ûf.. cxv, 2] l'armée d eumène
£t puis, rhabile capilainc se mêle à la foule, parlant à chacun avec prévenance, en camarade, traitant les chefs comme ses ég^aux, plaisantant avec eux; pour tout le monde, il n'est que le serviteur fidèle de la maison royale.
C'est ainsi qu'en peu de temps Eumène prit sur ces orgueilleux argyraspides un ascendant auquel nul n'eût osé même prétondre depuis la mort d'Alexandre. C'est avec le nom d'Alexandre et de la maison royale qu'il les dominait ; il n'hésitait plus maintenant à puiser dans les trésors de Cyinda pour enrôler des troupes. Des hommes sûrs furent envoyés dans tous les pays pour embaucher des recrues ; ils réussirent surtout en Lydie, en Pisidie, en Cilicie et en Syrie; on établit des bureaux de recrutement jusque dans l'ile de Cypre. Lorsque l'on connut la solde élevée qu'Eumène donnait à ses soldats, les mercenaires arrivèrent en foule de très loin, et même de la Grèce, en Cilicie. En peu de temps, Eumène avait renforcé son armée de 10,000 fantassins et de 2,000 cavaliers. Il se forma ainsi dans les premiers mois de l'année 318, presque soudainement, une armée improvisée* qui, vu le talentéprouvé de son général et ses grandes ressources financières, promettait à bref délai de grands succès.
Ses adversaires comprirent le danger qui s'apprêtait pour eux en Cilicie, Si étonnant que cela fût, le Cardien, proscrit, sans dignités, sans honneurs, sans argent il y a quelques moiSy avait maintenant tout cela; de plus, les Macédoniens célébraient son nom comme celui du seul champion des rois, et, quoique n'étant pas Macédonien lui-même, il allait protégoi: la royauté macédonienne. Ce prodige inconcevable était pourtant réel; les forces d'Eumène augmentaient tous les jours, et avec elles le danger pour ses adversaires. U fallait se hâter de le prévenir : certainement, c'était la personnalité d'Eumène seule qui avait fait toutes ces merveilles ; si l'on parvenait h se débarrasser de lui, les forces concentrées en Cilicie se débanderaient, et l'on pourrait employer l'élite de ses troupes à renforcer l'armée des coalisés. Ptolémée d'Egypte, l'allié d' Antigène, se trouvait déjà avec une flotte près de la Cilicie.
) noLpoL^iou Ô£ xa\Ty/e{a;TÎ|;«ùÇiQ<ie<o; ysvojilvtj; (DiODOR., XVIII, 63).
486 SUCiGESTlONB DE PTOLÉMÉE [II, 1
Il débarqua au cap Zéphyrion, à Teinbouchiu^e du Calycadnos '. Il envoya de là quelques-uns de ses amis aux chefs des argyraspides, pour les exhorter, par respect pour leur gloire, à ne pas obéir à un homme qui avait été condamné à mort par eux et par les autres Macédoniens. Il invitait les commandants et le trésorier de Cyinda à ne pas remettre d'argent à Eumène, disant qu'il était lui-même à proximité, pour les protéger contre tout péril. Ces deux invitations restèrent sans effet appréciable ; ni les argyraspidcs ni les gens de Cyinda ne continuèrent les pourparlers. La tentative avortée de Ptolémée ne servit qu'à confirmer Tautorité d'Eumène, et à attacher plus étroitement Tarmée aux intérêts de la maison royale et au stratège investi de pleins pouvoirs par Olympias et Polysperchon.
Ses adversaires l'observaient avec d'autant plus d'inquié^ tude, lui et son armée. Il n'était pas encore possible à Antigone, toujours très occupé dans les contrées de l'ouest, de se diriger vers la Cilicie avec des forces suffisantes. Il essaya donc dos voies détournées pour se débarrasser de cet adversaire redouté : il choisit parmi les « amis » un homme astucieux, nommé Philotas, pour porter une proclamation aux argyraspidcs et et aux autres Macédoniens. Il le fit accompagner de trente Macédoniens, gens habiles, intrigants, ayant l'habitude de la parole, avec mission de s'adresser aux chefs des argyraspidcs pour les exciter contre Eumène et organiser, si faire se pouvait, un complot contre lui, d'exciter notamment à la trahison Antigène et Teutamas, le premier en lui promettant une satrapie plus grande que sa Susiane, le second en lui donnant de l'argent et de grandes espérances. Ces affidés reçurent l'ordre de faire des largesses aux argyraspidcs, de recourir à tous les moyens possibles pour fomenter un soulèvement contro Eumène, et de provoquer au besoin un attentat contre sa per-
•) Wesselino (ad Diodor. XVIII, 62) se demandait si ce cap Zéphyrion était celui du Galycadnos ou son homonyme, voisin d'Ânchiale, que Slrabon (XIX, p. 671) distingue de l'autre. A coup sûr, ce n*est pas ce dernier, car il n'aurait été qu'à une lieue de distance du camp d'Eumène. Le Zéphyrion en question a été indiqué sur la carte de Leaice plus exactement que dans Bkauport, tout près de Fembouchure du Galycadnos.