VITES DE PTOLÉMÉE SUR LA SYRTE [I
se dévouant lout entier à la cause de la maison royale, qui les gênait tous; jamais il n'aurait joué qu'un rôle secondaire à côté d' Antigène, qui le sacrifierait du reste dès qu'il aurait tiré de lui tout ce qu'il voulait. Le stratège lui avait laissé plonger le regard trop avant dans ses projets : il était évident que tôt ou lard une rupture ouverte éclaterait entre lui et le gouverneur général. En le renvoyant à celui-ci, Antigène lui avait fourni le moyen de continuer les négociations commencées, nég^ociations au cours desquelles il aurait peut-être l'occasion de faire un usage opportun de ces confidences. Révéler an gouverneur général les plans du stratège, c'était pour Eumène le moyen le plus facile et le plus sur de rentrer sur la scène; et, en vue des complications nouvelles qui se préparaient, Antipater avait intérêt à se faire des amis puissants et habiles en Asie. U envoya donc à Antipater son fidèle Hiéronyme de Cardia, pour négocier avec lui dans le sens indiqué*.
Pendant que ceci se passait en Asie-Mineure, Ptolémée d'Egypte songeait à un agrandissement de territoire : c'était le premier pas dangereux dans ce système de compensations réciproques tout récemment inauguré par les détenteurs du pouvoir. L'Egypte avec Cyrène ne lui suffisait plus. Pour assurer la sécurité du commerce égyptien, qui prospérait à vue d'œily et plus encore pour développer pleinement l'influence que l'Egypte allait acquérir sur la politique générale, il avait besoin d'une marine ; or l'Egypte n'avait qu'un très petit nombre de ports. Elle manquait du bois nécessaire à la construction d'une flotte, tandis qu'on en trouvait, et d'excellent, dans l'île de Cypre et dans les forêts du Liban. Le pays lui-même pouvait être facilement défendu ; mais, autant il était protégé par sa situation géographique, autant il était isolé du reste du monde. Pour pouvoir entrer dans le mouvement de la politique générale, Ptolémée devait posséder la Syrie, qui lui ouvrait le chemin des pays de l'Euphrate et du Tigre, Tîle de Cypre, qui le mettait à proximité du littoral de l'Asie-Mineure, le champ de bataille le plus important des partis et
*) DiODOR., XVIH, 42. Justin (XIV, 2) donne une version un peu clifTérente.