Voy. le plan, figure
VUE EXTÉRIEURE DU CHATEAU FEODAL (p. 34a).
HZ
La mission dont Épergos était chargé consistait précisément à fournir au duc Thibaut des renseignements nouveaux sur Fart de fortifier les places , renseignements apportés de Palestine par le baron Guy, qui avait pris une part très-active à la défense du château de la Roche-Pont contre le duc de Bourgogne, une vingtaine d’années auparavant i. Le baron Guy était mort, mais son neveu, le sire de la Roche-Pont, dont le fils aîné avait épousé une fille du duc Thibaut, avait fort à cœur de fournir à son allié les précieux renseignements recueillis par ce baron Guy, nonseulement sur Part de fortifier les places, mais sur la composition des feux grégeois et traits à poudre. Le duc, qui savait Pobjet de la mission confiée aux deux compagnons, recommanda donc qu’on fît voir, à Épergos surtout, — car la partie de la mission dont Doxi était spécialement chargé était étrangère à la fortification des places, — toutes les dispositions les plus secrètes de la défense, jusqu’au moment où il pourrait l’entretenir } aussi, quand cette audience lui fut donnée, Épergos put-il savamment parler au duc.
« Sire duc, lui dit-il, votre châtel de Bellefontaine se défend plus encore par son assiette que par les travaux de main d’homme ; aussi l’objet de ma mission ne saurait être applicable à un lieu comme celui-ci. Mais un seigneur aussi puissant ne saurait, comme un vassal, se renfermer dans ce nid d’aigle pour y attendre son ennemi. Il lui faut de grandes places en pays découvert, où il puisse réunir et protéger ses armées. Or, en Syrie, les chrétiens ont à défendre souvent un vaste territoire contre un ennemi vigilant et toujours armé, et, s’ils ont perdu Jérusalem, ce n’est pas faute de précautions défensives, mais parce que la division s’était mise entre eux et qu’ils n’ont pu réunir leurs forces au moment opportun.
i. Voy. l’histoire de ce château dans Y Histoire <Tuue forte-, esse.
HISTOIRE DE l’h A B I T ATION.
« Le baron Guy, de bonne mémoire et de profonde expérience, oncle du sire de la Roche-Pont et qui avait fait la guerre en Syrie, avait donc réuni beaucoup de renseignements sur Part de fortifier, non-seulement une place isolée, mais un territoire tout entier, et ce sont ces renseignements, recueillis par son neveu, que je suis chargé de vous transmettre de sa part. Ils sont consignés sur ces vélins par un clerc, frère Jérôme, mais ils doivent être accompagnés d’explications verbales que Votre Seigneurie entendra s’il lui plaît. » Ce fut ainsi qu’Épergos remplit sa mission, à la satisfaction du duc , car il sut lui prouver que les châteaux qu’on bâtissait jusqu’alors étaient trop resserrés; que la défense, en cas d’une attaque vigoureuse, y était gênée et ne pouvait prendre l’offensive, si l’occasion s’en présentait ; qu’il fallait étendre les défenses ; et, au moyen de postes très-forts, isolés, mais pouvant communiquer entre eux par des signaux, protéger au loin les abords et arrêter la marche d’un ennemi ou l’obliger à diviser ses forces.
Le duc écouta Épergos avec attention, et, ayant fait écrire tout ce qu’il lui dit, il lui fit bonne chère, malgré la , douleur dont ii était accablé. Doxi ayant, de son côté, remis son message au duc, les deux compagnons s’en allèrent, emportant de beaux présents.