OL. cxiv, 4] état de la grèck
(le l'empire. Si les potentats macédoniens se préoccupaient encore de « ce que disaient les Grecs », c'était en souvenir de leur nom dès longtemps célèbre, par égard pour la culture intellectuelle du pays, qu'on attribuait encore de temps en temps à ces petites communautés le rôle chimérique de puissances : en réalité, elles ne pouvaient plus être que des stations d'où la civilisation allait s'exporter pour TAsie, des postes stratégiques dans la lutte des partis, objets de pitié ou de faveurs généreuses, auxquels Tun ou l'autre des potentats pouvait encore faire l'aumône de la liberté afin d'acquérir un bon renom dans le monde.
C'était surtout le cas d'Athènes. L'issue de la guerre Lamiaque lui avait fait perdre, par le fait, sa démocratie et son indépendance. Cependant elle jouissait de la paix au dehors, de la tranquillité au dedans, et acquérait rapidement une nouvelle prospérité*. Elle était aux mains de deux hommes qui, avec des tendances toutes différentes, semblaient dévoués au parti macédonien. Entre Phocion et Démade, il y avait un antagonisme de caractère, de pensées et d^actions qu'on peut regarder comme caractéristique pour TAthènes d'alors. Tous deux, qu'ils occupent la tribune ou tiennent le timon de l'État, se conduisent absolument comme dans la vie privée : le pieux Phocion ressemble à un brave père de famille qui met au-dessus de tout l'ordre et la tranquillité chez lui,-qui se sent engagé par sa responsabilité à garantir aux siens ces conditions premières de l'existence . D'un caractère ferme et austère, estimable par sa droiture, sans égoïsme, ne pensant qu'à rendre service aux siens et àleur aplanir la route, plus peut-être qu'ils ne l'eussent voulu, il s'avançait vers la tombe avec l'illusionconsolante qu'il pouvait aboutir. Au milieu de cette immense agitation, il voulait apprendre à son peuple à vivre dans une paisible et sûre retraite; comblé de faveurs par les rois et les généraux, il regarde comme une vertu de pouvoir aussi bien s'en passer : autant qu'il le peut, il éloigne des affaires publiques les esprits inquiets et brouillons; il s'efforce de ranimer chez les Alhé-
taiç o'jmoLiç iîpo(yavl6p«|iov (DiODOR., XVIII, 18).
162 PHÛCION ET UÉBfADË [I, 4
niens lamour de la campagae et de ragriculture, et, chaque fois qu'une nouvelle occasion démontre Tinutililé de ses efforts, il persévère dans sou illusion. Tout autre est Démade. D'un égoïsme achevé, ne connaissant d'autres considérations, d'autres intérêts que les siens propres, il ne voit dans ses rapports avec ses concitoyens qu'un m^yen d*ètrc quelque chose ou de gagner quelque chose. Il regrette de n*ètre qu'un Athénien : il se sentirait à sa place au milieu des intrigues de la cour de Macédoine, ou des machinations des partis qui s'agitent dans l'empire ; il n'a ni l'ambition de gagner ou de refuser les bonnes grâces des grands, ni le désir patriotique de donner à sa république un rôle dans les affaires du monde. Et pourtant, il ne peut rester tranquille; il faut qu'il intrigue, qu'il possède pour dissiper, qu'il soit quelque chose pour qu'on parle de lui. Il a beaucoup de talent, mais point de caractère; il est spirituel et superficiel en tout. Il a une rare éloquence ; sa parole est frappante, colorée,. d'une vivacité entraînante; jusque dans l'âge mûr, il conserve l'humeur mobile et vantarde du jeune homme : c'est l'Alcibiade d'Athènes en décadence.
Tels étaient les deux hommes qui représentaient à Athènes le parti macédonien. Antipater dirait souvent que tous les deux étaient ses amis ; mais qu'à l'un il ne pouvait jamais persuader de rien accepter, et que Tautre, il ne pouvait jamais le rassasier, si généreux qu'il fût avec lui. Démade, disait-il encore, ressemblait à une victime, qui finit par n'avoir plus que la langue et le ventre *.
