CHAPITRE PREMIER
Considérations générales. — La maison royale. — Polysperchon gouverneur général de l'ompire. — Fuite de Cassandre. — Mesures prises par Polysperchon. — Eumène s'échappe de Nora. — Ëuniène chez les argyraspides. — On cherche à attenter à sa vie. — La situation d'Antigone. — Plans d'Arrhidœos. — Anligone contre Arrhidœos. — La Lydie occupée par Antigone. — Cassandre auprès d'Antigone. — Polysperchon proclame la liberté des Hellènes. — Lutte des partis à Athènes. — Mort de Phocion. — Cassandre au Pirée. — Polysperchon devant Mégalopolis. — Guerre maritime entre Clilos et Antigone. — Cassandre s'empare d'Athènes. — Mort de Nicanor. — Alliance d'Eurydice avec Cassandre. — Retour d'Olyrapias en Macédoine. — Mort de Philippe et d'Eurydice. — Expédition de Cassandre en Macédoine. — ^Eacide chassé de TÉpire. ^ Olympias assiégée h Pella. — Mort d'Olympias. — Cassandre maître de la Marédoinf .
Par suite du partage de Triparadisos, la royauté d'Alexandre avait été ramenée d'Asie en Europe, son berceau : elle avait cessé d'être représentée par une puissance indépendante, qui commandât le respect. Le gouverneur de Macédoine la prit sous sa garde, avec le titre de gouverneur général de Tempire. Ainsi la Macédoine, berceau de la royauté, prit vis-à-vis des autres parties de l'empire une situation tout à fait contraire aux intentions, du grand fondateur de la monarchie. Tandis que la royauté qu'Alexandre avait commencé à développer dans un seas vraiment hellénistique redevenait macédonienne de fait, elle perdait, avec sa mission, la force de dominer ces pays asiatiques qui avaient déjà été gagnés à la vie hellénistique.
Puisque nous appelons de ce nom la pénéti*ation réciproque du génie grec et du génie oriental envisagé d'une manière
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générale, il est évident que la grande diversité des régions el des races asiatiques apportait dans cette combinaison trop d'éléments disparates pour qu'ils n'en vinssent pas, avec le temps, à se séparer en subissant une foule de modifications ; mais, pour le moment, ces éléments étaient encore confondus pêle-mêle et dans une violente fermentation : les luttes des Diadoques marquent la longue et sanglante réaction au cours de laquelle ils continueront à se décomposer et à se précipiter pour prendre enfin des formes nouvelles. Mais, pour rendi*e ceci possible, la réunion en un empire unique devait disparaître : les potentats macédoniens en Europe, en Asie et en Afrique devaient poursuivre et détruire tout d'abord la royauté qui les avait investis de leurs fonctions, puis se détruire euxmêmes tant qu'ils resteraient comme Macédoniens à la tête d'aiTnées macédoniennes, jusqu'à ce qu'enfin, tout en conservant l'unité d'une civilisation hellénistique devenue cosmopolite, les nationalités transformées pussent se constituer en royaumes distincts, en nouvelles « individualités politiques ». On dit que l'histoire est juste : elle l'est pour les principes, dont la lutte est le sujet même qui l'occupe, mais non pour les personnes qui les représentent. Serait-ce justice, par hasard, que la grandeur d'Alexandre ait dû être expiée par sa race, qui subit une ruine affreuse et ignominieuse?. C'est une lourde et émouvante fatalité qui, pas à pas et avec une froide logique, achemine la dynastie royale au-devant d'une ruine inévitable et la fait devenir coupable, afin que, égarée, trébuchante et appelant sur elle les représailles, elle rencontre plus sûrement sa perte. Si le grand roi n*avait pas eu d'héritier, ses fidèles auraient pu se partager le butin et honorer sa mémoire : mais il y a là un enfant posthume, un fils bâtard, un frère idiot, une vieille mère et des sœurs auxquelles une hérédité contre nature a fait passer le courage et la décision quî auraient pu faire la gloire des fils et du frère. N'est-il pas naturel qu'elles s'efforcent de conserver ou de conquérir pour leur propre compte le pouvoir qu'Alexandre avait fondé dans leur maison^ pouvoir si mal géré maintenant par ces grands perfides, égoïstes, et avides de gouverner en leur nom personnel? Pour échapper à la haine d'Antipater, la reine-mère Olympias
