OL. cxiv, 1] lustration de l'armée
C'est qu'en effet, maintenant encore, malgré le retour de Tordre et de la paix, cette anarchie complète de Tarmée qui avait abouti aux dispositions présentes révélait des tendances complètement incompatibles avec la discipline militaire et sur lesquelles on ne pouvait rien fonder de durable. Mis en possession du pouvoir suprême par le consentement unanime des Macédoniens, Perdiccas voulut montrer qu'il entendait l'exercer librement, dans toute sa rigueur, et au besoin contre les Macédoniens eux-mêmes. A tout prix, il lui fallait dominer la situation; Tautorité seule pouvait maintenir la cohésion de l'ensemble . Partager le pouvoir avec Méléagre qu'il haïssait, qu'il craignait, c'était impossible : l'ambitieux et remuant hyparque trouverait assez d'occasions dans l'exercice de sa charge pour tramer de nouvelles intrigues. La confiance que lui accordaient les phalangites, le grand nombre des mécontents et des brouillons, — il y en avait même parmi les grands, — le rendaient doublement dangereux. C'est lui que Perdiccas choisit pour montrer, par un exemple de sévérité impitoyable et tranchante, comment il saurait être le maître.
Depuis la sédition militaire, la souillure du sang versé était restée sur l'armée ; des Macédoniens avaient tué des Macédoniens : il fallait des lustrations solennelles pour purifier l'armée*. A cet effet, suivant les usages nationaux^ on coupe un chien en deux parties égales, et les deux moitiés sont placées à quelque distance l'une de l'autre en pleine campagne : toute l'armée défile dans l'intervalle. On porte en tète du cortège les armes de l'ancien roi; puis vient le roi luimême, entouré des gardes du corps, des nobles, des hétœres de la cavalerie; les différents corps d'infanterie ferment la marche. Les lustrations terminées, la cavalerie et l'infanterie prennent position l'une en face de l'autre, et un combat simulé entre les deux corps termine la cérémonie'. C'est ainsi que
*) btfetuus sedilionts auctoribus repente ignavo colleya ImlnUionem ntsfrorzim propier régis mortem(?) in posierum edicit (Justin., XIII, 4, 7). L'assertion de (Juiote-Gurce, à savoir que Méléagre s'est associé pour cette lustration avec Perdiccas, communi consiUo oppriniendi noxios, paraît être une explication de pure rhétorique.
*) Liv., XL, 6 et 13. D'après Hésychius (s. v. SavOixi), on procédait régulièrement à la lustration dans le mois de Xanthicos, qui cette année-là