OL. cxiv, 4] plan d'axtigone
lise de no pas savoir prendre. L'ambition d*Anligone avait été déjà, dit-on, remarquée d'Alexandre *: à mesure que ses succès allaient grandissant, cette pensée prenait dans son âme une place plus large et une forme plus arrêtée : elle dirigea désormais chacun de ses pas.
Il fallait tout d'abord, il est vrai , procéder avec la plus grande prudence, entretenir de bonnes relations avec le gouverneur général jusqu'à ce que le fruit fût mûr: Eumèno, l'ennemi le plus redouté des puissants du jour, serait son allié naturel ; l'intérêt d'Antigone exigeait qu'il nouât de bons rapports avec cet adversaire qui, bien qu'impuissant pour le moment et proscrit, par ses qualités militaires, son habileté politique, sa connaissance des affaires, sa fidélité résolue à la cause qu'il avait une fois embrassée , paraissait l'auxiliaire le plus précieux pour Taccomplissement de grands desseins. Antigène croyait l'obliger doublement en offrant au vaincu, dont iltenait le sort entre ses mains, la liberté, des honneurs et de nouvelles espérances.
Antigone s'était avancé jusqu'au [devant de la forteresse escarpée et campait au pied de la montagne. Il enferma la place dans une double enceinte de murs, de remparts et de fossés. L'offre qu'il fit de négocier lui fournit un prétexte pour inviter Eumëne à se rendre dans son camp. Ëumëne répondit qu' Antigone avait assez d'amis qui pourraient conduire ses troupes s'il venait à leur manquer; que les siennes étaient complètement abandonnées, s'il leur faisait défaut : si Antigone voulait lui parler, il fallait qu'il lui donnât des garanties suffisantes pour sa sécurité personnelle. Antigone fit répondre qu'il était le maître et que c'était à Eumëne de se soumettre. Eumëne répliqua qu'il ne reconnaissait la supériorité de personne, tant qu'il avait encore l'épée à la main. Si Antigone voulait envoyer son neveu Ptolémée' dans le fort comme otage, dans ce cas, il était prêt à se rendre dans son camp et à négo-
«) 'AvTtyivov $è aÙT^v eXvïtei To çiXitipLov (iEuAN., \ar, Hist.^ XIF, 16).
*) Ptolémée est fils de Démétrios. On pourrait être tenté de reconnaître dains ce Démétrios Tamiral du roi Philippe, que signale A. ScHiEFER (Demosthenes, II, p. 476); mais on rencontre encore trois autres officiers supérieurs du nom de Démétrios dans l'armée d'Alexandre.
iS2 IXMÈNE AIT CAMP D*A\TIGONE [I, 4
cier. Ola fut fait. Antîgonc alla a la rencontre crEumène et lui montra beaucoup d'affabilité. Les deux généraux s'embrassèrent et rivalisèrent do démonstrations affectueuses pour témoigner la joie qu'ils avaient de se revoir comme de vieux amis et camarades. Puis les négociations commencèrent. Antigone confia à Eumène que son désir le plus ardent était d'entrer en rapports plus intimes avec lui ; qu'il avait agi jusque-là au nom du gouverneur général, mais que, si Eumène voulait se joindre h lui, son associé trouverait ccrtainemont l'occasion do tirer avantage do cette situation et d'occuper parmi les grands de l'empire la place qui était due à sa vieillo réputation el à ses brillantes aptitudes. Eumène déclara qu'il ne pouvait continuer les négociations qu'à la condition qu'on lui laisserait ses anciennes satrapies, qu'on démentirait les accusations portées contre lui, et qu'on Tindemniserait des pertes causées par une guerre injuste. Les amis présents d' Antigone s'étonnaient de cette assurance hardie du Gardien, qui parlait, disaient-ils, comme s'il se trouvait encore à la tête d'une armée. Antigone refusa de prendre sur lui une décision si grave et renvoya toutes les propositions à Antipater: il espérait sans doute que le siège, en se prolongeant, amènerait à composition l'assiégé étroitement bloqué avant que la réponse ne fût arrivée de Pella. Cependant, lorsque le bruit se fut répandu qu'Eumène était au camp, les Macédoniens s'étaient réunis en groupes compactes devant la tente du général, désireux de voir le célèbre Gardien. En effet, depuis qu'il avait vaincu Cratère, il était de tous les grands celui dont on avait dit le plus de bien et le plus de mal, et les événements de la dernière année avaient fait mieux sentir encore ce que cet homme pesait à lui tout seul. Quand il sortit de la tente avec Antigone, la foule devint si pressée de tous côtés, les apostrophes et les cris si équivoques, qu'Antigone, craignant qu'on ne fît violence à Eumène, cria d'abord aux soldats do reculer et jeta des pierres à quelques-uns qui s'approchaient de trop près : puis, voyant qu'il n'obtenait rien et que la poussée devenait toujours plus forte, il entoura Eumène de ses bras, fit faire la haie par ses gardes, et l'emmena ainsi hors de la foule'.
*) DiODOR., XVIII, ^1. Put., Eumen. 10. Colto histoiro nVst certaine-