‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 131 sur 457 · OL. CXV, 1] EFFETS PRODUITS PAR LE DÉCRET · texte numérisé non relu

OL. CXV, 1] EFFETS PRODUITS PAR LE DÉCRET

la crainte et Tobéissance. Il se produisait maintenant un renversement bizarre de toutes les situations; tout d'un coup, la royauté macédonienne et la démocratie ne formaient plus qu'un seul et même parti. Au nom de la plus haute autorité qu'il y eût au monde, le parti populaire, si profondément abattu, relevait la tête; il le fit avec cette passion sauvage et cette exaltation qui l'avait jadis rendu si redoutable à la royauté. C'étaient précisément ces dispositions que Polysperchon prenait soin d'entretenir. Il expédia à Argos et dans d'autres villes * l'ordre d'expulser ceux qui avaient été mis à la tête de la cité par le choix d'Antipater, d'exécuter les chefs des gouvernements oligarchiques et de confisquer leurs biens: C'est ainsi qu'il espérait anéantir le parti de Cassandre*.

L'effervescence en Grèce a dû être terrible. Les traits caractéristiques de cette révolution se découvrent, même en l'absence de traditions précises ; l'exaspération du peuple qui se sent tout d'un coup en possession de toute sa puissance, qui a le droit de juger à son tour ces aristocrates détestés et de prendre sur eux sa revanche, de remplir les coffres de l'État par la confiscation de leurs biens et d'assouvir sa haine cupide en les jetant dans la misère, la foule de ces exilés qui rentrent maintenant dans leur pays avec un air de triomphe ironique, et qui se dédommagent par une vengeance rapide et cruelle d'avoir été privés de leur patrie pendant des années. Ajoutezy cette fougue véritablement hellénique, celte passion impitoyable, qu'aucun malheur n'a pu instruire, et qui, sans souci de l'éventualité, possible cependant, d'un nouveau changement à bref délai, suit l'impulsion du moment, qui, complètement absorbée par les intérêts mesquins du présent le plus actuel, est d'autant plus ardente dans l'admiration ou la haine vouée au concitoyen, au voisin, au frère.

Nous n'avons pas d'autres détails sur ce qui s'est passé imn>édiatement après en Grèce. Ce n'est qu'à Athènes que nous pouvons observer jusqu'à un certain point ces dé-

*) ifypa^/ev irpi; te ttiv *ApY6twv ir6Xtv xa\ toi; Xoiitàç (DiODOR.,XVIIl,57). Dans la source où puise Diodore, ce xà; Xomàç devait ^re expliqué par le contexte; mais actuellement, cette explicatipn nous échappe.

«) DioDOR., XVIII, 57.

OXFORD

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sordres dans leurs traits principaux. Là, depuis la mort de Démade, Phocion dirigeait les affaires d'une façon plus exclusive encore que par le passé, s'efforçant toujours de garantir la ville de tout dommage et de la maintenir à flot au milieu des tempêtes qui menaçaient do nouveau. Los citoyens avaient espéré que Démade leur obtiendrait le rappel de la garnison de Munychie : cette faveur leur fut refusée. 11 parait que les Athéniens n'élevèrent même pas de plaintes au sujet de la mort honteuse de leur ambassadeur. Si des propositions ont été faites dans ce sens, comme on peut le supposer, Phocion aura pris soin de les faire échouer*. Ensuite Nicanor vint au Piréepour relever Ményllos, qui avait commandé jusque-là la garnison. Quelques jours plus tard, on eut des renseignements précis sur la mort d'Antipater et ses dernières dispositions. On se douta bien que la mesure prise à Munychie en était le contre-coup. De toutes parts on reprocha à Phocion d'avoir été au courant de Tintrigue qui s'était nouée à la cour de Macédoine, et d'avoir gardé le silence par complaisance pour Nicanor, favorisant ainsi un changement qui tout au moins entraînait Athènes dans la lutte des partis. Phocion s'inquiéta peu de ces récriminations : il eut à plusieurs reprises des entrevues avec Nicanor; il le mit au courant de la situation de la ville et le décida à se montrer doux et prévenant envers les Athéniens, à gagner le peuple par quelques largesses et des fêtes publiques*. •

Alors parut le décret libérateur, accompagné d'une lettre de Polysperchon au peuple athénien'. Cette lettre, qui insis-

*) On ne voit pas bien quel était le chef du parti libéral à Athènes; le personnage qui apparaît bientôt après au premier plan est le triste démagogue Agnonide. 11 est bon de remarquer, ce qui résulte du récit de Plutarque, que Phocion ne négociait plus avec les grands potentats de Macédoine, mais avec leurs stratèges à Munychie.

*) Y6v«S|isvov àyovoOértjv (Plut., Phocion., 3i). Il résulte des explications de KôHLER {MiUheil, III, p. 229) que la notice de Suidas : àyovoeéTiQc, ô ev Tot; ffXfjVixoîc» àOXoÔlTtjç de â ev toIc yuiivixoi; est erronée, et que, par conséquent, on ne peut pas, comme je le croyais autrefois, tirer de l'anecdote de Plutarque une indication chronologique applicable à l'occupation de Munychie. Suivant l'argumentation prudente de Kôhler, l'anecdote ellemême est suspecte ; il est probable que ïagonothésie a été introduite avec la réforme constitutionnelle de Démétrios de Phalère.

') ÊHKTToXyiv Toîç ev«<rr£i ytypa\L[ii^i\y (Plut., Phocion^ 22) : c'est-à-dire à

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