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aàâ f laîr en Épire; elle croit, et beaucoup le pensent avecelle^ qrf Aa^ lîpater a causé la mort d'Alexandre, que son fils lollas lui a donné du poison. Comme elle n'a pas à elle toute seule la fojToe de se venger, elle et son illustre fils, elle oftre la main de set fille Cléopâtre au gouverneur général Perdiccas. Celui-ci tontbo , et avec lui s'évanouit cet espoir. Elle vit maintenant en Épire comme en exil ; avec elle se trouve la jeune princesse ThessaJonice, que le roi Philippe avait eue de la nièce du tyran de Phères et qu'elle aime comme sa propre fille. Cléopâtro habite au loin, à Sardes; là même, Antipater cite la princesse devant un tribunal macédonien, et elle n'est sauvée que par son courage et son éloquence hardie d'une condamnation âniorl . Cynane, fille du roi Philippe et d'une lUyrienne, négligée et presque oubliée en Macédoine, conduit, à la tête d une troupe en armes, sa fille Eurydice en Asie pour la marier au roî : une mort violente est son châtiment. Sa fille essaye ^^ prendre les rênes du gouvernement au nom de son époux idiot ; les phalangites se groupent avec enthousiasme autour de ** jeune reine, émule des Amazones: mais Aptipater, avec une prévoyance perfide, Téloigne de l'armée; elle est obligée "^ l'a^ccompagner en Macédoine. Sous ses yeux, elle est con- ^r^nte à l'inaction. Là vit aussi la veuve du roi, Roxane, la mère de l'enfant auquel doit revenir l'empire d'Alexandre ; ^"^ est une étrangère au milieu de ces Macédoniens, au milieu ^ ^^ cour européenne, auprès du trône auquel elle a donné ^^ héritier. Ici Antipater est le maître ; incapable de maintenir es sa.trapes de l'empire qu'il gouverne dans le devoir et To- ^^^scuice, indifférent à l'invasion de la Syrie par le Lagide. .. '*^^iit les yeux sur les empiétements audacieux d'Antigone, ^^^I^loie ses dernières forces à abaisser la maison royale, çi *^ mort d'Antipater, le gouvernement passe à Polysper-
^y. '^'^ Celui-ci était originaire de la contrée de Tymphaea, 1^^ ^^ sur la frontière qui sépare la Macédoine de l'Etolie*, et ^«s anciens princes de ce petit pays*. Sous Alexandre, il
Gtot j ^ETZEs ad Lvcophr. v. 802. C'oM, poiir cohi qiw Pausanias Tappell*^ ttier^^^^^ci d'après IVxpressiou de Lycopliron : Atôtxwv 7cp6|io;, ainsi com-
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était commandant do phalange el avait montré en mainte circonstance sa bravoure et ses capacités. En 324, il était retourné au pays avec les vétérans d'Opis, et, vu la santé chancelante de Cratère, il avait commandé ces troupes en sous-ordre. Les Macédoniens faisaient grand cas de lui*. C'était un excellent capitaine, solide, loyal, et d'une jovialité soldatesque; on le vit plus d'une fois aux banquets, vieux comme il l'élait, quitter son manteau de guerre pour prendre des habits de fêle, des chaussures de Sicyone, et se livrer à la danse*; fidèle au devoir, brave, et bon surtout pour servir sous les ordres d'un supérieur, il n'avait pas assez d'étoffe pour représenter la royauté dans des circonstances si difficiles. La succession d'Antipater lui avait donné une charge au-dessus de ses forces, et les difficultés de sa position, dont il ne savait pas prévoir toutes les graves conséquences, le poussèrent bientôt à une série de demi-mesures, de méprises, d'actes faux, indignesmèmo, qu'on n'aurait pas attendu d'un caractère d'ailleurs si honorable. Polysperchon a pu avoir l'intention de gouverner l'empire dans le sens d« son prédécesseur, et Antipater, au fond, avait tout passé aux autres satrapes, se contentant d'être le maître de la maison royale, le maitre de la Macédoine et de la Grèce. Mais Polysperchon laissa tomber Tinfluence à laquelle sa dignité lui donnait droit sur les satrapies de Tempire', sans posséder chez lui une autorité incontestée et sans pouvoir en user avec fermeté. C'est Cassandre, le fils d'Antipater, qui mit en question son autorité et sa dignité, qui le força d'abandonner la politique d'Antipater vis-à-vis de la maison royale et l'attira
'HiceipioTtx'ov ^6vo;, *a\ Ai^ixe; ô(io{ci>c. D'après Diodore (XVII, o7), Polysperchon commandait la phalange des Tymphéens.
') oOdtybc Maxcd6v(i}v ^vta deuxepov o^xt xatàTr)v arpan^ytav oijxt xonk Tr,v ot^^coffiv (DuRis, fr. 29 ap. Athen.,IV, p. 155 c). — TcpeaSuratov oxt^oy ovt« tôv xiù *AXe|avSp(i> avaTpateui&évcov xat ti|juu|Uvov (itco tûv xoctù Ty)v MaxeSov^av (DiODOR. , XVIII, 48). Le roi Pyrrhos déclara expressément que Polysperchon était à ses yeux le meilleur général.
*) DuRis, fr. 29.
^) Ce qu'on lit dans le décret des Nasiotes en Thonneur de Thersippos : xai\ noXvonépxovTOc clc ^àv 'A9t[otv icf(i.4^v]Toc fiiatxtjae çOlov aùtov xà ic[6Xt (iTcdtplxnv, prouve seulement qu'il considérait les cités helléniques comme rentrant également dans sa juridiction, et non pas qu'il y exerçait une grande influence.