‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 101 sur 457 · OL. cxiv, 4] uetraite n'EUMfîxi · texte numérisé non relu

OL. cxiv, 4] uetraite n'EUMfîxi

les chevaux, pour tomber ensuite sur rcnnemi avec des forces toutes fraîches. Pendant ce temps il envoyait, en bon ami, prévenir secrètement Ménandre de sa présence dans le voisinage et du danger dont lui, Ménandre, était menacé; il lui faisait dire de quitter la plaine au plus vite et de se retirer sur les montagnes, où lui-même ne serait pas en état do le suivre. Aussitôt, Ménandre se retira dans la montagne. Cependant Eumène envoya une troupe de cavaliers en recon naissance, donna Tordre à la cavalerie de seller les chevaux, et à rinfanterie de se tenir prête à marcher. Quand les éclaireurs revinrent avec la nouvelle que l'ennemi avait gagné les montagnes et que sa position était inexpugnable, lui-même feignit d'éprouver un violent dépit d'avoir laissé échapper cette riche capture et continua sa marche. Ménandre arriva sain et sauf auprès d'Antigone et lui vanta Faction d'Eumène.

Les troupes macédoniennes firent tout haut son éloge ; elles vantaient le respect qu'il avait témoigné pour elles, pour les Macédoniens de Tannée royale, et aussi son humanité, attendu qu'il pouvait, en définitive, faire prisonniers leurs femmes et leurs enfants ou les abandonner à Texaspération de ses troupes, et qu'il avait préféré, pour les sauver, sacrifier son propre intérêt. Antigone se mit à rire : « Ce n'est pas par sollicitude pour vous, bonnes gens, qu'il les a laissés échapper, mais bien par précaution pour lui-même: il n'a pas voulu, quand il s'agit de fuir, s'attacher des entraves aux pieds* ».

En dépit de toute son habileté, 1% Gardien ne réussit pas à atteindre l'Arménie : il se trouva serré de plus en plus près ; les chemins étaient barrés devant lui ; ses soldats commençaient à désespérer de sa cause et passer à l'ennemi' ; bientôt il lui devint impossible de fuir plus loin. Il ne lui restait plus qu'à se jeter dans Nora, un fort bâti sur un rocher, et à s'y maintenir, si faire se pouvait, jusqu'à ce que quelque retour favorable de la fortune lui rendît ses coudées franches ; car, s'avouer perdu n'était pas dans le tempérament d'un homme aussi hardi et aussi expérimenté, et ce temps était trop fertile

^) Plut., Eumen, 9. Poly^.n., IV, 8, 5.

*) CoRNEL. Nep., Eumen. 5, Diodor., XVIII, 41.

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en revirements inattendus et bizarres de la chance pour que» dans l'adversité, on ne put compter sur un retour prochain du succès. Eumène congédia ce qui lui restait encore de troupes en leur disant qu'il espérait bien, le moment venu, les appeler de nouveau aux armes ; il ne garda avec lui que 800 cavaliers, 200 fantassins, choisis parmi les plus éprouvés; et même, sur ce petit nombre de fidèles, il en congédia encore une centaine qui ne se sentaient pas la force de rester étroitement enfermés dans un lieu si incommode et dans de si tristes circonstances. Nora,en effet, était au haut d'un rocher: les murailles et les tours étaient bâties sur les parois à pic du rocher; le fort n'avait que 600 pas de tour, mais la nature et l'art l'avaient rendu tellement inexpugnable que la disette seule pouvait le contraindre à capituler. Le cas avait été prévu : Eumène y avait fait accumuler des provisions de bouche, du combustible, des objets de toute sorte, en telle quantité qu*il aurait pu se maintenir plusieurs années dans ce nid d'aigle \ Il n'avait plus, il faut le dire, que ce fort et sa personne. Le reste de son armée était déjà passé au service d*Antigone : son adversaire avait occupé ses satrapies, s'en était approprié les revenus et avait ramassé de tous c6tés autant d'argent qu'il avait pu ; il était plus puissant en Asie-Mineure que ne l'avait jamais été Eumène aux jours de ses plus brillants succès, et en même temps que sa puissance grandissait chez lui le désir de la faire sentir, de se proclamer d'abord le maître en Asie-Mineure, pui^ le moment venu, de se débarrasser d'une subordination qui lui pesait vis-à-vis du gouverneur général; enfin, quand les bases de sa puissance seraient affermies, il comptait bien jouer vis-à-vis des autres satrapes, et même vis-à-vis des rois, le rôle que Perdiccas avait eu la sot-

*) Nora ou Noroassos (Strad., XII, p. 537) était située, d'après Coraélius Népos, en Phrygie; d'après Plutarque, sur la limite de la Lycaonie et de la Cappadoce. Les indications de Strabon (cf. XII, p. 558) ne sont pas de nature à permettre d'arriver à un résultat plus précis ; il n'y a rien non plus, que je sache, dans les relations des voyageurs modernes qui caractérise de plus près ce château assis sur un rocher, comme on en trouve beaucoup dans Tintérieur de TAsie-Mineure. ïl parait avoir été situé à peu près à Tendroit où la route venant de Mazaca se bifurque pour aller d'un côté en Cilicie, de lautre à Iconion.

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