‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 144 sur 457 · OL. cxv, 3] cutos et nicanor · texte numérisé non relu

OL. cxv, 3] cutos et nicanor

que le stratège n'avait pas marché sur les provinces occupées par Antigone, mais qu'il avait préféré envahir la Phénicie et la Syrie. Bien que ce mouvement fût habilement combiné et promit de grands résultats, il exposait pour le moment la Macédoine à un grave danger. Le gouverneur général espéra le prévenir en envoyant toutes les forces maritimes dont il pouvait disposer, sous le commandement d'un amiral éprouvé, CJitos, dans les eaux de THellespont. Clitos avait mission de surveiller soigneusement les communications entre TAsie et l'Europe, de rallier Arrhidaeos, qui se trouvait encore àCios, pour occuper de concert les villes de la Propontide.

Dès que la nouvelle de Tenvoi de la flotte macédonienne fut arrivée au Pirée, Cassandre remit à son général Nicanor Tescadre qu'il avait lui-même amenée, avec ordre de prendre au plus vite la mer et de se diriger vers l'Asie, de faire sa jonction avec la flotte d'Antigone et d'attendre les ordres de celuici. Le plan fut exécuté. Nicanor, avec toute la flotte réunie, qui comptait 130 vaisseaux*, traversa l'Hellespont et entra dans la Propontide^ tandis qu'Antigone le suivait avec l'armée de terre en longeant les côtes d'Asie. Clitos était déjà dans ces eaux depuis plusieurs jours; il avait rallié Arrhidaeos, oc-, cupé plusieurs villes maritimes, et il était maintenant à l'ancre non loin de Byzance, à l'entrée du Bosphore. C'est là' que la flotte de Nicanor vint l'assaillir, en ordre de bataille. Clitos avait pour lui le courant qui se dirige du Bosphore dans la Propontide : l'ennemi ne put résister à la poussée du courant et au choc des trirèmes, dont il augmentait la force d'impulsion; bientôt il fut en pleine déroute ; dix-sept vaisseaux étaient coulés bas, quarante pris par Clitos; le reste se réfugia dans le port voisin de Chalcédoine.

Antigone y arriva vers le soir. Il ordonna aussitôt de tenir prêts les vaisseaux encore intacts, au nombre de soixante, pour prendre la mer durant la nuit. Il répartit les plus vigoureux de ses hypaspistes sur ces vaisseaux, avec l'ordre (car cette dé-

*) Polyœnos (IV, 6, 8) évalue le nombre des vaisseaux à 130 ; Diodore (XVIII, 72) à « plus de 100 » . Polyaenos dit : oiréSaXe vaOc l66o|jLi^xovTa.

*) Polyœnos (IV, 6, 8 et 9) se trompe et met THellespont à la place du Bosphore.

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faite subite avait semé un découragement général) de menacer des châtiments les plus sévères quiconque refuserait de combattre. En même temps il fit venir de Byzancc, qui était tout proche et bien disposée pour lui, autant de bâtiments de transport que possible, afin de faire passer, au milieu du silence de la nuit, les peltastes, les frondeurs et 1,000 archers sur la rive opposée. C'était là en effet que Clitos avait jeté Tancre après sa victoire de la veille; croyant que la flotte ennemie ne pourrait tenir la mer, il avait laissé ses équipages et les soldats embarqués sur les vaisseaux descendre à terre pour se reposer. Au point du jour, il fut réveillé par une grêle de flèches et de pierres de fronde. Tout à fait surpris et dans un désordre croissant, les matelots coururent aux vaisseaux, tirèrent sur les câbles des ancres et remontèrent les échelles. Les blessés erraient sur la plage; quelques-uns essayaient de gagner les vaisseaux à la nage; beaucoup furent faits prisonniers, et tout ce qu'on avait apporté à terre devint la proie des ennemis. Quand le désordre fut au comble, on vit s'avancer en bon ordre la flotte ennemie, ayant à bord quantité dliypaspistes. Tout était perdu; après un court combat, les vaisseaux de Clitos furent coulés ou capturés; seul le vaisseau amiral put s'échapper. Clitos s'y trouvait. Pour se mettre à l'abri des poursuivants, il se fit bientôt débarquer, dans l'intention de se réfugier par voie de terre en Macédoine. Il tomba entre les mains d'une bande armée au service de Lysimaque et fut tué *.

Telle fut l'issue de cette expédition maritime sur laquelle Polysperchon avait fondé tant d'espérances. Antîgone était maître de la mer : le passage en Europe lui était ouvert. Si les succès d'Eumène en Asie, succès dont il sera bientôt question, ne l'avaient pas obligé de porter son attention de ce côté, et surtout si la domination de la mer, qu'il croyait maintepouvoir s'assurer à bref délai^, ne lui avait promis plus d'avantages encore pour la réussite de ses plans, Polysperchon aurait

*) PoLYiEN., loc. cit. DioDOR., XVIII, 72, La bataille navale a dû avoir lieu vers le mois d'octobre.

*) C'est ainsi que le judicieux auteur dont s'inspire Diodore (XVIII, 72) comprend la situation : OaXaffffoxpafTidai îè ïdircuôe xai ttjv ttjç 'Aaîaç riyciiovtav adi^piTov TreptTcoti^vavOat. .

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