisines et magasins de provisions.
CHINE