‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 140 sur 457 · EXÉCUTION DE PHOCION · texte numérisé non relu

EXÉCUTION DE PHOCION

Arginuses. A ce moment-là, du moins, on pouvait prétexter les devoirs sacrés envers les morts, négligés par les généraux. Il y avait une excuse dans Tirrilation des esprits, surexcités, après des périls et des efforts extraordinaires, par la tension extrême de toutes les facultés. Ici, rien que la fermentation malsaiae d'un ramassis de gens de toute espèce, qui reçoit inopinément le droit de jouer de nouveau au peuple souverain et qui commence à exercer son appétit criminel en s'attaquant au meilleur citoyen d'Athènes. Sa destinée est une sorte de parabole. Pendant le cours de sa longue vie, il n'avait eu en vue que le bien de la cité, et il ne se trompait pas en croyant que le temps de la démocratie, de la grandeur politique d'Athènes, était passé; que les gouvernants actuels n avaient autre chose à faire que de sauvegarder par une direction modeste et sûre la tranquillité et les intérêts du peuple, qui n'avait plus la fierté et les grands sentiments d'autrefois. S*il a toujours fait prévaloir ces vues, alors même que, devant la puissance écrasante de Philippe et d'Antipater, l'enthousiasme et les pensées de grandeur et de liberté commençaient à renaître à Athènes, s'il ne croyait plus à la force salutaire de l'idéal ou des illusions avec lesquelles les orateurs en renom espéraient pouvoir rajeunir le peuple athénien affaibli, ce fut là, on peut le dire, la faute pour laquelle plustard, lorsque ses prévisions s'étaient déjà réalisées de la façon la plus triste, il dut subii* une mort imméritée, après une vie vertueuse dont la dignité planait audessus de toute passion mesquine. Ce n'était pas Tacte d'un peuple soulevé pour l'antique liberté et la grandeur d'autrefois, et qui, brisant les chaînes de la domination oligarchique, avait soif de se venger sur celui qui couvrait cette oligarchie de son prestige, mais une intrigue politique tramée par la puissance à laquelle il avait été attaché par conviction pendant toute sa vie, et qui, sans être disposée le moins du monde à servir la démocratie, s'en servait comme d'un instrument contre un ennemi auquel elle-même disputait la domination d'Athènes; c'est là ce qui valut cette mort ignominieuse au dernier homme d'honneur qui rappelât encore des jours ineilleurs.

Polysperchon avait cru enlever complètement Athènes à la

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