oL. cxv, 3] cassandre et nicanor
Aussitôt après la conclusion de cette paix avec Athènes, vers le commencement du mois de novembre 318 *, Nicanor revint de la Propontide, avec ses vaisseaux ornés des trophées de la victoire navale et des éperons des trirèmes vaincues. Cassandre le reçut avec de grandes marques d'honneur, et, voulant diriger en personne les autres opérations avec la flotte, il lui remit son ancien commandement de Munychie '. Bientôt Cassandre crut s'apercevoir que, après de tels succès, le général avait maintenant des visées plus hautes ; qu'il cherchait à s'attacher la garnison de Munychie, qui était restée si longtemps sous ses ordres : on eût dit qu'il songeait à prendre rang parmi les généraux qui se disputaient le pouvoir souverain. Rompre ouvertement avec lui était pour le moment chose impossible; le laisser faire était encore plus dangereux, car Cassandre était obligé de partir. Il fallait user de ruse. Déjà les vaisseaux étaient prêts à faire voile et Cassandre sur le point de s'embarquer, lorsqu'arriva un courrier de Macédoine, apportant des lettres de ses amis de là-bas; ils lui disaient que, vu le mécontentement général contre Polysperchon, les Macédoniens désiraient le voir prendre sa place auprès des rois. Aussitôt il manda Nicanor auprès de lui, lui communiqua les lettres et l'embrassa avec effusion , disant qu'ils avaient maintenant l'un et l'autre des choses plus importantes à faire, et qu'il fallait prendre sur le champ des dispositions provisoires au sujet de l'empire. Tout en parlant ainsi, il conduisit Nicanor dans une maison voisine, pour l'entretenir seul à seul. Là il changea insensiblement le ton de la conversation : une troupe d'hypaspistes qui s'étaient tenus cachés
^ofivi^liaTac & oMAypoL^i icsp\ trjc icoXtTetaç Taurrjc exelvoc, Démétrios dit luimême que oC |a6vov oÛ xaTéXuoe x^v dY)(ioxpaTiav, àXXà xa\ eicy]V(tfp6(i)ae. Pausanias (I, 35, 6), au contraire, rappelle nettement « tyran d* Athènes ».
') Pour cette date, je n'ai d'autre preuve que la vraisemblance intrinsèque. L'assertion courante, à savoir que Démétrios est resté dix ans à la tête de la cité (Dioo. Laert., V, 75. Strab. toc. cit,), n'est pas tout à fait exacte.
*> PoLYiEN., IV, 11, 1. DiODOR., XVIII, 75. C'cst, je crois, à cette époque et aux efTorts de Nicanor que fait allusion un passage de Dion Chrysostome (Orat. XXXI, p. 346) où il est dit que ceux qui veulent railler la ville citent généralement Tépigramme de la statue de Nicanor, hç avTot« xa\ tt^v
220 EXÉCmON DE NICANOR [II, {
dans la maison sortit h son appel et s'assura de la personne de Nicanor. Aussitôt Cassandre convoqua Tarméo en assemblée et invita qui voudrait à accuser Nicanor. Tandis qu'il faisait occuper Munychie par quelques troupes sous les ordres de Dionysios, l'assemblée, ayant pris connaissance de nombreuses et graves accusations portées contre Nicanor, le condamna à mort.
L'invitation que Cassandre prétextait avoir reçue de Macédoine n'était point entièrement supposée. La jeune reine Eurydice avait noué une intrigue qui ébranla encore plus profondément, et au point le plus vulnérable, la situation de l'empire si embrouillée déjà. A la mort d'Antipater, Eurydice avait sans doute espéré qu'elle pourrait enfin jouer son rôle sous le nom de son époux. Au lieu de cela, Polysperchon, la jugeant peut-être trop jeune pour les grandes affaires, avait invité la reine-mère, qui se trouvait en Epire, à se rendre en Macédoine. Sur le conseil d'Eumène, la vieille reine était restée dans sa retraite ; la situation, considérable au début, de Polysperchon fit sans doute qu'Eurydice hésita d'abord par prudence. Elle aura noué ses intrigues en silence. Comme à ce ce moment il y eut une tentative d'assassinat sur le jeune roi Alexandre, et que sa mèreRoxane s'enfuit avec lui en Épire, on soupçonna qu'Eurydice était pour quelque chose dans l'affaire'. Mais quand son époux fut rentré en Macédoine, que la puissance de Polysperchon eût éprouvé un échec devant le Pirée et Mégalopolis, qu'en Macédoine et en Grèce l'opinion publique se souleva contre lui, elle jeta le masque et se mit à agir plus ouvertement. En peu de temps, vu la complète nullité de son époux, elle eut l'influence qu'elle désirait. U était dans la nature des choses qu'elle s'adressât aux ennemis de Polysperchon. Cassandre était le plus à proximité : elle entra en négociation avec lui. Les vastes perspectives que lui ouvrait cette alliance Tout sans doute aidé à prendre si rapidement et d'une façon définitive la haute main en Grèce, quoiqu'il n'eût pas de forces importantes, et ont décidé, par
^) Il n^est pas possible que Roxane se soit réfugiée en Épire du vivant même d'Antipater : c'est ce qui résulte du récit de Plutarque {Eumen. 13).