OL. cxv, 2J situation d*antigoxe
activité et à sa prévoyance, favorisé outre mesure par les événements (rOccident, maître des plus grandes forces qui fussent réunies alors sous un seul commandement, Antigone s'était fait en Asie-Mineure une situation qui Tautorisait à former les projets et les espérances les plus hardies. Dans Tautomne de 320, il avait complètement battu Ëumène et, avec un corps d'armée, l'avait si étroitement cerné dans le fort de Nora qu'il pouvait espérer s'être rendu tout à fait maître de son adversaire. Il avait vaincu ensuite en Pisidie les Perdiccaniens, dont les chefs étaient les uns prisonniers, les autres morts. Il revenait précisément de Pisidie; il méditait encore sur les moyens les plus opportuns et les plus efficaces pour faire défection à l'empire, et tout d'abord au gouverneur général, quand il reçut à Crétopolis la nouvelle de la mort d'Antipater et de la nomination de Polysperchon comme gouverneur général. Les nombreux inconvénients qu*offrait une lutte avec Antipater disparaissaient tout à coup : il pouvait prévoir entre Polysperchon et Cassandre une rupture qui lui offrirait une excellente occasion de se déclarer contre le gouverneur général, sous prétexte de prendre la défense de Cassandre. Son intention était de commencer par occuper les provinces l'une après Taulre, pour les donner à des hommes de son parti, d'enlever ainsi au gouverneur général toute espèce de pouvoir, et, lorsqu'il verrait la royauté sans appui, sans espérances et sans partisans, de faire d'elle ce que bon lui semblerait. Ses forces étaient largement suffisantes pour qu'il put s'engager dans cette voie hardie, ou plutôt pour continuer la route commencée, route bien aplanie déjà par les changements survenus en Macédoine. Il disposait de 60,000 hommes d'infanterie, 10,000 cavaliers, et de tous les éléphants de l'empire, qui étaient restés en Asie : ses ressources pécuniaires étaient suffisantes, et il espérait encore les augmenter en s'emparant des trésors royaux en Asie, de façon à pouvoir doubler ses forces, s'il était nécessaire, par de nouveaux enrôlements.
On nous parle encore d'un événement important, qui précéda le grand dénouement. On était à peu près au mois d'avril 319; Eumène était encore étroitement cerné à Nora ; Antigone avait marché avec son armée jusqu'à Célaenae : c'est de là
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qu'il envoya Hiéronyme à Nora avec ces propositions dont il devait croire Feffet immanquable. Il convoqua alors les « amis » , pour leur annoncer qu'il ne pouvait reconnaître Polysperchon comme gouverneur général et leur dire ce qu'il comptait faire '. Il leur déclara en même temps qu'il avait l'intention de répartir entre eux les stratégies et les satrapies qui deviendraient disponibles au cours de son entreprise. Naturellement, ces promesses du général furent bien accueillies . Il s'assura ainsi, grâce au lien puissant de la solidarité des intérêts, de ses officiers supérieurs, et par eux de l'armée, qui, par cet acte de son stratège, participait complètement à la révolte contre le nouvel ordre de choses.
Il ne pouvait avoir l'idée de gagner à ses intérêts les satrapes dont les provinces se trouvaient visées tout d'abord paî* ses projets d'agrandissement; il n'avait pour allié naturel que le plus puissant parmi le reste des satrapes de l'empire, Ptolémée d'Egypte, que l'occupation de la Phénicie avait mis en possession d'une marine sans rivale et que sa conduite à l'égard de Laomédon de Syrie avait jeté dans la même opposition contre l'empire. Quand Cassandre les invita tous deux à le soutenir contre Polysperchon, à ne pas laisser tomber l'empire entre les mains d'un étranger, Antigone et Ptoléméc conclurent une alliance en règle et se mirent bientôt à agir de concert. Si Hiéronyme réussissait dans sa mission et si Eumène accédait à la coalition, ils avaient partie gagnée.
La nouvelle de la mort d*Antipater avait sans doute provoqué aussi en Asie-Mineure bien des mouvements de diverse nature. Plusieurs satrapes et dynastes durent croire l'occasion bonne et mettre à profit un changement si important pour augmenter leui's prérogatives et leur indépendance. Les vraies intentions d'Antigone n'étaient pas encore connues à ce moment, parait-il, sans quoi les petits potentats, que la puissance du stratège, avec ses progrès inquiétants, menaçait bientôt d'engloutir, n'auraient rien eu de plus pressé que de se rattacher avec tout le zèle imaginable au gouverneur général.
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