OL. cxv, 2] intriofes d'antigone
sonne. Ils arrivèrent au camp de Cilicie et commencèrent leurs menées, mais sans succès ; aucun des chefs n'entra en relations avec eux. Enfin ils réussirent à gagner Teutamas, lequel promit d'essayer s'il ne pourrait pas également gagner Antigène. Mais celui-ci lui déclara que ce serait une folie insigne d'abandonner la cause d'Eumène et de prêter leur concours à ses adversaires. Antigone, s'il remportait la victoire, leur enlèverait bientôt leur puissance, leurs biens et leurs satrapies, pour les donner à ses créatures^ car ils lui avaient été longtemps hostiles : il se frayerait ainsi le chemin à un pouvoir unique, qui anéantirait non seulement les droits légitimes de la maison royale, mais plus encore les avantages de tous ceux qui ne se soumettraient pas servilement à sa volonté. Eumène, n'étant pas Macédonien de naissance, n'oserait jamais porter la main sur le pouvoir souverain et se contenterait de la stratégie ; il apprécierait d'autant plus leur amitié que la fortune se déclarerait plus ouvertement en sa faveur; il leur laisserait tous leurs droits et possessions, et chercherait toujours à se les attacher en leur accordant de nouveaux privilèges, de nouvelles richesses. Il ne lui fut pas difficile de convaincre Teutamas, et les jiégociateurs envoyés par Antigone renoncèrent à aboutir par ce moyen.
Alors parut Philotas, avec les proclamations de son stratège. Il les remit entre les mains de quelques capitaines, et le bruit s'en répandit bientôt dans le camp, grossi par des exagérations de toutes sortes. On chuchotait la nouvelle, d'un air mystérieux et important; on se plaisait à en parler avec des mines significatives : enfin, comme s'il y avait eu un mot d'ordre, les argyraspides et les autres Macédoniens se réunirent sur la place où se tenaient les assemblées du camp et demandèrent lecture de la proclamation. Elle portait de graves ot sérieuses accusations contre Eumène; elle faisait appel aux troupes, les sommant d'arrêter le stratège et de l'exécuter : sinon, Antigone arriverait avec toute son armée, et les récalcitrants seraient justement punis. La lecture de ce singulier document produisit une effervescence extraordinaire : les troupes redoutaient les forces supérieures d' Antigone et, d'autre part, craignaient d'abandonner la cause des rois. On délibérait bruyam-
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ment. A ce moment, Eumëne se présenta dans rassemblée spontanément etla tète haute; il se fit remettre la proclamation, qu'il lut d'un air indifférent, après quoi il prit la parole.
Certainement sa vie, dit-il, était entre leurs mains : mais il se savait on sûreté au milieu d'eux ; il avait prêté le même serment qu'eux; il était en communion d'idées avec eux. Us savaient aussi bien que lui que leur fidélité était le seul espoir de la royauté en danger, et ils ne refuseraient jamais d'obéir aux ordres des rois; encore bien moins se laisseraient-ils entraîner à un forfait aussi odieux par les offres de ce traître qui levait l'étendard de la rébellion ouverte contre l'empire. Les troupes accueillirent ce discours par de bruyantes acclamations, déclarèrent qu'Antigone était un rebelle et un traître, et qu'ils voulaient vivre et mourir avec leur stratège*.
Kumène avait fait plus que surmonter le danger; il avait obtenu la preuve frappante qu'il était maître de ses soldats, qu'ils lui étaient fidèles et dévoués. Si, en sa qualité d'Hellène, il avait ou d'abord à vaincre de nombreuses jalousies, dédains ot préjugés, avant de pouvoir prendre vis-à-vis de ses troupes Tattitude que le premier chef macédonien venu avait en débutant, cette rapidité et cette sûreté avec lesquelles il avait conquis le suffrage des troupes étaient une preuve d'autant plus remarquable de la grande supériorité intellectuelle du Grec, ot montraient ce que les rois pouvaient attendre de lui en Asie.
11 y avait environ un an qu'Antipater était mort, et quelques mois seulement qu'Eumène avait été nommé stratège avec pleins pouvoirs. Il se trouvait à la tête d'une armée qui, sans être encore assez forte pour prendre l'offensive contre Antigone, pouvait cependant entrer en campagne au printemps. Antigone, qui avait peut-être l'intention de passer en Europe pour y frapper un grand coup et y vider la querelle des révoltés, et qui avait déjà occupé les positions sur lesquelles il comptait pour assurer sa marche vers l'Occident, voyait ses plans entravés : il avait maintenant sur ses derrières une armée formée par Eumène au nom de la royauté.
En effet, Antigone, pendant Tannée 319, grâce à sa grande
•' DiODOR.. XVîîl. 62 s(|.|.