A côté d'eux se trouvait Ményllos, le commandant de la garnison macédonienne de Munychie, homme à idées libérales et entretenant de bons rapports avec Phocion, mais qui, malgré cela, devait nécessairement devenir importun aux Athéniens. Us avaient espéré qu' Antipater, une fois le nouveau régime organisé, le retirerait, lui et ses troupes : ce régime lui-même ne semblait-il pas la meilleure garantie pour le maintien de la paix? Cependant la garnison était là depuis deux ans déjà ;
*) Plutarque a raconté ces anecdotes et d autres analogues dans la Vie de Phocioriy et, suivant sa manière, il les a encore reproduites ailleurs. On fera bien de n'y pas altacht»r trop d'importance.
320 r OL. cxv, 1] 3ioht de dêmade 163
kip €^ m loyens prièrent Phocion de vouloir bien intervenir à ce
suj^^ auprès d'Antipaler. Il s'y refusa, non seulement parce
qu* i l désespérait de réussir, mais parce qu il croyait que Tordre
et L^cft. €:ranquillité publique tenaient à la crainte inspirée par le
voL^îjKiage des Macédoniens. Néanmpins, il obtint d'Antipater
un^ cjiiminutîon dans les contributions de guerre et des échéan-
cea ^^> lus éloignées. La bourgeoisie adressa alors les mêmes
(ler»r».«i.Mides à Démade; celui-ci se chargea volontiers d'une
ini^^ïonoù il pourrait montrer son influence sur Thomme le
p'** ^ X=^uissant du jour. Il avait, il est vrai, plus que négligé ses
rel^l^i C3ns avec Antipater, lorsque Perdiccas était victorieux et
Q"^ 1 ^58 Étoliens pénétraient en Thessalie : mais il espérait que
se» :r:fc ^gociations d'alors étaient restées complètement secrètes.
n de Tannée 320, il se rendit donc en Macédoine^ accom- \ de son fils Déméas : ce fut pour son malheur. Dans les •s de Perdiccas, Antipater avait trouvé des lettres de de qui invitait le gouverneur général à venir délivrer la , disant qu'elle n'était attachée que par une vieille corde ï^^^^ ^^''^rne ; Antipater était vieux et malade; Gassandre était sou ^roit *. Sur ces entrefaites arriva Démade ; il parla, suivant abitude, avec vivacité et d'un air présomptueux, disant I "^^- thènes n'avait plus besoin dorénavant de garnison et que ornent était venu de provoquer le rappel des troupes, c on l'avait promis. Antipater ordonna de le saisir, lui ^' *^^^^ fils, sans faire attention qu'en sa qualité d'ambassadeur A^ ^^^ ^vait invoquer l'inviolabilité pour sa personne. Au tort m^ ^^^ îi père, Gassandre ajouta sa cruauté brutale. Il fit d'abord j^j ^'^crer le fils de Démade sous les yeux du père et presque
^esbras, au point que celui-ci fut éclaboussé de sang; après lui avoir reproché violemment sa trahison et son titude, il le fit transpercer lui-même*.
iiHi.\N. ap. PnoT. 70 a. 4, § 14. Plutarque {Demosth. 31) rapporte que |ue le Corinthien s*esl fuit laccusateur de Démade. Ce Dinarque est Il le célèbre orateur, ou l'administrateur du Péloponnèse, qui fut exé- •i 318, lorsqu'il vint trouver Polysperchon pour intercéder en faveur îgarques d*Alhènes.
RRiAN. loc. cit . DiODOR., XVIII, 48. Plutarque {Phocion, 30) dit qu«' le avait noué ces négociations avec Antipater. C'est à coup siir une . On trouve d'autres renseignements également erronés dans Suidas mort de l'orateur.
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