EXÉCUTION DES MENEURS [I
les choses se passèrent cette fois; d'un côté se rangea la cavalerie avec les éléphants, sous le commandement du roi et de Perdiccas, de Tautre, l'infanterie avec Méléagre. Sitôt que la cavalerie s'ébranla, l'infanterie, dit-on, manifesta une certaine inquiétude, comme si l'on s'apprêtait à lui jouer un mauvais tour. En rase campagne, devant la cavalerie et les éléphants, impossible pour elle de se sauver. Perdiccas, aux côtés du roi, à la tète d'un escadron, vint droit sur la première ligne d'infanterie et demanda, au nom du roi, à chaque bataillon de lui livrer les meneurs de la dernière révolte, menaçant à la moindre hésitation d'attaquer avec la cavalerie et de lancer les éléphanls sur les phalanges. Devant de telles menaces et surtout de telles forces, l'infanterie impuissante fit ce qu'on lui demandait. Plus de trente soldats furent livrés, jetés aux pieds des éléphants et écrasés par eux*.
C'est par cette exécution que Perdiccas inaugura son gouvernement; le roi lui-même avait été obligé d'ordonner ou du moins de permettre la moil de ceux qui l'avaient élevé au trône. Méléagre ne pouvait plus douter du sort qui l'attendait lui-même; pendant cette scène affreuse, il n'avait pas osé, dil-on, quitter sa place à la tête des phalanges; mais, lorsque les troupes furent rentrées dans leurs quartiers, ne se trouvant plus assez en sûreté dans son propre domicile, il se réfugia dans un temple, croyant peut-être que la sainteté du lieu le protégerait. Mais Perdiccas avait décidé sa perte, et il trouva aisément un prétexte; Méléagi'c, suivant lui, avait voulu attenter à ses jours, et, en prenant la fuite, il avouait lui-même qu'il méritait la mort. Sur l'ordre du roi et de son chiliarque, on le mit à mort sur les marches même de l'autel.
Perdiccas agit comme il était nécessaire; du moment qu'il s'attribuait le devoir et qu'il avait l'intention de prendre les
pouvait correspondre au mois de mars; ici, c'est une lustration extraordinaire.
*) Arrian., /oc. cil, Jlsti.n., XIII, 4. Cl ht., X, 9, 14-21. Diodor., XVIII, 4. Ainsi Hiéronyrae, qui était présent à Babylone, donne le chiffre de 30 suppliciés : Q. Curce va jusqu'à 300. D'après Q. Curce, l'exécution eut lieu ronspeclu toiius exercitus; d'après Justin (XIÎI, 4, 9), sur l'ordre secret rie Perdiccas (occulle jubet). Diodoro raconte le fait après la répartition des satrapies, contrairement à Arrien et à la nature même de l'incident.