‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 120 sur 457 · Oh. cxv, 2] la tente d'alexandre · texte numérisé non relu

Oh. cxv, 2] la tente d'alexandre

n'était pas Macédonien et n'avait pas d'autres droits aux dignités de l'empire que ses longs et loyaux services ; il était épuisé de fatigues, las de faire campagne, d'errer çà et là, d'avoir toujours les armes à la main ; il soupirait après le repos, mais Tordre exprès des rois, l'espoir aussi de pouvoir de son côté faire quelque chose pour eux, l'avaient décidé à accepter une fonction qui, à côté d'une foule de préoccupations et de périls, ne lui offrait que le plaisir de se retrouver au corps de ses anciens camarades, le seul qui fût encore intact et conservant ses cadres parmi ceux qui avaient assisté à Issos et à Gaugamèle, fait l'expédition des Indes et de la Bactriane et les glorieuses campagnes d'Alexandre. Il ajouta qu'il avait eu pour la seconde fois un songe qui lui paraissait digne d'attention, à lui et certainement aussi à tous ceux qui avaient foi dans la puissance du grand roi mis au rang des dieux et exerçant encore sur eux l'action vivante de son génie. Alexandre lui était donc apparu, au milieu d'une tente royale, couvert de pourpre et le diadème en tète, donnant des ordres et prenant des dispositions. Alexandre lui aurait dit que, si on se soumettait à ses ordres, tous s'en trouveraient pour le mieux ; sinon, ils étaient tous menacés de périr. « Élevons donc, dit Eumène en terminant, une tente royale, et au milieu d'elle un trône d'or, sur lequel nous déposerons le diadème, le sceptre, la couronne et les autres ornements du glorieux roi ; puis, nous autres chefs, nous nous réunirons tous les matins dans sa tente, nous lui offrirons le sacrifice du matin et nous nous placerons autour de son trône pour délibérer et prendre des résolutions en son nom, comme s'il vivait parmi nous et gouvernait par nos mains. » Ces paroles furent accueillies par une vive approbation. Aussitôt la « tente d'Alexandre » fut dressée avec l'appareil le plus somptueux ; le trône fut élevé, et on y déposa le diadème, le sceptre, l'épée, l'armure et le baudrier du roi ; devantle trône, on disposaun autel où les chefs offraient à tour de rôle en sacrifice de l'encens et de la myrrhe dans une coupe d'or : tout autour se trouvaient les sièges d'argent où les chefs prenaient place, après le sacrifice, pourdélibérer*.

*) DiODOR., XVIII, 60. PoLYiEN., IV, 8, 2. Pllt., Eumen. 13, avec quelques lègèTPS divergences.

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Par cette fiction, qui indiquait le vrai caractère de la cause qu'Eumène représentait etrespritdesa politique, non seulement il avait rassuré les chefs, qui voyaient la forme sauvée, tandis qu'au fond, c'était précisément cette forme qui, vu la supériorité de son coup d'œil et son incomparable habileté, affermissait entre ses mains la direction des affaires, mais, ce qui était plus important encore, cette mesure communiqua un nouvel élan au corps des argyraspides et lui donna une mission de nature à Télever au-dessus de lui-même. Il faut se figurer ces vétérans blanchis et endurcis dans le métier des armes, et voir avec quelle indifférence, quel mépris ils regardaient chacun des chefs vivants, combien ils trouvaient le présent mesquin, vantant le passé et se glorifiant eux-mêmes avec les exagérations les plus bizarres, tout à leur rêve et s'exaltant au souvenir de celui qui donnait son nom à leur passé glorieux. Alexandre est leur héros; ils célèbrent ses exploits, qui prennent chez eux des proportions fabuleuses, exploits plus grands, disent-ils avec orgueil, que ceux d'Héraclès et de Dionysos ; ils citent de lui mille légendes; ils lui attribuent sincèrement tout ce qu'il y a de plus étonnant, de plus merveilleux, de plus surhumain. Bientôt son caractère historique disparaît complètement; il devient une figure mythique, une idole qu'ils mettent leur orgueil à embellir, à célébrer, à diviniser. C'est par ce côté qu'Eumène s'empare d'eux : il est sûr de leur dévouement, dès qu'il peut donner un aliment et une expression séduisante à leur vanité, à leurs superstitions soldatesques, à ces habitudes bizarres qui datent des feux des bivouacs et des cantonnements transportés dans tous les pays et chez tous les peuples imaginables. Il dresse donc la tente royale et le trône d'or pour Alexandre ; les argyraspides se sont figuré sans doute qu'elle contenait assez de merveilles et de mystères; ils se sont imaginé que, par une merveille incompréhensible, le grand roi y ét^it réellement présent, que de là il parcourait dans le silence de la nuit le campde ses fidèles, comme il faisaitjadis, ou que, dansleurs marches, il précédait leurs colonnesàla façon d'un génie invisible*.

*) TT,; xarà tov ^aatXéa $st«Ti$ai{j.ov{a; èv'.<T^uou<iyj; àyaOôiv e).m'ôfdv aitavre; 87ï>.T)povvTO. xaftairsp OeoO tivo; «utwv rjovalvov» (DiODOR., XVIII, 61 >.

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