JUGEMENT DE PHOCION [U
verdict, mais, en réalité, afin qu'ils se chargeassent de l'exécution ». Plularque raconle ensuite, avec le même luxe de détails, comment Clitos conduisit à Athènes les accusés sur des chars escortés par des valets de Tarmée macédonienne, pour les soumettre au jugement du peuple réuni en assemblée au théâtre de Dionysos.
Le caractère tumultueux de ces événements se remarque très bien, même dans la version la plus digne de foi. Suivant cette tradition, le gouverneur général envoie les accusés enchaînés à Athènes, laissant 1q peuple athénien libre de les acquilteroudelesmettre à mort. Devant l'assemblée constituée en tribunal, Taccusation a la parole : elle remonte jusqu'aux événements de la guerre Lamiaque ; elle déclare les accusés coupables de rasservissementdeleur patrie, de la dissolution delà démocratie, du renversement des Jois. Après Taccusation, dit la suite du récit, Phocion obtient le premier la parole pour sa défense; mais le tapage que fait la foule l'empêche longtemps de commencer, et, quand il a enfin pi-is la parole, des cris incessants l'interrompent. Une foule de petites gens qui avaient été expulsés, et qui, contre toute espérance, avaient obtenu la permission de rentrer, étaient on ne peut plus exaspérés contre ceux qui les avaient privés de leurs droits de citoyens autonomes. Les premiers rangs pouvaient seuls entendre ce que disait Phocioq : ceux qui se trouvaient éloignés ne voyaient que les gestes véhéments du vénérable stratège, pour qui c'était une question de vie ou de mort. Enfin, las de raisonner inutilement, il s'écria qu'on pouvait bien le condanmer à mort, mais épargner les autres. Il est probable que son exclamation ne fut pas entendue davantage par les auditeurs plus éloignés. Quelques-uns de ses amis s'avancèrent alors pour parler en sa faveur. On écoutait les premiers mots de leurs discours ; mais, dès qu'on voyait où ils voulaient en venir, leur voix était également couverte parle vacarme et les vociférations.
U parait que les autres accusés n'eurent pas la parole pour se défendre, qu'on ne vota pas non plus séparément sur le sort de chacun d'eux, et qu'enfin le verdict ne fut pas rendu dans les formes traditionnelles, avec des cailloux pour sufTrage. Agnonide. dit Plutarque, fit valoir le décret du peuple, évi-